Final Fantasy

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Un météorite gavé d’Aliens s’est abattue sur notre planète, libérant une horde de spectres qui se nourrissent goulûment de toutes les formes d’énergie vitale croisant leur chemin. Aride et désertifiée, la Terre gangrenée voit les humains se réfugier dans des villes-boucliers. Aki, jeune scientifique au caractère bien trempé, parcourt la planète à la recherche des Créatures de l’Esprit, au nombre de huit, qui, une fois unifiées, permettraient d’en appeler à l’Esprit de la Terre : Gaïa. La base de scénario est intéressante et l’on retrouve la patte du créateur du jeu (SAKAGUCHI Hironobu) qui est aussi, et ça tombe bien, le réalisateur du film. L’aspect Fantasy est amené sans heurt, cristallisant d’ailleurs une conception toute asiatique du monde : l’esprit de la terre (Gaïa) et le principe d’incarnation de l’énergie de chacun dans un tout n’est pas sans rappeler lepassage bouddhique du petit au grand Véhicule, et la participation de la vie de chacun à l’existence de l’univers. Une idéologie certes novatrice pour un public américain. Bien sûr, un des messages du film tend à promouvoir également une idéologie écologiste.

Ecologie et spiritualité, voilà un programme parfaitement dans l’air du temps, qui, doublé d’une technologie à outrance, colle bien au genre mi-SF, mi-Fantasy du jeu vidéo originel. Le futur dépeint oscille, quant à lui, entre une vision à la Terry GILLIAM (L’armée des 12 singes), un univers sombre à la Blade Runner (on retrouve même une pub-écran géante pour Coca-Cola) et quelques touches à la Starship Troopers. évidemment, on ne saurait écarter un aspect Alien-like bien géré par ailleurs. On retrouve ainsi des aliens, une petite troupe version “Marines de l’espace” et une héroïne, féminine mais guerrière par certains aspects. Il est à noter que cette nouvelle vision de la femme dans lesfilms se généralise de plus en plus depuis bientôt 10 ans.>
Aki est ainsi archétypale de cette nouvelle conception du personnage féminin. On a eu Ripley, bien sûr, mais des films comme Matrix, Tom Raider ou encore Avalon, n’hésitent pas à mettre en avant une héroïne plus qu’un héros. C’est bientôt l’homme que l’on ira délivrer d’un vilain donjon… au grand dam des machos du monde entier.
Devant l’importance du blockbuster, on pouvait donc craindre le pire concernant le scénario. Pour donner dans le grand public, certains films furent tant dénaturés qu’ils en perdirent leur âme. Mais ici, la surprise est plutôt agréable. Le scénario est cohérent avec lui-même, on passe un très bon moment et l’attention ne retombe pas. On sent un véritable travail sur la complexité du développement scénaristique, afin de garder tout le charme du jeu, et certains passages demandent une véritable attention de la part du spectateur. Il ne s’agit pas non plus d’une totale révolution, cette Fantasy reste une Fantasy “light”, et si vous ne comprenez pas tous les détails, cela n’empêche en rien de progresser dans le film.

Malheureusement, on n’échappe pas à quelques lieux communs qui gâchent notre plaisir. On a droit à des scènes complètement téléphonées et typiques du cinéma américain, qui font un peu tâche dans tant de créativité originale. Pour exemple, la poignante scène qui vous déchire le coeur du bon copain blessé que l’on laisse en arrière avec un bon gros flingue pour blaster le plus de vilains avant de mourir dans une apothéose explosive. Bien sûr, il y a aussi ici un clin d’oeil au principe du jeu vidéo lui-même, mais cela reste caricatural. De même, les méchants sont des méchants de chez méchants, et les gentils sont gentils comme il est pas permis d’être gentil. L’explication du “pourquoi” se trouve peut-être dans la balance entre le travail des Japonais et celui des Américains. Ainsi, l’histoire originale est bien celle de l’univers du créateur du jeu vidéo, SAKAGUCHI Hironobu, mais le scénario en lui-même est signé par deux Américains (il faut bien que cela plaise aux mangeurs de burgers). C’est un peu à l’exemple du travail technique, regroupant une impressionnante bordée d’infographistes japonais, mais aussi américains (les visages des personnages sont dûs au seuls logiciels de Square).
Côté bande son, le film réserve quelques surprises amusantes. Ainsi sont crédités au doublage original rien moins que messieurs Alec BALDWIN, Donald SUTHERLAND ou encore James WOOD, trois monstres du cinéma américain. Mais également, c’est Lara FABIAN qui assume la chanson du générique. Les effets sonores sont pour leur part crédibles, même si l’on sourit un instant en reconnaissant le bruit des blaster de Star Wars parmi les tirs de l’armée.

Techniquement, c’est superbe, c’est une véritable étape dans la création : personnages fluides en motion capture, mapping, création et développement en images de synthèse, tout l’attirail technique le plus sophistiqué est bien utilisé, et le rendu ne manque pas d’atmosphère.
Le véritable défi de ce film concernait donc les personnages, entièrement créés par ordinateur. Ceux-ci sont bluffants, et on se rapproche de plus en plus de la réalité, mais on n’en est pas encore à pouvoir rêver d’un nouveau film avec Marilyne MONROE (véritable enjeu économique de ce genre de défi). En effet, les mouvements sont d’une étonnante fluidité, les visages sont de plus extraordinairement travaillés, on retrouve des grains de peau différents, et des barbes de trois jours (Le savant Sid et les autres personnages masculins sont ainsi rendus plus crédibles grâce à leurs “naturelles” imperfections de visage.).
L’héroïne Aki pourtant demeure le personnage visuellement le moins crédible de l’ensemble, sa plastique parfaite de visage séduit immédiatement le spectateur, mais c’est dans les scènes d’émotions que l’on déchante. La tristesse, la colère, l’amour sont ainsi présentés, mais le manque encore chronique d’élasticité dans les visages rappelle soudainement que nous avons à faire à des personnages virtuels.
D’un point de vue purement technique, le bond en avant est déjà phénoménal, mais d’un point de vue purement ludique et distractif, cela se voit, et donc, si ça se voit, ça casse un peu de la magie. De même, l’ensemble des personnages manque de traits caractéristiques dans la plastique du visage, trop peu de ridules, par exemple, au niveau des yeux, ou encore une absence de mouvements musculaires lors de prises en pronation (ce qui se voit quand les personnages sont présentés en T-shirt).

On pourrait chipoter sur quelques autres erreurs relevées, mais l’immense travail réalisé ne vaut pas que l’on pinaille. Reste que Final Fantasy est un monument de défi technologique, une véritable étape dans l’histoire du cinéma, la preuve que le dernier pas à franchir pour s’affranchir de la réalité, n’est plus un pas de géant. Sous dix ans, nous aurons sans doute sauté la barrière du Vrai, ce qui bouleversera définitivement le monde des loisirs, marquant la fin de “l’acteur studio”. Et Final Fantasy n’y sera pas étranger. Pourtant, aussi techniquement parfait ce film puisse-t-il être, retenons surtout que l’histoire est bonne et bien racontée, et que rien que pour cela, Final Fantasy vaut d’être vu.

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