


Pour ceux qui n’aiment guère les héroïnes décérébrées de certains shôjo, voici l’histoire d’amour impossible qu’il faut absolument lire. Loin des outrances habituelles, de l’humour délirant ou des interrogations à n’en plus finir sur qui est le plus beau entre machin et truc, le manga de Kaoru Mori joue essentiellement sur les non-dits. La réserve du personnage principal, condamné à un quasi silence en raison de son statut social, fait tout le charme de ce titre. Ne pouvant avouer ses sentiments, ceux-ci sont suggérés par la création de multiples situations mettant en valeur l’opposition des catégories sociales. Voir à ce titre Hakim, personnage un peu caricatural apportant une touche d’humour dans une Angleterre aux mœurs rigides, engoncée dans des préjugés de classes.
Assez réaliste en ce qui concerne la description de la Grande Bretagne du XIXe siècle, le manga est dessiné dans un style graphique d’apparence simple mais très efficace. L’intrigue qui pourrait paraître mièvre fait penser aux romans de Charlotte Brontë. Mais, alors que la romancière anglaise déploie son récit en plusieurs centaines de pages, Kaoru Mori choisit la concision. Les chapitres sont courts et bien structurés. Ils s’achèvent par une page d’épilogue jetant un éclairage nouveau sur les événements décrits. L’auteur mélange ainsi amours et critique sociale avec retenue et élégance. Le prix d’excellence du Japan Media Festival accordé à ce titre en même temps qu’au Pluto de Naoki Urasawa n’est vraiment pas immérité.
EMMA © 2002 Kaoru Mori / ENTERBRAIN Inc.
JAPON