


Mort de la main de Musashi, Denshichiro a laissé ses élèves dans la tourmente. Ces derniers, bien décidés à venger l’honneur de leur dôjo, ont décidé de se liguer contre notre sabreur. Soixante-dix samouraïs attendent ainsi Musashi pour le frapper lorsqu’il ne s’y attendra pas. Mais le héros de Vagabond n’entend pas se laisser assassiner sans rien faire. Plutôt que de se faire poursuivre, il préfère devenir le prédateur en s’invitant auprès de ses ennemis. Et c’est parti pour un combat de près de deux-cents pages.
Comment construire un combat aussi magistral sans tomber dans une surenchère digne de Naruto ? Comment rester réaliste dans la représentation graphique d’un homme seul face à soixante-dix ennemis ? Réponse avec ce tome 26 de Vagabond. Takehiko Inoue a décidé, à l’instar du réalisateur John Woo, de traiter avec sérieux cette incroyable séquence martiale. Pour commencer, Musashi surprend ses adversaires. Ces derniers sont déstabilisés par son intervention inattendue et dispersés, ce qui leur fait perdre un précieux temps. De plus, notre héros ne se bat pas de manière noble, mais efficace. Chaque coup qu’il donne inflige le maximum de dégâts : coup de boule, projection… qu’importe la frappe pourvu que le sang coule.
Seul, Musashi paraît plus que vulnérable, mais ce serait oublier qu’une masse de combattants non préparée, loin de se faciliter la tâche, se gène, se cogne et se rend paradoxalement moins habile qu’elle ne devrait l’être. Une armée désorganisée fonctionne comme un corps au réveil : lent et pataud, il lui manque la discipline et la direction d’un chef.
Mais toutes ces belles idées resteraient lettre morte sans l’incroyable talent de Takehiko Inoue. Ce dernier, on le répète à chaque chronique de Vagabond, livre un travail artistique de toute beauté. Sa représentation des corps et des visages s’avère diaboliquement réaliste. Son sens du mouvement et son découpage rendent imparables les coups portés par Musashi. On ne suit pas un simple combat, on ressent les mouvements de chacun, on perçoit la force des impacts… Et lorsque notre héros commence à perdre son souffle, car ils sont tellement nombreux, le lecteur sent l’angoisse monter. Notre héros ne serait finalement pas invincible ?
Magistral, on vous le dit et le répète, ce tome de Vagabond peut être lu par n’importe qui, y compris ceux ne suivant pas la série. Que vous soyez donc amateurs ou pas des aventures de Musashi, prenez le temps de pénétrer dans les affrontements de ce vingt-sixième volume.


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