Articles | mangaLe 06/01/2005 par Stephane FERRANDLove my life
Parlez-lui d’amour
Parlons de sujet tabou. L’homosexualité, par exemple, si peu abordée en occident, si maintenue dans le cadre formel du Yaoï au Japon. Mais le tabou de ce tabou est un tabou bien plus tabou. On l’évoque à peine, on ne le présente que pour satisfaire le fantasme masculin, mais vous savez… les femmes s’aiment entre-elles !
Sous nos latitudes et en matière de BD, l'homosexualité masculine se limite aux tribulations humoristico-trash de Ralf KONIG, et les relations entre femmes, à l'hollywoodien
Largo Winch ou à l'outrancier CRUMB. Mais derrière ces corps emmêlés, ces peaux glissantes et ces fantasmes de mâles, n'y a-t-il pas quelque sentiment ? Seul le manga pouvait si bien nous parler d'homosexualité, et une femme, YAMAJI Ebine, d'amour saphique.
Si
Love My life parle d'homosexualité féminine,
Sweet lovin' baby parle d'amour au sens large. L'auteur réinstalle ainsi les relations entre femmes dans le cadre d'un cycle consacré au sentiment amoureux, ne se cataloguant ainsi pas elle-même comme « auteur homo », contrairement à un Ralf KONIG par exemple. Ces deux recueils d'historiettes du quotidien, parus aux ambitieuses éditions Asuka réussissent le pari de nous montrer la simple vie de gens qui s'aiment, avec leurs doutes, leurs surprises, leurs crises, leurs solutions. L'homosexualité y est vécue de manière assumée, tendre et normale, même si l'on sent, dans la retenue de ces héros du quotidien, le poids persistant et fantomatique du regard de l'autre. L'on échappe aussi à l'étalage mièvre de sentiments exacerbés pour aborder avec courage des questions sur sa nature, la normalité, le fait d'assumer qui l'on est, la manière d'être au milieu des autres. Et puis les sentiments, si doux ou si blessants, que l'on soit homo ou hétéro. L'amour, la fidélité, la lassitude, l'incompréhension, les frissons d'une première rencontre, l'excitation du corps de l'autre ponctuent alors le quotidien de ces couples, homo ou hétéro.
L'auteur de son propos
YAMAJI Ebine est un auteur fidèle. Toutes ses oeuvres sont publiées exclusivement par la Shodensha depuis 1998. La maison nippone est spécialisée dans l'exploration des nouvelles tendances de la mode à destination d'un public féminin. On retrouve donc aux côtés De YAMAJI des auteurs comme YAZAWA Aï ou encore OKAZAKI Mari. YAMAJI Ebine, femme d'une trentaine d'année, affirme sans crainte son homosexualité. Sans crainte mais surtout sans esbroufe. Elle puise ainsi dans ses expériences de vies personnelles et professionnelles le fond des aventures de ses personnages sans jamais tomber dans la caricature. Exprimant ses peurs et espoirs les plus profonds, elle a su toucher un public qui lui est fidèle depuis bientôt 10 ans par un trait fin, expressif et très dépouillé, où les décors s'effacent devant le seul sujet de ses nouvelles : l'humain. YAMAJI Ebine interpelle alors son lecteur, transformant le constat de la fin de son manga : «
I love my life », en une interjection impérative ou suppliante, pour son titre
Love my life. Voici ma vie, dit-elle, la vie d'une jeune femme homosexuelle. Lis ce manga, voies mon existence, comprends ma sexualité, aime ma vie !
Nous on aime !
Texte publié dans Le Virus Manga #6, http://www.levirusmanga.fr" target="_blank" class=lienvert>www.levirusmanga.fr.