Articles | animeLe 07/10/2004 par Patrick BATEMANSteamboy
Vapeur de rien
Dernière offrande en date de l’immortel créateur d’Akira, Steamboy hérite de la redoutable tâche de faire oublier son prédécesseur, et, d’une obligation d’internationalisation grand public qui ne sied pas forcément aux thématiques du réalisateur.
Mais la principale pierre d'achoppement de ce
Steamboy semble résider dans son incapacité à choisir son camp : ni pur divertissement, ni véritable film adulte,
Steamboy se cherche. ÔTOMO prend visiblement un malin plaisir à brouiller les pistes. Point de véritable méchant ici, mais des personnages aux desseins divers, souvent aveuglés par leurs ambitions et leurs idéaux. Exit donc les rires sardoniques et les ongles noirs, éléments indispensables à tout bon film d'animation familial. On l'aura compris,
Steamboy fuit le manichéisme. Seulement, à trop vouloir éviter les poncifs, ce curieux hybride déstabilise plus qu'il ne surprend. Dans un hypothétique désir d'apporter à son film profondeur et respectabilité ou tout simplement une véritable intrigue l'auteur ancre son histoire dans la trame historique (Exposition Universelle de 1851), mettant en avant les symptômes qui agitent la vieille Europe au tournant du siècle : nationalismes exacerbés, course à l'armement, utilisation des progrès technologiques à des fins guerrières.
La folie des hommes à l'aube de la Grande Guerre nous est donc présentée au travers du regard d'un enfant, avec cette touche humaniste, résolument concernée et presque larmoyante - qui n'est pas sans rappeler les stéréotypes du genre. Cette atmosphère générale, outrageusement sérieuse, se marie fort peu avec le déluges d'effets spéciaux - ciblé préadolescents - qui ne tarde guère à survenir. Une fois le public adulte occidental « déculpabilisé » de se délecter ainsi d'un dessin animé rempli de robots japonais, la récréation peut commencer : il était temps.
Tour transformable, hommes volants, aéronefs divers et variés, CRS « Jin-Roh » recarrossés... Un interminable défilé de méchas à la sauce steampunk nous assaille, jusqu'à satiété, jusqu'à écoeurement : le mieux est l'ennemi du bien. Bien entendu, l'ensemble de ces délires techniques est réalisé avec toute la maestria qu'on est en droit d'attendre du créateur d'
Akira ; on ne manquera pas de s'émerveiller devant la qualité de l'animation et de certains effets. Même l'utilisation de la 3D, véritable Némésis des puristes de l'animation s'intègre parfaitement.
Au final, l'interrogation autour des tenants et aboutissants de la science - martelée tout au long du film - a vécu, et finit par ressembler d'avantage à une simple caution morale qu'à une véritable ligne directrice.
Trop complexe pour les plus jeunes, trop orienté robots et autosatisfaction pour le grand public, le chef-d'oeuvre annoncé d'ÔTOMO Katsuhiro aura certainement du mal à concurrencer en France les entrées record d'un MIYAZAKI. Si on ajoute à tout cela une durée excédant les deux heures et un dénouement à tiroirs interminable, il s'avère que
Steamboy est un film difficile d'accès, parfois maladroit, souvent pesant, et en définitif plutôt bancal.