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Le 01/07/2003 par Nathalie B.

Verte et Le Roi de la Forêt

Destinés à la télévision, Verte et Le Roi de la Forêt des Brumes ont en commun d’être produits par Les films de l’Arlequin et d’avoir été récompensés au dernier festival d’Annecy. Une reconnaissance archi méritée pour deux films exceptionnels, qui permet de rappeler leur sortie en DVD en avril dernier.

Il était une fois une apprentie sorcière rétive à tout enseignement magique, qui cherchait son papa mystérieusement disparu. Il était une fois un jeune anglais en fuite dans les confins de l'Himalaya et sauvé par les plus légendaires des créatures, les Yétis. Vous pensez avoir passé l'âge des beaux récits proches des contes ? Vous croyez que les histoires de sorciers, ce n'est que pour les enfants, et la folie Harry Potter vous donne des boutons ? Curieux, convaincus ou sceptiques, après 55 minutes de pur plaisir, vous risquez d'être transformés en adepte de la bave de crapaud et de filer chez Décathlon vous munir de l'équipement du parfait alpiniste. Verte et Le Roi de la Forêt des Brumes sont excellents à la fois dans leur récit et scénario (le premier est adapté de l'oeuvre de Marie DESPLECHIN, le second de celle de Michaël MORPURGO) mais aussi par leur qualité d'animation. Le jury du festival d'Annecy ne s'y est pas trompé : dans la catégorie « Spécial TV », deux prix ont été décernés, l'un, le Grand Prix, à Verte, et l'autre au Roi de la Forêt des Brumes. Pour ceux qui auraient raté leur diffusion télévisée, ces deux films de 25 et 30 minutes ont été regroupés en un DVD, sorti en avril 2003 (voir AL 90).



Verte pourrait être votre (charmante) petite voisine. Ou alors, rêvons, ça aurait pu être vous ou moi, si nous avions eu des ascendantes marquées du sceau de la sorcellerie et affublées de prénoms rigolos. Quel fantasme, de vivre l'enfance de Verte, entre une maman sexy un peu enquiquinante mais pas trop, une grand-mère fan de musique electro, un copain de classe mignon et prévenant, et la magie à portée de main ! Certes, tout n'est pas rose dans cette existence d'apprentie sorcière. A propos de rose et de choses qui fâchent, voilà comment tout a commencé...
Verte aurait pu s'appeler Rose si son papa, dont c'était le souhait, n'avait pas subi un sortilège de la part d'Ursule, sa maman. Une fois le papa volatilisé, Verte s'est prénommée Verte et la petite a développé une aversion pour la sorcellerie, sans doute le résultat du mauvais sort jeté au papa. Ce papa, ça la travaille, la môme. Mais comme elle a plus d'un tour dans son sac et qu'elle est maligne comme personne, elle va bien finir par trouver le fin mot de toute cette (son) histoire. Zazie parisienne (la Zazie de QUENEAU ne l'était pas) à la silhouette de crevette, débrouillarde et sensible, la petiote a dès les premières secondes notre entière sympathie. On se méfie un peu de sa maman, Ursule, dont le professionnalisme sorcier du début du film nous a quelque peu effrayé. Dans son rôle de maman, elle paraît pourtant idéale. Et que dire d'Anastabotte, la mémé de Verte, grand-mère dont on a tous rêvé : compréhensive, dynamique, excentrique, amatrice de jeux vidéo et de musique techno ! Les autres personnages, dont le copain Soufi, sont tout aussi sympathiques.
Ca carbure à 100 à l'heure et ça décoiffe aussi côté humour, tant dans les dialogues que dans les situations. Le graphisme est original, le trait, crayonné, souple, libre, dynamique, donne vie aux personnages (les petits détails qui tuent, quasi imperceptibles lors de la première vision : les joues de Verte et de Soufi rougissent légèrement quand ils se parlent...), le décor parisien est joliment et fidèlement crayonné. C'est si bien fait, si passionnant, que s'en est trop court ! Les 25 minutes écoulées, on se dit : déjà ? C'est quand la suite ?
Verte est réalisé par Serge ELISSALDE, qui a notamment participé à de nombreuses séries TV dont Tintin, et a été à plusieurs reprises récompensés pour ses courts métrages. Ainsi, Le balayeur (1990) a reçu entre autres le prix spécial du jury au festival d'Hiroshima et a été nominé dans la catégorie meilleur court métrage aux Césars en 1993, tandis que Emile Frout a été primé à Trévise et distingué par le prix Emile Reynaud.



C'est une autre magie que celle de l'enchanteur Roi de la Forêt des Brumes. Histoire originale et émouvante, ce Spécial TV stupéfie par sa beauté graphique.
Un plaisir des yeux que ce périple aventureux, en compagnie du jeune Ashley Anderson, adolescent anglais né en Chine, et de son ami tibétain Oncle Sung. Obligés de fuir l'envahisseur japonais, les deux fugitifs traversent la Chine dans des décors à couper le souffle, aux couleurs sans cesse surprenantes mais toujours harmonieuses. Parvenus au Tibet et au pied de ses monts célestes, les protagonistes déambulent dans ces lieux impressionnants, reconstitués par des textures toujours plus travaillées : les roches sont comme du tissu ou du papier peint, et la neige est en papier blanc éclatant froissé. Cette utilisation de matériaux originaux, comme découpés et apposés les uns à côté des autres, crée un univers graphique superbe et unique. Le dépaysement est total, et absorbé par le récit, on ne s'étonne guère de voir surgir ces créatures mi-hommes mi-singes que sont les Yétis, venus secourir Ashley évanoui dans la neige. Le pays légendaire des Yétis est aussi pur ravissement, notamment cette Forêt des Brumes dont le jeune héros devient roi, baignée par les rais de lumière et les nappes de brouillard, qui s'effiloche entre les cimes bleutées des arbres. Défilent devant nos yeux des estampes animées fascinantes, dont les traits de pinceaux ou de crayons forment le relief minéral ou floral. Autre réussite, le character design des Yétis, délicat et fin, qui sert leur caractère doux de créatures finalement fragiles. Comme Ashley, on en oublie le temps et le monde des hommes.
A l'instar de Verte, la densité narrative du Roi de la Forêt des Brumes, axée sur l'aventure mais approfondie par une dimension poétique et contemplative, est extrême. 30 mn pour relater un fabuleux voyage, d'où se dégage le parfum des grandes explorations humaines. Il y a du Tintin au Tibet et du Alexandra DAVID-NEEL dans cet anime, de la quête et du rêve, et une beauté émotionnelle à laquelle répond une semblable beauté esthétique.
Le réalisateur Jean-Jacques PRUNES, qui a d'abord travaillé aux studios Hanna-Barbera à Los Angeles sur, entre autres, la mythique série Scoubidou, puis sur des films publicitaires, a aussi bien participé à des séries (Lucky Luke) ou des longs métrages (Astérix chez les Bretons) que sur des projets personnels (La cité Nuage, L'empereur des glaces). Il est également formateur en animation chez Walt Disney France.

On peut sans crainte se délecter de ces Spéciaux TV aux cotés de sa petite soeur ou de son neveu... On peut aussi ne pas avoir recours à l'habile subterfuge d'une présence enfantine pour goûter à ces deux exemples de ce qui se fait de mieux actuellement en France côté anime TV.



Verte et Le Roi de la forêt des Brumes. DVD5 France 3 éditions; 2x26 min; VF et Vostf
 
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