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Le 03/08/2004 par Nicolas PENEDO

Batman – Hongkong

Dark City

Dans la collection manga de l’éditeur Sémic, nous arrive en avril 2004 Batman – Hongkong. Cet album épais et tout en couleur nous permet de découvrir le coup de crayon du roi de la BD hongkongaise.

Après nous avoir gâté avec le Batman L'enfant des rêves de ASAMIYA Kia en novembre 2001, rien de bien surprenant à voir arriver chez Sémic le Batman Hongkong de Doug MOENCH et Tony WONG. Toutefois, ceux ayant goûté avec plaisir le travail d'ASAMIYA(1) risquent de faire quelque peu la moue sur ce nouvel album.



Villes corrompues

Un hacker de la ville de Gotham tombe par hasard sur un snuff movie en surfant sur le net. Le hacker se fait assassiner, sans que Batman ait eu le temps de venir le sauver. Les indices trouvés sur les lieux du crime laissent à penser à Batman que le responsable de ces crimes se cache à Hong Kong. Arrivé dans l'ex-colonie britannique, notre héros se trouve pris dans une guerre opposant une Triade (mafia) à la Police. Perdu dans une ville inconnue, et ne parlant pas le cantonais, il désespère de trouver un allié.



En comparant ce Batman Hongkong avec Batman L'enfant des rêves, on s'amusera à relever plusieurs similitudes. Voilà donc notre héros confronté à une situation de crise (une nouvelle drogue chez ASAMIYA, des snuff movies chez MOENCH), obligé de s'expatrier à l'étranger (le Japon dans un cas, Hongkong dans l'autre) et allié à un personnage trouble (une journaliste : Yagi, un voyou : Benny).

Toutefois, les ressemblances s'arrêtent là et les deux oeuvres n'ont, en fait, pas grand chose en commun. ASAMIYA donne une vision de Batman très marquée par le film et fidèle à celle du comics. MOENCH, par contre, offre à Tony WONG le plein contrôle sur son album.



Des auteurs ou un auteur ?

Aux commandes du scénario, on retrouve Doug MOENCH. Ce scénariste de comics a signé un nombre impressionnant de titres (Moon Knight, Thor, Fantastic Four...), et un nombre incalculable de comics consacrés à Batman. Pourtant, la lecture de Batman Hongkong donne l'impression au lecteur que seul Tony WONG a été aux commandes du titre, tant l'esprit des comics de l'ex-colonie se fait sentir jusque dans les plus infimes détails.

En fait, il faut savoir que le Batman L'enfant des rêves de ASAMIYA a vu, dans son édition américaine, ses dialogues réadaptés par Max Allan COLLINS (scénariste du comics Road to Perdition adapté au cinéma par Sam MENDES : en Français, Les sentiers de la perdition) afin de mieux convenir au public amateur de comics. Rien de surprenant, donc, à ce qu'un auteur comme WONG se soit vu adjoindre les services d'un scénariste maîtrisant parfaitement l'univers du Chevalier de la nuit. On peut donc imaginer que MOENCH a surtout servi de garde fou à WONG en signant les dialogues.

Mais qui est est-il ce Tony WONG ? Dans son pays, on le considère comme le Roi de la BD. Commençant sa carrière en 1971, à l'âge de 13 ans, il a donné naissance à la mythique ligne de BD Jademan, distribuée aux Etats-Unis dans les années 80 : une des premières découvertes du style asiatique pour les amateurs de super-héros. Depuis, WONG a signé de très grands succès tels Young & Dangerous, Storm Riders ou encore Gate of the dragon and tiger : des titres tous adaptés en film à Hong Kong. En France, nous avons eu le droit à quelques numéros des Aventuriers de la 5e génération... WONG étant une star dans son pays, on ne s'étonnera pas de le voir aux commandes, l'idée étant de laisser de grands artistes donner leur vision du Batman.



Histoire d'en parler

Malheureusement, cette vision sino-américaine du héros créé par Bob KANE en 1939 ne donne pas une entière satisfaction. Là où ASAMIYA offrait une vision respectueuse du mythe Batman, WONG semble plutôt se servir du Justicier de la nuit comme d'un moyen pour raconter des histoires typiquement chinoises : ainsi le cadre et le récit s'inscrivent dans le genre mafieux malsain, qu'un FUMIMURA Shô et un IKEGAMI Ryu (Sanctuary) ne renieraient pas. De même, WONG semble presque plus s'intéresser au nouveau partenaire de Batman, Night-Dragon, qu'au Croisé à la cape.

Il en ressort au final un album rondement mené, dessiné avec un certain talent (certaines planches colorisées à la peinture sont superbes, même si d'autres se révèlent plus terne) et dans lequel on n'a pas le temps de s'ennuyer. Mais, on pourra aussi se faire l'avocat du Diable et souligner la vacuité du scénario aussi caricatural qu'un Hollywood Night.



Un rapprochement culturel

Le projet de confier Batman à de grands artistes asiatiques semblait des plus prometteurs, mais force est de constater que DC n'a produit que deux albums en 3 ans. Toutefois, on peut et l'on doit même se réjouir de voir aujourd'hui apparaître ce Batman Hongkong. Là, où, en France, le manga semble ne plus avoir de secret pour personne, et où la BD coréenne le manwha se développe de manière exponentielle, la BD de Hong Kong reste, quant à elle, un territoire vierge duquel on ne connaît presque rien, mis à part quelques tentatives malheureuses de Tonkam. Espérons qu'un éventuel succès de ce titre donnera envie à des éditeurs de nous faire découvrir une bande dessiné que l'on imagine riche ou que, pourquoi pas, les lecteurs français aient la curiosité de faire le voyage par eux-mêmes.



Remerciements à Thierry MORNET de Sémic.
 
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