Articles | mangaLe 16/07/2004 par Nicolas PENEDOLee Young Yo
Les filles ne se laissent pas faire
Menue, une petite paire de lunettes vissée sur le nez, on n’imaginerait pas que LEE Young Yo soit l’auteur de Kill Me Kiss Me, sunjung mettant en scène des jeunes filles rebelles. Elle se battent avec des garçons et les étalent au tapis tout en cherchant à les séduire ! Un auteur surprenant dont on attend beaucoup.
La biographie de LEE Young Yo reste bien mystérieuse : on ignore sa date de naissance et on sait seulement qu'elle a commencé sa carrière en 1996, avec un manwha au titre plutôt sybillin :
Réflexion sur le pain en forme de poisson (sic). On lui doit aussi
Enchantement Vert Pastel et
Printemps Printemps. Dans ses manhwa, elle aime à mettre en scène des adolescents dans des relations conflictuelles, entre amour et haine. Son titre
Kill Me Kiss Me raconte l'histoires de jeunes filles se travestissant en garçons afin d'approcher l'élu de leur coeur. Mais pour cela, elles devront se battre contre des voyous et autres bandes de jeunes rebelles aux look de rock star.
AnimeLand : Qu'est-ce qui vous a donné envie de devenir auteur de manwha ?
LEE Young Yo : En fait, mon amour pour le manwha remonte à mon enfance, lorsque ma tante m'a initié à sa lecture. Tout en dévorant les albums, je rêvais un jour de pouvoir créer ce même genre d'histoires. Je suis donc devenue auteur assez logiquement.
AL : D'où vous est venue l'idée de Kill Me Kiss Me ?
L.YY. : Peut-être trouvez ce genre de récit original en France, mais ce n'est pas le cas en Corée. En fait, ce genre d'histoires, mettant en scène des travestis, a été maintes fois développé. Je me suis juste contentée de m'inscrire dans un genre en apportant ma sensibilité personnelle.
AL : Dans Kill Me Kiss Me, on voit des jeunes filles capables de se battre contre des garçons et de leur faire du mal. Or, en 1998, une commission s'était réunie en Corée pour tenter de donner à la femme coréenne des droits étendus, et notamment pour lutter contre les violences domestiques et le viol des femmes. Aujourd'hui, quel est le statut de la Femme en Corée ?
L.YY. : Voilà une question bien difficile (rires)... Si le statut de la femme a connu une amélioration, la parité avec l'homme n'est pas encore à l'ordre du jour. L'homme reste le plus fort. Alors, proposer une BD dans laquelle les filles se battent contre des garçons permet sans doute aux jeunes femmes de se défouler.
AL : La violence joue un rôle assez important dans les manwha publiés en France. Y'a-t-il beaucoup de combats entre jeunes en Corée ?
L.YY. : Il ne faut pas croire que la violence soit quotidienne dans les lycées et collèges. On trouve des bandes de jeunes créant des problèmes, mais il ne faut pas généraliser ce genre d'histoires. Dans le manwha, la violence se trouve, si l'on peut dire, «embellie». On fait en sorte de lui donner une esthétique agréable... Franchement, dans la réalité, se battre n'a rien de très séduisant.
AL : Certaines filles luttent-elles contre les garçons ?
L.YY. : Oui, ce sont des choses qui arrivent...
AL : Ne seriez-vous pas vous-mêmes comme vos héroïnes, prêtes à vous battre contres des hommes vous cherchant problèmes ?
L.YY. : Surtout pas ! (elle fait des gestes de dénégation avec ses bras, NDLR) Je n'aurais pas la moindre chance !
AL : J'imagine que vous devez recevoir du courrier de vos lecteurs et lectrices. Quelles sont leurs remarques principales ?
L.YY. : Certaines de mes lectrices parlent de la satisfaction procurée par les scènes dans lesquelles la jeune fille met un homme au tapis. Mais, en fait, la plupart des lectrices me parlent surtout de mes histoires d'amours. Voilà le sujet les passionnant le plus ! Mes lecteurs, quant à eux, me parlent surtout des personnages féminins : en fait, les garçons lisant des BD pour filles ont des remarques assez proches des lectrices dans leur courrier.
AL : Comment votre BD a-t-elle été reçue par la critique en Corée ?
L.YY. : J'ai reçu certaines critiques, mais finalement, peu de personnes m'ont reproché une mise en scène de la violence à l'école. En fait, la plupart des remarques tournaient autour du fait que mon style de dessin s'avérait proche de la BD pour garçons.
AL : Aujourd'hui que Kill Me Kiss Me s'est terminé, sur quoi travaillez-vous ?
L.YY. : J'ai sorti un titre du nom de Bombom, dont la publication vient tout juste de se terminer. Depuis, je n'ai pas lancé de nouveau titre et j'en profite surtout pour me reposer.
AL : Pour conclure, que ressentez-vous à voir une de vos oeuvres traduite en France ?
L.YY. : Jamais je n'aurais pensé voir une de mes BD publiée en dehors de mon pays ! Quand on m'a annoncé que j'allais être traduite en France, j'ai été bien surprise. L'édition française de Kill Me Kiss Me en main, j'ai ressenti un sentiment bizarre. Je me pose beaucoup de questions sur le choix de Saphira (son éditeur français, NDLR) : pourquoi moi et pourquoi ma BD (rires, NDLR) ?
Remerciements à l'équipe de Tokebi, et à René PARK pour la traduction.