Articles | animeLe 09/06/2004 par Julie BORDENAVECourts métrages en compétition, programme 1
Mardi 8 juin, rencontre avec les réalisateurs
Tous les matins, autour d’un petit déjeuner, Serge BROMBERG, directeur artistique du festival, organise des rencontres avec les réalisateurs de courts diffusés la veille. Riche idée, qui permet ainsi aux artistes d’expliquer leurs œuvres, donnant plus de saveur au contenu. Premier compte rendu : mardi 8 juin.
Lorenzo, Mike GABRIEL Surprenant : on trouve même du Disney parmi les courts métrages en compétition ! Et du Disney pur jus, pourrait-on dire. En effet, Lorenzo, un matou bleu dont la queue prend vie, est l'oeuvre de Mike GABRIEL, entré chez Disney à 18 ans et qui fut l'élève de... Joe GRANT himself, scénariste émérite du studio, qui a notamment participé au scénario de
Dumbo en son temps. «
L'idée d'un chat qui jouerait avec sa queue est née il y a 35 ans, de l'imagination de Joe GRANT », explique Mike GABRIEL. Puis le producteur du
Roi Lion a eu l'idée d'un tango ; le cours du film a vraiment changé avec l'arrivée de la musique ». De storyboard en allers retours au coeur des studios Disney Montreuil, le court a ainsi peu à peu pris forme. Vétéran de chez Disney, Joe GRANT n'en fut pas moins ouvert aux techniques nouvelles : «
il avait commencé le dessin du chat au pastel ; puis, c'est lui qui a spontanément proposé que le court soit réalisé en 3D ». A l'arrivée, un gros matou bleu, qui entame un tango endiablé avec sa propre queue. Une séquence digne d'un
Fantasia 2000 !
Aru tabibito no nikki, KATO KunioOn le répète depuis un petit moment, l'utilisation du logiciel Flash n'implique pas forcément la création d'un dessin rond et coloré. Nouvelle preuve de créativité,
Aru tabibito no nikki, du japonais KATO Kunio, nous content les aventures d'un voyageur en « Tultanie ». Lorgnant presque vers du FOLON (mais si, rappelez-vous, ces petits bonshommes qui vous faisaient peur le soir, à l'heure du coucher...), pour les paysages lunaires, les personnages aux contours mous et le délicat onirisme teinté d'angoisse, KATO surprend en nous livrant un univers tout à fait singulier.
De ces univers où l'on projette des films sur le dos d'un ours blanc, où les poissons nagent dans les tasses de café, et où les cochons sont juchés sur des pattes de girafes... Se présentant comme un vieux grimoire poussiéreux rempli de contes désuets, la série de KATO Kunio est composée de 6 épisodes, conçus pour le Net.
«
La plupart des animations réalisées sous Flash sont fondées sur un dessin simpliste. Obtenir un rendu différent, une touche traditionnelle, a été au coeur de mes préoccupations ; j'ai réalisé tous les dessins au crayon, puis je les ai ensuite intégrés sous Flash. »
Difficile de défendre seul les couleurs d'une animation passée, quand on côtoie des films autrement plus modernes en compétition ? «
Je souhaite réaliser encore un épisode de cette série, plus long. Mais au regard des programmes d'hier, je souhaite également travailler sur des films plus enlevés ! ». Ou comment la disparité des genres présentes au coeur de la programmation d'Annecy ouvre l'esprit non seulement du public, mais aussi des artistes eux-mêmes !
Pan with us, David RUSSOSorte de Ben STILLER impulsif et incontrôlable, David RUSSO aura créé l'événement de ces rencontres du 8 juin. Surgissant tout à coup hors de son siège pour mieux mimer sa manière de filmer, touchant une plante pour en éprouver la réalité, ou encore prêt à quitter la conférence pour aller observer Vénus dans le ciel... Le réalisateur aura en tout cas étonné, agacé certains et charmé d'autres, en défendant avec véhémence le concept de l'artiste indépendant - et par extension incompris : «
plus je montre mes films, moins je survis. Je fais mes films pour le futur, je ne veux pas qu'ils soient pollués par le présent ».
« Bouger pour disparaître »De fait, il est vrai qu'au visionnage, la veille, de son
Pan with us, - allégorie sur l'esprit du dieu Pan face au monde moderne, inspiré par un poème de 1914 - on était resté quelque peu circonspect. Et si les explications données ou plutôt soutirées par Serge BROMBERG au réalisateur n'apportèrent pas forcément toute la lumière désirée sur le sens du court métrage, les explications sur la forme en revanche furent tout à fait passionnantes : «
Je me promène dans mes décors en volumes pour localiser l'élément a animer, et là, je déclenche la prise de vue, à l'aide d'un déclencheur que je tiens dans la bouche, expliqua, gestes à l'appui, le volubile réalisateur. D'habitude, on ne voit pas l'animateur, mais il reste néanmoins le grand ordonnateur ; moi, je préfère bouger pour mieux disparaître. Ce qui me plaisait, c'était de rendre hommage à l'animation ! ».
Or, là où le réalisateur défriche, il ne rencontre que mépris ou pire-, plagiat. Sa manière si personnelle de mettre les objets en mouvement - déjà utilisée dans son Populi, présenté l'an dernier -, fut ainsi réutilisée depuis de manière éhontée par une marque de bière américaine pour un spot publicitaire.
«
Depuis 1986, je fais des films, mais je ne les montre pas, et je vais retourner à cette manière de fonctionner. Les producteurs donnent de l'argent pour que l'on refasse toujours la même chose, c'est un piège. J'ai beaucoup moins d'argent depuis je suis animateur ; je vais redevenir artiste »!
Ryan, Chris LANDRETHEnfin, le discret Chris LANDRETH s'est fait une petite place sur la scène pour présenter son fantastique Ryan, qui explore avec brio l'idée du « psychoréalisme », en réponse au photoréalisme qu'il finit par juger sans intérêt, après 15 ans dans la 3D. (voir notre
article à l'occasion du festival Imagina).
Le principe ? Retoucher des prises de vue réelles pour tenter de présenter un instantané de l'état psychologique d'une personne, comme une « photo psychoréaliste ». Ainsi, que ce soit Ryan, animateur émérite tombé depuis 30 ans dans la dépression et l'alcoolisme, son ex-femme, ou même Chris LANDRETH lui-même, chacune des personnes filmées porte sur son corps et son visage tâches, rayures, distorsions, creux et bosses, comme autant de stigmates marquant chacune une étape de la vie. «
On est tous bousillés. En couleurs, certes, mais on est tous déglingués ! ». Une utilisation originale de la 3D, au service d'un propos humaniste universel (l'artiste face à sa création, et par extension l'homme face à sa condition) : quand la forme est au service du fond, on touche au grand art.