Articles | mangaLe 01/08/2002 par Matthieu PINONUrukyu : Le culte du cute
Rassurons tout de suite les japonophones : "Urukyu" ne veut rien dire. Il s'agit ni plus ni moins de la contraction de ULtra CUte (super mignon en anglais). AKIMOTO Nami donne le ton dès le titre : dans ce manga, tout sera joli, mignon, kawaii, bref, cuuuuuuuuute.
Ami Uzuki et Noa Kurosawa, deux jeunes filles de quinze ans, sont a priori totalement opposées. La première, aux longs cheveux blonds, cache un appétit d'ogre sous sa silhouette filiforme et sportive. Noa, quant à elle, aux cheveux courts et bruns, est aussi gironde que douée à l'école. Cependant, un point les réunit : les garçons. Depuis la maternelle, les deux demoiselles tombent amoureuses des mêmes garçons, et rivalisent de mauvais tours pour être l'élue du coeur de leur "victime". Hélas, la situation se retourne toujours contre elles, puisque la sentence est systématiquement la même : elle se font toujours refouler.
Les deux meilleures ennemies continuent leur recherche d'une
"histoire d'amour avec leur chérie à elles, super cool et ultra cute" jusqu'au beau jour où elles font la connaissance de Tamon Okazaki et de Tomohiro Nakatsugawa, dont elles vont tomber amoureuses dès le premier regard. Et cette fois-ci, c'est la bonne, chacune ayant une cible différente ! Néanmoins, elles ne peuvent s'empêcher de rivaliser de nouveau, et le concours de la plus rapide à obtenir un baiser est vite lancé. Cependant, Tamon et Tomohiro ne sont pas aussi angéliques qu'ils en ont l'air...
Vegetal Manga nous propose un manga frais et léger avec Urukyu. 200% shôjô, ce titre propose ni plus ni moins qu'un moment de détente. Le dessin est agréable, malgré une utilisation abusive des trames, les héroïnes sont on ne peut plus à la mode, les héros sont beaux et ténébreux à souhait, la mise en page est déstructurée à volonté... Bref, tous les codes du shôjô manga sont réunis pour satisfaire les afficionados du genre. Mais le point fort d'
Urukyu reste sa narration. AKIMOTO n'a pas son pareil pour transformer une petite histoire d'amour en une grande aventure, et sait trouver le juste équilibre entre les scènes émouvantes, les moments d'introspection et les passages complètement délirants où Ami et Noa font flèche de tout bois pour se mettre des bâtons dans les roues, ou font un concours de phrases vexantes (
"J'ai l'impression que ta poitrine manque de volume").
La boutique Vegetal Manga s'est lancée très récemment dans l'édition de manga. Après le mature
Ma vie en rose et le dispensable
Let's Voley-ball, l'éditeur bordelais nous propose un nouveau shôjô manga.
"Un de plus", diront les allergiques au genre. Et pourtant... Loin d'être un manga culte, à avoir absolument dans sa bibliothèque, Urukyu se laisse lire, et si l'on a toujours en arrière-pensée l'idée que cette bande dessinée est superficielle et inconséquente, on se surprend à finir le premier volume, un léger sourire aux lèvres, en attendant de découvrir la suite. Cela est en grande partie dû à l'excellent travail d'adaptation effectué par l'équipe de Vegetal Manga qui a su trouver les expressions françaises collant parfaitement à la situation (
"Aujourd'hui, je me la donne à fond") tout en restant proche du langage "jeune" japonais (les anglicismes sont très à la mode dans l'archipel nippon). Hélas, de nombreux petits défauts viennent ternir cette version française. Nombreuses fautes d'orthographe, polices parfois trop petites... On a même droit à un énorme phylactère vide de tout mot!
Néanmoins, la lecture d'
Urukyu se fait sans heurt, le lecteur se laissant porter par l'histoire sans jamais avoir à se forcer pour rechercher le petit détail important laissé en suspens. C'est donc un titre frais qui est proposé ici, que chacun peut avoir sans honte dans sa bibliothèque, même s'il n'est absolument pas indispensable, à l'instar de
Marmalade Boy. Néanmoins, on ne peut que souhaiter à
Urukyu de remporter le succès, afin que Vegetal Manga prouve sa compétence aux éditeurs japonais, qui pourront ensuite proposer des titres plus importants à la société bordelaise, pour son plaisir et pour le nôtre.