Articles | diversLe 03/06/2004 par KSKrewComment qu'on fait...
pour faire un fanzine, part IV : les conventions.
Aujourd’hui, c’est notre première convention. Nous allons enfin rencontrer notre public pour lui faire découvrir notre œuvre et, comme d’hab’, on est encôÔôre à la bourre ! On a bouclé le fanzine il y a trois jours, trouvé un imprimeur avant-hier, pour enfin récupérer nos fanzines hier… Du coup on n’a pas eu beaucoup de temps pour préparer la conv’.
Lorsqu'il y a une convention, va savoir pourquoi, elle se déroule systémiquement à des bornes de chez nous. C'est comme ça. La théorie de la tartine beurrée sans doute. D'où les problèmes de transport et de logement. Et comme notre budget ressemble plus au budget du ministère de l'Agriculture du Groenland (1) qu'à celui de la Défense des States, c'est souvent le système D qui prime : Aller-Retour en Corail entre la famille Michot et ses 8 enfants enragés, nos 3 cartons remplis de fanzines, et toutes notre déco pour le stand. Ou covoiturage avec d'autres fanzines : convivial et festif, mais difficile de dépasser quatre personnes avec les kilos de matos, fanzines et fringues. Ou encore l'autostop. (Mais à l'exception de Dédé et son 38 tonnes, les voitures prêtes à prendre quatres jeunes armés de cartons de fanzines restent assez rares).
Pour vous aider à vous organiser, il existe des forums (2) qui vous permettent de prendre contact avec d'autres fanzines perdus comme vous. D'ailleurs, si vous trouvez le prix des stands trop cher, vous pouvez également proposer de partager votre stand avec un autre zine pour diviser par deux les frais d'inscription, mais aussi la place sur le stand, les chaises disponibles, et rester côte à côte durant toute la convention (bien réfléchir avant de s'engager).
Le débarquementDe notre côté, après 8 h de route et une nuit passée chez la cousine de la soeur d'une amie, on arrive enfin sur les lieux de la convention. C'est en général à ce moment là que tout le monde se pose la même question : «
Euh, alors... On fait quoi maintenant ? ». Une libellule passe en silence. Rien de difficile en théorie ! Il suffit de récupérer les badges à l'accueil réservé aux exposants, se rendre à notre stand, installer la déco, et attendre que le public fasse son entrée.
7h00 à notre montre lorsque nous décidons d'appliquer cette théorie. 7h30. Toujours pas d'accueil en vue. C'est l'inquiétude. 7h45. L'idée de suivre tout individu portant un tas de cartons à bout de bras se révèle fructueuse ! Nous arrivons devant l'accueil. 8h15. La réceptionniste ne trouve toujours pas notre nom dans son listing. Pourtant, on a tout fait dans les règles : pré-inscription 6 mois à l'avance, inscription en temps voulu, envois du chèque de confirmation et confirmation par mail. 8h25. Ça y est ! Elle décide de prendre un Bic et de nous rajouter à la liste. 8h40. Ils nous donnent des badges d'accès et un plan du site, mais ne fournissent pas de boussole avec. La recherche de notre stand prend des allures de chasse aux trésors des caraïbes ! 9h00. Fatigués, assoiffés, sans stand, les nerfs lâchent. Du plus profond de notre gorge, un cri de rage retentit. AAAAAAHHHHHHHHHHH !!!! 9h00 et 30 secondes. Six vigiles nous encerclent. 2 à droite, 2 à gauche et 2 en couverture. 9h30. Quelques marques de violence, une fouille corporelle approfondie, une identification rétinienne, un examen d'urine, un test ADN et une vérification d'empreinte dentaire plus tard, les agents de la sécurité nous jett...euh nous indiquent le chemin de notre stand.
Installation et décoration du standL'exercice demande dextérité et imagination. Comment - à partir d'une planche de contre-plaqué posée sur deux tréteaux instables, trois chaises et un mur de fond -, peut-on réaliser une décoration attrayante ? Il est temps pour nous de mettre notre effervescence créatrice en ébullition : il faut décorer le stand ! Mais attention, si vous ne voulez pas que votre stand ressemble à la boutique d'un vendeur de kebabs, il faut vous préparer à l'avance. Une décoration de stand, ça ne s'improvise pas.
Tout d'abord, avant de laisser cours à votre élan créatif, une chose essentielle à respecter en convention : les règles de sécurité. Les organisateurs n'acceptent que les nappes ignifugées (au cas où on aurait envie, comme ça, d'un coup, de faire un barbecue sur notre stand. Où de faire des dédicaces en pyrogravure...allez savoir). Si, comme nous, vous pensiez prendre une nappe en papier crépon, oubliez. Les vigiles vous rappelleront à l'ordre et vous prêteront gentiment une nappe ignifugée de couleur verte (vert qui tient plus des résultats d'une gastro d'un lama anorexique que du vert émeraude). Afin d'éviter toutes fautes de goût, pensez donc à vous renseigner auprès des organisateurs sur les normes de sécurité interne.
D'un point de vue artistique la déco peut être réalisée suivant le goût de chacun. D'un point de vue marketing, il ne faut pas oublier qu'une belle déco originale attire les foules. Dans tous les cas, la décoration de votre stand doit bien sûr être représentative du concept de votre fanzine. On voit mal une déco post-Gothique-néo-Visual-SM-Rock pour le fanzine officiel de Totoro... Quoique. Vous avez donc la table et le panneau mural à embellir, voire même les chaises pour les fous furieux de la déco (ce qui se fait aussi, c'est d'accorder la tenue des membres de l'équipe au thème de la déco).
Le mur derrière le stand va vous permettre d'afficher vos réalisations en grand (poster ou photocopie A3), et de mettre une banderole avec le nom de votre fanzine. C'est grâce à ce mur que le public va pouvoir vous identifier de loin. Il faut donc qu'il soit bien mis en valeur. Une fois le panneau mural habillé, il faut vous occuper de la table. Le but est de donner du volume au stand, sans oublier de se garder un coin de table pour dessiner. Pour mettre en avant vos fanzines, vous pouvez utiliser des présentoirs faits main (carton + ciseau + colle + atelier Disney + sparadraps), ou tout simplement faire tenir le zine debout en le gardant ouvert (comme les menus dans les restos).
En règle générale, il vaut mieux éviter de poser les fanzines à plat sur la table, ça donne une impression de brocanteur des puces. Il est aussi recommandé de mettre quelques fanzines en lecture libre : les fanzines de démonstration. Cela permet de ne pas abîmer tous vos fanzines avec des traces de mayo ou des pliures inesthétique faites par le public.
« Il est frais ! Il est pas cher mon fanzine ! Qui veut mon fanzine ? »10h15. On a à peine le temps de s'installer que les premiers visiteurs arrivent. Un jeune s'approche de notre stand... On lui tend un zine :«
Bonjour-ça-c'est-un-fanzine-qu'on-fait-nous-même-de-nos-blanches-mains c'est-de-la-bédé-et-des-articles-et-c'est-trop-drôle-et-on-est-une bande-de-djeuns-et-on-fait-de-la-bédé-en-amateur-et-puis... ben, t'en va pas ! Attends ! ». Je crois qu'on lui a fait peur... Bon, on change de méthode. Le prochain, on dit plus rien. Chut en voilà une... plutôt mignonne dans son cosplay SailorMoon. Mais on ne dit rien cette fois. Elle prend un zine... elle le feuillette... elle sourit ! Elle nous regarde... elle attend. « C'est
vous qui faites ça ? C'est plutôt sympa... ». Chut... On ne dit rien pour pas se griller. «
Je dis : c'est sympa ! ». Merde, elle insiste... On tient bon, on dit rien. «
C'est le stand des autistes ou quoi ? Si c'est comme ça, allez vous faire voir, c'est pas drôle !!! ». Damned... Ça ne doit pas être la bonne méthode non plus. Il faut faire attention à la manière d'aborder les gens.
Sans rentrer dans un résumé du "Guide du parfait petit commercial en 5 leçons", il faut réussir à vendre son fanzine sans être ni trop insistant ni trop timide. Il y a un tas de solutions pour ça : vous pouvez par exemple proposer de dédicacer chaque fanzine acheté. (Point essentiel : ne vendez pas vos dédicaces. Une dédicace doit rester un acte gratuit de l'auteur, pour remercier son public. Si un zine vous propose un jour de vous vendre sa dédicace, ne l'achetez pas. Venez nous voir, on vous en fera une gratos).
Vous pouvez aussi faire des promotions spéciales "super discount" : pour deux fanzines achetés, le troisième est offert ! Et pour vous faire connaître à l'intérieur de la conv, vous pouvez également distribuer des petits prospectus, ou des "flyers".
Un autre petit truc pour ne pas rater bêtement l'occasion de vendre votre zine : faites des prix ronds (rien de plus terrifiant qu'un fanzine à 2,57 ?. On n'est pas là pour vendre du pain aux 7 céréales), et prévoyez de la mitraille pour rendre la monnaie sur les billets de 50 ? (surtout si votre zine est à 2,57 ?). Vous pouvez aussi diversifier vos activités en faisant des goodies, tels que des cartes postales, des posters, des ramicards, des shitajikis, du papier à lettre.... ou même des toys si vous êtes bons bricoleurs ! Le tout est d'attirer l'oeil du visiteur. Il y a même certains fanzines qui se sont spécialisés dans les goodies.
Mais la meilleure méthode pour vendre le fanzine, c'est d'animer le stand. En effet, une petite animation peut rassembler un maximum de gens autour de votre stand (évitez le strip-tease, on a essayé, on eu des problèmes avec la sécu). Faites participer le public à des jeux ou des défis. De notre coté on a décidé de faire un quiz géant. Les règles doivent être simples et rapides à comprendre. Par exemple, nous proposons de faire trouver au public des titres de séries mimés par notre équipe. À la clé, gages pour les perdants et cadeaux pour les gagnants. Cela permet aux visiteurs de passer un bon moment avec nous, de cerner notre état d'esprit, et du coup de s'intéresser à notre fanzine. Évidemment, toute cette agitation, qui fait l'ambiance si particulière des convs, doit être faite dans le respect des stands voisins, cela va sans dire (on oublie tout de suite l'idée du paint-ball dans les allées).
Le biotope festivalierCependant, même s'il est très amusant de vendre ses fanzines et de les dédicacer, il est important de savoir que passer trois jours derrière son stand sans décoller peut provoquer des lésions cérébrales irréversibles. Les journées sont longues. Parfois, en jouant de malchance, le stand d'à côté peut, par exemple, diffuser la même vidéo de 3 minutes en boucle toute la journée, à l'aide de son SoundSystem Dolby Surround 5.1 Quadriphonic Digital Laser, pour une puissance restituée totale de 3 000 watts dans ta gueule. Ça tourne vite au lavage de cerveau. Il faut donc penser à s'aérer la tête, à tour de rôle, pour que chacun puisse aussi profiter un peu du salon et faire 2-3 achats. C'est l'occasion d'aller voir les réalisations des autres fanzines, et de connaître leur mode de fonctionnement.
18h. C'est bientôt la fin de la première journée. Lessivés, les larmes de désespoir emplissent nos petits yeux fatigués. Sur le bout de feuille qui nous sert à comptabiliser nos ventes, il n'y a que 8 petits traits... On a vendu 8 fanzines durant toute la première journée. Le drame ? Pas nécessairement. En effet, le visiteur lambda ne fait pas les convs pour les fanzines. Il est là pour essayer de trouver un ArtBook Collector, ou dénicher la figurine tirée en 80 exemplaires au Japon. Il ne lui viendra donc même pas à l'esprit que dans ce monde de l'industrie de l'Anime, il existe quelques stands, là-bas, au fond, où des jeunes bourrés de talent présentent leurs fanzines prometteurs. En revanche, une fois sa fièvre acheteuse assouvie, il prendra le temps de faire un petit tour sur les stands de fanzine pour y découvrir ce qui existe. C'est généralement en fin de convention, quand il a encore en sa possession 2 ou 3 ? qu'il ne veut pas ramener chez lui, par principe.
19h. Il est l'heure de partir. On laisse la déco en place. On rassemble les zines dans les cartons dissimulés sous le stand. Et on se rentre. La soirée risque d'être longue. On a l'embarras du choix : faire la Nuit du manga, la grosse soirée spéciale en boîte, une petite soirée entre potes, ou la loutre morte devant la télé. Mais surtout, ne pas oublier de dormir quelques heures pour être frais et dispo, et remettre ça demain sur le stand.
Le mois prochain, nous vous proposons de conclure cette série d'articles, en abordant les moyens de faire survivre votre nouveau fanzine et de vous lancer dans l'aventure du numéro 2 !
Lire les prédédents articles de la série Comment qu'on fait pour faire un fanzine :
Part 1 : l'administration .
Part 2 : le making of .
Part 3 : la fabrication .