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Le 25/05/2004 par Nicolas PENEDO

Entre l’apprentissage de leurs pouvoirs psys au sein d’une école, leurs histoires de cœur coquines et la lutte contre une cabale de scientifiques voulant faire d’eux des cobayes, les élèves de la Psychic Academy ont fort à faire. Fans de Shônen, ce titre vous plaira !
Depuis son numéro 6, le Shônen Collection de Pika (Voir notre
article) propose mensuellement
Psychic Academy dans ses pages. Malgré des débuts discrets, les derniers sondages font état d'une popularité croissante pour ce manga(1) : face à des poids lourds comme
Young G.T.O. ou
Rose Hip Rose,
Psychic Academy arrive quand même à tirer son épingle du jeu, ce qui n'est pas rien. Toutefois, Shônen Collection souligne aussi que le titre ne laisse pas indifférent : on aime, ou on déteste ! Des réactions épidermiques, sans doute motivées par la difficulté à cerner le manga, à mi-chemin entre la comédie romantique et le pur titre de baston.
Psychic Academy a été publié pour la première fois le 16 décembre 1999, dans les pages de la revue Magazine Z des éditions Kôdansha. Cette revue, destinée avant tout à un public adolescent, propose chaque mois 680 pages de BD. Z semble viser les fans branchés, puisqu'il contient surtout des titres adaptant les anime ou jeux vidéo à succès en manga, à l'inverse de la procédure classique. Fort de sa popularité,
Psychic Academy a été édité en recueil (11 tomes) et un anime, entré en production dès 2002, a été diffusé sur Internet (Lycos Japon) : 24 épisodes de 10 minutes ont été réalisés. Une durée bien courte, s'expliquant par la difficulté à proposer des contenus lourds sur le web.
Un auteur à problèmesNé le 19 septembre 1961, KATSU Aki, l'auteur de
Psychic Academy, commence sa carrière de mangaka en remportant la 12e compétition des jeunes talents de la Shogakukan. Il fait ses premières armes dans le hentaï, domaine peu attractif s'il en est, tant la production érotique nippone semble stéréotypée. Pourtant, KATSU parvient une fois encore à sortir du lot, et se voit offrir la possibilité de travailler sur l'un des deux manga inspirés par l'anime
Visions of Escaflowne.
Ce titre, édité en France par Pika, déçoit pourtant les fans de la série. Les personnages n'ont plus grand chose à voir avec leurs homologues animés, et l'histoire a été sensiblement modifiée. Pika croit pourtant fermement en son auteur. «
Je lui reconnais des défauts, notamment sur son graphisme », reconnaît Pierre VALLS, directeur éditorial de Pika. Toutefois, il souligne aussi la force du mangaka : «
Voilà un auteur dont le style narratif s'avère des plus réussis. Il a une manière bien à lui de raconter ses histoires et de passionner le lecteur. Voilà ce qui m'a séduit chez lui. » Pika embraye alors sur son
Futtari Ecchi, manuel d'éducation sexuelle à l'intention des jeunes couples. Si le premier tome suscite l'intérêt, on pourra regretter la dérive vulgaire du manga, présentant une vision dégradante de la femme.
Psychic Academy, histoire originale, évite cet écueil. Destiné à un public adolescent, le manga se permet « juste » quelques effets coquins. La dernière chance pour KATSU Aki en France ?
L'histoire de l'AcademyPsychic Academy traite d'un monde dans lequel vivent les « maîtres d'Aura », individus possédant des pouvoirs psychiques. Ces talents naturels, couplés à un long et périlleux entraînement leur confèrent diverses capacités, conditionnées par la couleur de leur aura respective : lévitation et télékinésie en sont un échantillon.
Il y 20 ans de cela, un esprit démoniaque menaçant la terre a été défait par Zero, un maître d'Aura devenu depuis un héros légendaire. Pourtant, personne ne sait ce qui s'est réellement passé alors... De nos jours, Shiomi, le petit frère de Zero, rentre dans la Psychic Academy. Il y retrouve Orina, une amie d'enfance dont il a toujours été amoureux, et fait la connaissance de Mew. Cette mystérieuse jeune fille à l'air sombre présente, à sa grande surprise, une aura compatible à 100% avec celle de Shiomi. Pris en charge par un maître d'Aura (un lapin télépathe, sic), Shiomi va révéler petit à petit son potentiel. Zero revient à son tour dans l'école comme professeur, et prophétise une ère de bouleversements pour le monde. Mais à quel jeu joue-t-il donc ? D'autant qu'il semble connaître Mew de longue date...
KATSU a beau avoir fait de la représentation du corps son fond de commerce, il faut malheureusement lui reconnaître une certaine faiblesse graphique sur ce shônen. Ainsi, seuls les personnages principaux ont droit à un design attractif, les autres sont trop rapidement brossés. Les personnages répètent aussi souvent les mêmes gestes, ce qui a certainement évité du travail supplémentaire à l'auteur ...De même, relève-t-on un manque de détail dans les arrières plans, et, plus grave, un manque de dynamisme lors des scènes de combat. Les mouvements apparaissent comme figés, crispés. Toujours en parlant de corps, il faut croire que pour un ex-auteur de hentaï, une jeune fille doit obligatoirement posséder une poitrine énorme, sur laquelle le héros tombera sans cesse par inadvertance... Autant de défauts parfois agaçants, mais jamais rédhibitoires, car KATSU a du métier, et sait parfaitement comment ferrer son lecteur...
Une oeuvre maîtriséeL'histoire de
Psychic Academy a tout du shônen de base avec son héros maladroit, détenteur de pouvoirs surpuissants, se trouvant pris entre deux jeunes et jolies - quoique très différentes - filles ... Pourtant, KATSU a su donner une réelle cohérence narrative à son manga. Les premiers chapitres suivent une construction bien connue des lecteurs : Katsu prend le temps d'introduire ses héros Shiomi, Mew et Orina dans une suite de petites histoires où se mêlent romantisme coquin et humour. Ces historiettes ont leur importance, car elles permettent au lecteur de se familiariser avec la psychologie et la personnalité des principaux personnages. Mew retient d'entrée toute l'attention du lecteur : froide et distante, on la découvre progressivement sous un autre jour... De même, bien que Shiomi a un côté falot, le lecteur le voit grandir doucement, au fur et à mesure de la progression du récit. Une fois son lectorat en phase avec ses personnages, KATSU peut développer son triangle amoureux. Le lecteur suit alors avec intérêt les imbroglios amoureux de nos trois jeunes gens, et découvre progressivement les mystères entourant Mew. Cette dernière semble en effet être la clé du récit, chaque personnage important lui étant lié d'une manière ou d'une autre.
Les pièces du puzzle bien en place, le mangaka passe alors assez logiquement à la vitesse supérieure et donne un ton plus sombre à son récit. Le manga perd soudainement cet aspect gentillet qu'on pouvait lui reprocher, et devient plus haletant, avec des combats plus violents. La fin du manga risque d'ailleurs d'en surprendre plus d'un, l'auteur s'offrant le luxe de ne pas réellement conclure son récit. Le lecteur se retrouve alors face à une situation dramatique dont il pourra imaginer par lui-même les répercussions. Une preuve du contrôle assez important que l'auteur a du avoir sur son titre.
Et maintenant ?Si le manga
Psychic Academy a mis du temps à gagner les faveurs du public hexagonal, on peut néanmoins espérer la survie du titre (2). Bien qu'il ne comptera certainement pas parmi les shônen du siècle, force est de reconnaître que le manga ne déçoit pas et se permet même le luxe de surprendre. Le public français, sollicité par de nombreux éditeurs, n'a désormais guère le temps de donner sa chance à un titre un peu lent à se mettre en place, et réclame des récits menés tambour battant. Pourtant, l'amateur éclairé donnant sa chance à
Psychic Academy pourrait bien avoir à se féliciter de son choix !
Psychic Academy, manga édité au Japon en 11 volumes. Aucun tome relié sorti en Français à ce jour. La prépublication a commencé dans le numéro 6, vol. 1 du Shônen Collection.