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Le 18/05/2004 par Sébastien CELIMON

Bry sur Marne, banlieue Est de Paris, sur la ligne RER qui mène tout droit au monde merveilleux de Disneyland Paris. C’est dans cette ville que se trouvent des studios de cinéma et de télévision, en bordure de l’autoroute, qui se résument à un sigle : SFP, Société Française de Production.
À l'entrée, des panneaux provisoires indiquent à droite des plateaux où se tourne le nouveau film du papa d'Amélie Poulain, intitulé
Un long dimanche de fiançailles. Mais là, il faut plutôt prendre à gauche. Deuxième entrée au fond du couloir, suivre la succession de portes impersonnelles aux couleurs passées, grimper l'escalier pour le troisième étage où ronronnent des bruits feutrés et découvrir un tout jeune studio de dessin animé. C'est ici que se sont installés les créateurs de Welldone, studio entièrement dédié à la réalisation de long métrage d'animation, piloté par Dominique MONFERY et ses associés, tous ou presque anciens techniciens des studios Disney de Montreuil. Le pari est gonflé, mais le talent est bien là. Parole au charismatique réalisateur.
AnimeLand : Pouvez-vous nous retracer votre parcours ?Dominique MoNFERY : Pour me présenter simplement, j'ai 38 ans et pas mal d'années dans le dessin animé derrière moi. Concernant mon parcours, je dirais comme beaucoup de monde que je suis tombé dans le dessin animé tout petit, et qu'en grandissant j'ai cherché à réaliser ma passion. Je suis passé par les arts appliqués à Roubaix puis aux Gobelins pendant deux ans. J'ai commencé à travailler à France Animation comme layoutman, sur des séries célèbres telles que
Les Mondes Engloutis et
Rahan, puis sur les moins connus
Polluards. J'ai passé un an sur les aventures de
Pif et Hercule dans un autre studio, pour finalement intégrer le studio de Montreuil, tenu alors par les célèbres Frères BRIZZY. On travaillait pour Disney télévision sur plusieurs séries, puis le studio est passé dans le giron de la division long métrage. D'assistant animateur, je suis passé à animateur, puis à chef animateur sur
Dingo et Max, pour redevenir animateur sur
Le bossu de Notre Dame, qui représente notre premier vrai morceau de bravoure. J'ai supervisé des animations sur
Hercule, avec la charge des personnages du Cyclope et des Titans, puis de la panthère au début de
Tarzan. J'ai managé l'équipe française sur
Kuzco, qui reste l'un de mes moments préférés. Parallèlement, nous avons réalisé quelques courts métrages et quelques commandes spécifiques. Parmi ces sujets, il y a eu l'actualisation du projet
Destino, initié par Walt Disney et le peintre Salvador DALI, qui fut nommé aux Oscars dans la catégorie meilleur court métrage d'animation. Ainsi qu'un petit film très chouette pour l'UNICEF, qui devait être projeté avec d'autres au moment du 11 septembre 2001. Malheureusement, les événements ont totalement stoppé sa diffusion. Ensuite, les grands chambardements au sein de la maison mère Disney ont remis en cause nos espoirs d'expansion et de développement, pour aboutir à une triste fermeture à l'automne 2003.
AL : Comment est né votre studio Welldone ?D.M. : Welldone est donc né suite à cette fermeture, après un temps de réflexion de la part de mes anciens collaborateurs et de moi-même. Notre ambition est de réaliser prioritairement des longs métrages d'animation. Nous avions acquis pendant près de 14 ans une expérience unique et nous ne voulions pas disperser ces talents aux quatre vents sans tenter quelque chose. Nous avons pris l'habitude de travailler ensemble, de manière harmonieuse et complémentaire, et nous voulons maintenant proposer une qualité de travail et une expérience uniques en Europe. En gros, à la suite des aides et négociations consécutives à la fermeture des studios de Montreuil, nous nous sommes dits qu'ensemble, nous serions sans aucun doute plus forts ; dès lors, nous avons réuni argent et talents. Pour l'anecdote, le nom de la société vient d'un amusant réflexe que je répétais quand nous étions en phase de production de séquences animées. Je disais systématiquement «
well done », c'est-à-dire «
bien joué » quand le travail allait dans le bon sens. Au moment de baptiser notre projet d'entreprise, l'expression est tout naturellement revenue en guise de clin d'oeil de la part de mes associés et elle a été adoptée. Mais tout ne tourne bien sûr pas autour de ma propre personne. La société s'est entièrement créée parce que chacun d'entre nous avons mis la main à la pâte et à la poche pour lui donner une chance d'exister avec des vrais moyens !
AL : Quels sont ses projets et ses objectifs ?D.M. : La société est née concrètement en janvier 2004. Depuis, nous développons deux projets de long-métrage, qui cherchent aujourd'hui des financements ou des confirmations de partenaires. Nous sommes, mi-mars et plusieurs professionnels ont manifesté un réel intérêt pour nos propositions. Le premier projet, dont je ne peux dire le nom pour l'instant, résulte de ma découverte il y a quatre ans d'un roman très célèbre : sa lecture m'a tellement captivé que j'ai senti immédiatement l'envie de le dessiner. Les images se mettaient naturellement en mouvements devant mes yeux. Je me suis attelé à son adaptation pendant mes temps libres et, lorsque j'ai pensé le projet assez abouti, je l'ai soumis à mes camarades pour avis. Leur enthousiasme m'a encouragé à persévérer et le projet est devenu, après la fermeture du studio, une ouverture très intéressante pour nous tous. Quant au second projet, il s'agit également d'une adaptation, mais cette fois d'une bande dessinée. Et ce n'est pas n'importe laquelle puisqu'il s'agit de
La quête de l'Oiseau du Temps. Nous avons reçu l'aval des auteurs, Régis LOISEL le dessinateur et Serge LE TENDRE le scénariste, à la suite de la présentation d'un court teaser où nous mettions en scène quelques personnages. LOISEL nous a carrément poussé à tenter des choses autour de son oeuvre, à ne pas la considérer comme figée, et son attention bienveillante est une véritable source d'inspiration. Il nous a même rendu visite après sa présidence au Festival d'Angoulême cette année, et le dialogue entamé est très constructif. C'est un projet à fort potentiel et nous voulons innover tout en restant parfaitement fidèle au message des auteurs.
AL : Vous mettez la barre haute, c'est très ambitieux !D.M. : À Welldone, nous disposons de talents et de capacités qui nous rendent aptes à réaliser un projet de long métrage d'animation. L'envie est plus forte que jamais, mais il nous reste encore à bien nous faire connaître, nous identifier et à bien finaliser les petites réalisations de nos projets pour les investisseurs. Notre prochaine étape est la présentation d'un teaser du premier projet au Festival de Cannes et, pourquoi pas dans la foulée, du second. Je me dis que nous sommes mûrs pour vivre pleinement cette aventure ensemble et pour offrir au public des longs métrages d'animation, que j'espère de la meilleure qualité possible. Maintenant, c'est à nous de jouer !
Merci à l'équipe de Welldone pour son accueil et sa disponibilité.