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Le 03/05/2004 par KSKrew

Comment qu'on fait...

pour faire un fanzine, part III : la fabrication

Cette fois-ci, on y est. Après des mois d’incubation, nous avons enfin bouclé notre cher fanzine hier soir vers les 14h30... Une bonne nuit de sommeil (2 heures en tout et pour tout), un petit-déj’ équilibré (un kawa avec les restes froids de pizza d’hier), nous voilà enfin frais et dispo pour trouver un imprimeur. En avant ! La journée risque d’être longue.

Quatre heures. Il nous a fallu quatre longues heures de marche pour trouver un imprimeur qui sache faire des fanzines pas chers. C'est pas faute d'avoir préparé le terrain : avant de partir, on a fait une petite liste des boutiques à visiter (en arrachant sauvagement trois pages dans les Pages Jaunes). L'idéal, ce serait de faire un tour sur le site pagesjaunes.com, visualiser le périmètre d'action, passer un petit coup de fil pour vérifier les heures d'ouvertures et enfin préparer un itinéraire. Mais on n'a pas franchement le temps de préparer tout un circuit digne d'une visite guidée pour touristes...


La quête de la bonne boîte à copies


Soyons bien clairs : lorsqu'on utilise le terme « imprimeur » c'est bien sûr un abus de langage. Il ne s'agit pas d'un véritable imprimeur, les mains tachées d'encre derrière sa grosse rotative, mais plutôt du petit gars qui gère, répare et chérit une batterie de photocopieuses. Il faut donc cibler les recherches sur « reprographie » - plus communément appelée « La joyeuse boîte-à-copies de Dédé ». On dit juste « imprimeur » pour simplifier les choses, et pour se faire un peu mousser au passage... y'a pas d'mal !


Toute la journée, on a cherché en vain l'imprimeur idéal. On a éliminé d'office l'imprimeur de luxe avec son forfait "communion & mariage" sur papier glacé hors de prix, mais aussi la petite société qui ne possède qu'une imprimante à jet d'encre maison. On a également abandonné le service repro de la fac, qui nous donne plus l'impression de vomir l'encre sur chacune de vos pages. Sans compter la dizaine de boutiques, aux grilles tarifaires complexes, de qualité mais pas dans nos prix...


Nous voilà arrivés devant la boutique de la dernière chance, un imprimeur conseillé par un de nos confrères fanzines, qui lui-même l'a découverte suite à un conseil avisé d'un autre fanzine (le bouche à oreille entre fanzines reste le meilleur moyen pour trouver un bon imprimeur). Dans le bruit des machines tournant à plein régime, le gérant nous accueille. Et après avoir tenté de lui expliquer, mimer, écrire notre demande, il nous répond : « bon ben si j'comprends bien, j'vous fait un dos carré collé A4, massicoté avec la couv en quadri sur du 180 g. ». Et là... C'est le drame. Dure réalité d'un manque de termes techniques. Ce genre d'agression verbale est très courant dans les reprographies ! Il faut donc bien s'y préparer. Voici les quelques termes techniques et autres moeurs endémiques aux boites-à-copies, importants à connaître avant de rentrer chez un imprimeur (histoire de ne pas passer pour un novice).


Le manuel du parfait petit imprimeur


La photocopie classique c'est la noir et blanc (N&B) au format A4, c'est-à-dire du 21 par 29,7 cm. Le A3 est un double A4 (29,7 x 42 cm) et le A5 est un demi A4 (14,8 x 21 cm). Le papier de base est un papier de 80g (c'est le poids au mètre carré). Pour la couverture, il faut augmenter le grammage (poids) du papier pour lui donner de la rigidité. On passe alors à du papier cartonné de 160g ou 180g, brillant ou mat, de couleur, plastifié etc.

Lorsque l'on fait un fanzine, il est conseillé de faire des photocopies numériques N&B (à ne pas confondre avec les impressions numériques) : le rendu est plus net et plus précis qu'une photocop' classique. Il existe également la photocopie laser, qui est d'excellente qualité ; certes un peu trop chère pour faire tout un fanzine, mais idéale pour la couverture et les éventuelles pages en couleur. Et pour les plus fortunés, il existe les techniques d'imprimerie telles que l'impression numérique (à partir de 300 exemplaires), ou carrément l'Ofset en quadrichromie (pour au moins 1 000 exemplaires), qui nécessite de se rendre dans une vraie imprimerie avec une maquette sous format numérique (en post-script de préférence)... mais là, on sort du cadre du fanzinat pour passer dans les hautes sphères de l'édition.


Pour relier les photocopies en un livret (c'est difficile de vendre un fanzine sous forme de feuilles volantes), il existe différente possibilités en fonction de votre budget. La plus classique est d'agrafer vos pages au centre, et de plier le tout. Vous pouvez aussi poser une barrette en plastique (ou métal), qui pincera toute vos pages sur un des bords. Il vous est aussi possible d'utiliser une spirale en plastique (ou métal) - appelée boudin - qui s'installe après avoir perforé l'un des bords de vos pages. Enfin, vous pouvez adopter la méthode du dos carré collé, qui consiste à rassembler toutes vos pages et à les coller sur la couverture qui fera ainsi le support de votre fanzine. On obtient de très bons résultats avec cette méthode (format magazine de librairie), mais le coût est beaucoup plus élevé.

Enfin, pour la finition, il est conseillé de massicoter le fanzine. Cela consiste à couper les bords pour qu'ils soient bien nets et bien droits à l'aide d'un massicot (espèce de gros sabre dont l'extrémité est visée à une planche de cadrage). Vous pouvez également faire plastifier la couverture pour donner une brillance et un meilleur touché.

Ainsi, après avoir révisé le manuel du parfait petit imprimeur, nous lui répondons avec élégance « Non monsieur, on avait plutôt pensé partir sur un 52 pages A4 plié rendu A5 agrafé N&B numérique 80 g avec couv' couleur laser 160g finition massicotée dans ta gueule ! ». Normalement, là, il est calmé. C'est le moment d'aborder les tarifs.


Les tarifs


D'un point de vue technique, le fanzine au format A5 agrafé, de 50 pages en N&B, plus une couverture en couleur cartonnée représente en termes de prix : 25 photocopies en N&B (2 A5 équivalant à 1 A4) + 1 impression couleur + 1 feuille cartonnée de 160g pour un exemplaire. L'objectif est d'obtenir un prix inférieur à 2 euros par exemplaire, si l'on veut faire une centaine d'exemplaires sans péter le budget... pas simple.

De manière générale, l'imprimeur a une fiche de prix dégressifs, ou un système de carte d'abonnement pour une quantité de photocopies bien précise. Ce n'est donc pas là-dessus que nous pourrons négocier le prix. En revanche, on se propose de mettre la main à la pâte pour faire baisser les prix (pour toutes les opérations manuelles autre qu'appuyer le bouton de la photocopieuse, comme le pliage, le triage, l'agrafage, le massicotage...).


Ainsi, à la suite d'une rude négociation, nous tombons d'accord sur 172,5 euros TTC les 100 exemplaires, avec l'agrafage et le massicotage à faire nous même (avec son matos à lui). Ca nous fait l'exemplaire à 1,72 euros. Pour être sûr qu'il ne change pas d'avis entre temps, on lui demande de nous faire un devis :


DEVIS pour 100 ex. :

N&B à 00,035

x 2500 => 87,50 eur

Couleur à 00,40

x 100 => 04,00 eur

Papier 160g à 00,45

x 100 => 4,50 eur

_____________________________

Total => 172,50 eur


L'imprimeur nous regarde des pieds à la tête, il sait maintenant qu'il n'a pas affaire à des noobs (newbies, amateurs), mais il tente une dernière agression : « Et... z'avez votre truc-zine avec vous là ? Il est sous quelle forme ? Je peux voir ? ». Un ange passe... « C'est comme vous voulez ! On l'a soit en numérique PDF sur un CD gravé, soit en version imprimée haute qualité en A4 », lui dit-on en sortant notre oeuvre du sac à dos. Il nous dit rapidement que la version papier suffira.


Mais voila...du coup il nous demande de trier nos pages. Mise à part certaines photocopieuses numériques de compétition qui font la réduction et trient les pages directement pour en faire un livret, la plupart des machines ne font que des photocopies (...). Il faut donc composer le livret nous-même. Ce qui consiste à faire rentrer sur un A4 la page 1 avec la page 52, et au dos la page 2 avec la page 51. Et ainsi de suite. C'est long et dur, mais faut que tout rentre... Ce n'est pas le moment de craquer.


L'impression


Une fois le tri terminé, nous demandons à l'imprimeur un Bon à tirer. Le BAT, c'est l'exemplaire témoin imprimer par l'imprimeur. Il nous permet, entre autres, de repérer s'il n'y a pas d'erreurs dans notre tri, mais surtout de vérifier la qualité des impressions. Une fois le BAT examiné dans les moindres détails, nous donnons notre feu vert pour l'impression des 99 autres exemplaires. Il nous dit que l'on pourra récupérer nos fanzines dans 2 jours. Il est important de noter que le délai varie en fonction de l'imprimeur, mais aussi en fonction de sa charge de travail. Evitez de lui amener votre fanzine la veille d'une convention ou en fin d'année scolaire, prériode durant laquelle tous les étudiants impriment leurs rapports de stages ou mémoires de thèse.

À ce stade-là de la compétition, il ne nous reste plus qu'à attendre. Mais il n'est pas inutile de passer un coup de fil pour se tenir au courant de l'avancement de l'impression. Car si pour nous, ce travail a représenté des heures et des heures de labeur acharné, pour lui ce n'est qu'un tas de photocopies à faire pour des jeunes un peu bizarres, et il ne prendra pas la peine de nous avertir en cas de problème.


Et voici qu'arrive le moment le plus jouissif dans la création du fanzine. La remise de nos 100 exemplaires. Nous entrons alors dans ce qui s'appelle le stade du « bonheur intense », qui laisse rapidement sa place à « l'horreur suprême », quand on se rappelle qu'il va falloir agrafer, plier et massicoter les 100 numéros. Rien de réellement technique dans cette phase. Tout est dans les muscles. Toute personne ayant passé cette épreuve se rappelle forcément de la douleur physique qui s'en suit. Mais pour celles qui l'ignorent encore, on peut comparer ça à une centaine de pompes au réveil : on ne pense pas qu'on peut le faire, mais quand on le fait, on est ruiné.


En ce qui concerne le paiement, il existe différentes sortes d'imprimeur. Il y a celui qui vous dira « pas de problème, tu me paieras dans 60 jours quand vous aurez vendu vos fanzines ! » ; mais il y a surtout ceux qui vous diront « je veux pas de chèque, c'est par carte ou liquide, et c'est tout de suite ! Tu m'as pris pour Mère Théresa ou quoi ?!? ». Ceci peut être un critère de sélection dans le choix de votre imprimeur. En ce qui nous concerne, il nous dit « mouaip... à la limite faites moi un chèque et je l'encaisserai la semaine prochaine »... On limite la casse.

Enfin, pour terminer, en rentrant chez nous, on se rend douloureusement compte qu'une centaine de fanzines remplissent facilement deux cartons bien pleins (25 kg chacun). Donc pour ceux qui, comme nous, prennent le métro, essayez d'aller récupérer vos zines à plusieurs et faites tourner les cartons. Pensez aussi à désigner qui va devoir stocker les fanzines chez lui.


Voilà, le fanzine est fait, et maintenant va falloir le vendre ! Quoi de mieux qu'une petite convention pour faire connaître votre oeuvre (à d'autres que vos parents, amis et connaissances) ? Il faut donc vite penser à l'inscription et surtout à la préparation de cet événement. C'est ce que nous verrons dans notre prochain article...
 
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