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Le 17/03/2004 par Pouchbimag

Comment qu'on fait...

... pour faire un fanzine, part II : le making of

Il y a quelques mois, dans notre premier article, nous vous aidions à vous lancer dans la création de votre fanzine (Comment ça tu n’as pas lu notre premier article ?!? Allez ! Va vite le lire !), et chose promise chose due, nous revenons en deuxième semaine pour vous donner quelques conseils sur la réalisation de votre fanzine.

En général, on s'empresse de sortir le Champomy à la fin du dernier coup de crayon. Il va de soi que finir vos planches ou vos articles vous a demandé un effort quasi surhumain. Mais faire un fanzine ne se limite pas à ça. L'aventure débute à peine. Pour qu'un fanzine voie le jour et qu'il soit aussi agréable à lire qu'un bon vieux Pif Gadget, il ne suffit pas de rassembler les planches, les photocopier et les relier.


Distribution des rôles et choix difficiles


À l'heure où les esprits s'égarent dans des considérations purement créatrices (trouver une fin à ma BD, quelle coupe de cheveux choisir pour mon héros...), il est important de tous vous réunir pour une petite réunion préparatoire, et de vous organiser un peu : il vous faut choisir-élire-autoproclamer-imposer-désigner d'office (rayer la mention inutile) un rédacteur en chef (rédac' chef pour les intimes), qui dirigera les opérations et aura la responsabilité du suivi de la rédaction du fanzine (qualités requises : directif, charismatique et zen). Il faut aussi un maquettiste, qui fera des petites maquettes d'avion à l'échelle 1/1000... euh non... il devra s'occuper de la mise en page et de la maquette du zine (qualités requises : doué en infographie ou en collage, rigoureux et patient). Et un secrétaire de rédaction ou adjoint de rédaction ou larbin de rédaction (larbin' chef pour les intimes) qui sera chargé de tout le reste : relecture, corrections orthographiques, café... (qualités requises : bon en français, servile et soumis).


Maintenant que trois d'entre vous croulent sous les responsabilités, il est temps pour le rédac'chef d'étrenner ses nouvelles fonctions et de se pencher sur la ligne rédactionnelle du prochain fanzine. La "ligne rédactionnelle" est un terme journalistique décrivant l'orientation que doit prendre l'ensemble du contenu de la publication. Certes, c'est un peu pompeux, mais cela permet tout simplement de bien définir keskon va mettre dedans le fanzine ! Dans un premier temps, il faut savoir quel type de fanzine vous voulez faire : BD, articles, illustrations, fanarts, fanfics, fanfists ou un mélange de tout ça ; oeuvres collectives ou individuelles ; histoire one-Shot ou série à suivre ; fanzine personnel, juste ouvert aux membres de votre asso, ou ouvert à tous... Sachez aussi définir quel est le but de votre zine : faire découvrir des petits jeunes qui n'en veulent, faire passer un message d'amour et de paix au monde entier, ou tout simplement partager vos conneries avec d'autres (nous, c'est ce qu'on préfère !). Ça sert à ça la ligne rédactionnelle, "savoir où on va pour mieux y aller" (dicton Moldavo-croate très mal traduit).


Le rédac'chef doit aussi évaluer la part octroyée à chacun, afin d'avoir une idée du nombre de pages, et donc de la taille, du futur fanzine. Mais n'essayez pas tout de suite de connaître le nombre exact de pages : cela permet juste d'éviter le gros lourd qui se pointe avec une cinquantaine de pages de BD plus ou moins bâclées, sous couvert de "c'est normal que je fasse tant de pages : c'est du manga, et puis notre association a pour but de faire découvrir les jeunes dessinateurs". Le meilleur moyen d'éviter ce genre de dérive est de fixer le même nombre de pages pour chacun ; ensuite on s'arrange pour compenser les surplus de l'un par les carences de l'autre.


Chemin de fer, taylorisme et chasse à l'ours


C'est aussi lors de cette réunion préparatoire qu'on peut éventuellement définir une charte graphique et donner un thème au prochain zine : numéro spécial pingouin, mythologie, femmes nues, Fêtes d'Halloween... ou encore spécial Shôjo dépressif à tendance BiShônen Ai ou Lolicon (au choix), ou numéro Dôjinshi (qui n'a aucun sens car ça veux dire fanzine en japonais, mais ça fait style !) : tout est possible !

Pour que votre zine soit aéré et plus clair, il est préférable de séparer les différentes BD par des petits articles, ou par une petite page d'introduction présentant la BD et son auteur. Pour les articles, est-il nécessaire de préciser qu'il est bien plus agréable de lire une page richement illustrée ? L'article sera d'autant plus simple à lire s'il est disposé sur deux ou trois colonnes, permettant ainsi d'éviter les gros pavés de texte aussi peu engageants à lire que les mentions légales au début d'un DVD.

Pour avoir une vision générale de votre fanzine, vous pouvez faire un "Chemin de fer" (enlève ta casquette de cheminot, c'est encore un terme journalistique !). C'est une grande feuille de papier sur laquelle sont représentées toutes les pages d'un numéro avec, pour chacune d'entre elles, les emplacements de chaque article et BD. Une sorte de squelette du zine, avant sa phase d'élaboration proprement dite. Attention, le nombre total de pages doit toujours être un multiple de quatre (correspondant aux doubles pages recto verso pour permettre le pliage et la reliure). C'est un instrument fort pratique, qui permet de considérer un numéro dans sa totalité, d'en vérifier la cohérence et l'équilibre, et de répartir équitablement le contenu entre toutes les pages (sans tomber dans le Taylorisme, bien sûr).

Pour que votre fanzine soit complet, il faut aussi une couv' (au début), une 4e-de-couv' (à la fin), un sommaire (au début) et un ours (au début ou à la fin). Pas de panique, on ne vous demande pas de partir à la chasse au grizzli en Colombie britannique. L'ours (terme journalistique, un de plus !), c'est un peu le générique de fin de votre zine :il consiste en un encart dans lequel apparaîtront les noms des membres de l'équipe et des participants, les sponsors éventuels, les remerciements à Papa Maman sans qui vous ne seriez rien, sans oublier l'adresse et le mail du zine pour vous contacter (très important pour le feedback des lecteurs et la VPC !).


La couv' peut parfois être problématique. Soit personne ne veut la faire, soit c'est le combat à mort pour se l'octroyer. Mais attention, c'est elle qui donne la première impression. Il faut qu'elle soit belle, colorée et pas trop chargée afin de donner au lecteur potentiel l'envie d'ouvrir le zine. Choisissez bien l'artiste qui va la réaliser, et puis pour les déçus, il reste la 4e de couv' (le dos du zine).

Pensez aussi à préparer le sommaire à l'avance, et à lui réserver une place dans le chemin de fer... mais vu que le contenu d'un fanzine est aussi stable qu'un noyau nucléaire dans un réacteur à hydrogène dernière génération, il est toutefois préférable d'attendre le dernier moment pour finaliser le sommaire.


La Linea de la Muerte


Un des points douloureux - mais inévitable à mettre en place - est celui de la planification de la sortie de votre zine, et de la fatidique deadline ("deadline" [ 'dedlaïn ] : littéralement "ligne de la mort"(ou "La Linea de la Muerte"), anglicisme journalistique (encore !) signifiant la date butoir à laquelle tous les articles et BD doivent être finis et remis au rédac'chef, aucun délai n'étant théoriquement accordé (mais dans les faits, y'a toujours 15 jours de rab' !).

Un petit conseil de vieux routards du zine : si vous voulez respecter vos deadlines, prenez comme échéance une convention ou un salon. Cela motive et donne un but à toute l'équipe, qui se mobilisera pour finir dans les temps ! (Et pour avoir fait une convention sans nouveau Pouchbimag, on peut vous dire qu'il faut trouver de quoi s'occuper : mettre le souk, foutre le bordel, se fâcher avec les stands voisins, insulter les visiteurs, se mettre à poils, jouer à la pétanque ou au frisbee dans les allées, se faire virer par la sécu... Jeux intéressants mais drôlement risqués avec le service d'ordre paramilitaire de certaine convention. Il faut donc respecter les deadlines, c'est important !).

Voilà, ils ne vous reste plus qu'à faire (et surtout finir) vos planches et articles avant la Linea de la Muerte. Au boulot ! Car le bouclage est pour bientôt !


« Epilogue : le bouclage »


Le temps passe vite quand on s'amuse, et la deadline s'approche inexorablement ! Le bouclage est déjà dans trois jours. Il serait peut-être temps de commencer à dessiner toutes vos planches... normalement en trois jours ça devrait être faisable. Seul le travail fait dans l'urgence est réellement efficace. Non ?


Avancement et excuses bidons


« J'me suis cassé le bras en tournant un film sentaï amateur, je peux plus dessiner ! », « Mon PC a rendu l'âme en pleine War, j'ai perdu tout mon taff ! », « Je suis désolé, mais je suis obligé de laisser tomber le zine, je déménage en Uruguay demain ! ». Il y a un tas d'impondérables de ce genre durant l'élaboration d'un fanzine qu'il faut savoir gérer. Votre planning et votre chemin de fer en seront d'autant bouleversés. C'est pourquoi, entre la première réunion préparatoire et le bouclage final, il faut essayer de poser quelques dates de réunions pour faire le point sur l'avancement de chacun. Mais cela n'est pas toujours possible, car l'équipe se retrouve parfois éparpillée aux quatre coins de la France, à l'instar du collectif Ben Bao disséminé entre Aix, Marseille, Montpellier et Paris. Ils se réunissent assez rarement (quasi jamais en fait, à part sur les conventions), mais ils nous recommandent la mailing list (économique et pratique, car tout le monde reste au courant). Effectivement, il faut bien faire circuler l'info entre les membres, que ce soit par e-mails, téléphone, voie postale ou pot de yaourt...


La réunion de bouclage.


Les muscles qui se tétanisent à la simple vue d'un crayon (même Bic), l'épuisement, le découragement, le stress, l'angoisse, les sursauts au moindre frôlement, la tension qui vous ronge de l'intérieur ; voilà dans quel état vous serez après la réunion de bouclage. Mais vient ensuite cet instant unique. Ce doux moment précieux et rare du sentiment de réussite, de gloire, d'euphorie, d'apaisement et de bonheur de l'accomplissement d'un travail d'équipe enfin achevé. La fin de la mise en page du fanzine. Voilà les quelques sensations que vous procure la réunion de bouclage. Ça vaut largement le chocolat, voire même le sexe... (Euh... non... peut-être pas le sexe quand même !)


24 heures chrono : le bouclage


14h00. L'oreille en sang. Le forfait 10h explosé. La réunion de bouclage du zine peut enfin commencer. En fait, il vous aura fallu une moyenne de 54 minutes par membres et par jour pour pouvoir réunir toute l'équipe. Il est donc très important, lors du bouclage, de pouvoir compter sur la ponctualité de chacun. 15h06. L'équipe réunie, on rentre alors dans une sorte de jeu de la vérité. Commence ainsi l'un des moments les plus tendus de la réunion : de toute évidence, le terme deadline n'a jamais pris autant de sens qu'à cet instant. Chacun doit faire état de son travail terminé. Il ne faut pas hésiter à être franc sur l'avancement de son travail. L'idée n'est plus de cacher son retard, mais de boucler le fanzine... Au boulot ! 15h37. Un Bounty barre glacée nous ramène brutalement à la réalité : le chocolat et la BD ne font pas bon ménage. L'anecdote peut paraître dérisoire, mais elle est évocatrice d'un point essentiel : il faut bien choisir son lieu de réunion. Certains utilisent les lieux publics tels que les fast-foods, les arrêts de bus ou encore les bars PMU du coin. Ces endroits permettent d'une manière générale de pouvoir se retrouver facilement et en terrain neutre (au risque d'être peu pratique pour travailler et pas confortable du tout). 16h40. Rectification, le bar n'était pas le lieu le plus approprié pour le bouclage. 19h53. La team, enfin dessaoulé, décide d'aller chez l'un d'entre eux pour entamer ainsi la mise en place du master. La version finale du fanzine, l'original, l'unique exemplaire, appelée master (Quoi ! Encore un terme journalistique ! Ils peuvent pas parler comme tout le monde au PouchbiMag !), se présente généralement en format A4. Cependant, il est possible que certains imprimeurs vous demandent une version A5 (pour un fanzine en format final A5 évidement). Cette dernière version doit donc regrouper toutes les BD ou articles selon le chemin de fer initialement préparé. 20h20. La relecture. Il est clair que si votre fanzine arrive à faire concurrence à la notice d'utilisation d'un magnétoscope taïwanais traduite en français freestyle, il est primordial de revoir l'orthographe (quitte à faire appel à Maman pour corriger les fautes !). C'est aussi lors de la relecture que toutes les traces suspectes telles que reliquats de crayonnés, bouts de pizza ou encore tâches de café doivent être gommés, balayés ou épongés. 20h32. Horreur ! Une planche vient d'être déchirée par un coup de gomme trop violent, l'opération chirurgicale à feuille de Canson ouverte semble bien partie. 20h59. L'opération s'est bien passée. La team se retrouve autour du Master finalisé. Moment rare et précieux de bonheur pour toute l'équipe. 21h03. Zut, Il faut faire la mise à jour du sommaire. 22h03. La chute d'un vase entraîne la complète dégradation naturelle de sept de vos planches. 22h08. Panique. 22h36. La team décide de les refaire. Il arrive très fréquemment des accidents imprévus lors du bouclage d'un fanzine. Le tout est de pouvoir se préparer à ce type d'incident, en faisant régulièrement des photocopies ou des sauvegardes de votre travail (ou tout simplement en utilisant des pochettes plastique). 00h04. Ça bosse dur. 07h45. L'équipe a fini de redessiner les planches biodégradées par l'eau du vase. 07h48. La team goûte enfin au précieux et rare bonheur d'avoir fini le master. 07h49. L'équipe dort. 08h09. Réveil en sursaut : on a oublié de numéroter les pages. 08h26. L'équipe s'endort enfin. 14h00. Après un réveil s'étalant sur plusieurs heures et plusieurs hectolitres de café, la tête dans... un endroit que la Netiquette nous interdit de mentionner (ça rime avec faux-cul !), le teint pâle, l'équipe se met en route vers l'ultime étape de la fabrication : l'imprimeur.


C'est donc dans un prochain article que nous vous apprendrons comment vous battre à mains nues avec un imprimeur et que nous aborderons tous les petits problèmes de fabrication d'un fanzine. À bientôt dans Comment qu'on fait pour faire un fanzine III, la fabrication et l'impression.


Déjà en ligne : la 1ère partie de Comment qu'on fait pour faire un fanzine ?.
 
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