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Le 01/10/2002 par Stephane FERRAND

Paris Bercy : Soleil et Manga

Septembre 2002. Pour marquer la rentrée, deux événements majeurs étaient attendus autour du manga, deux nouveaux rendez-vous, deux concepts pour ainsi dire opposés, qui n'avaient pour élément commun que le lieu où ils se déroulaient : le Bercy Village. Retour de flamme.

Bercy village c'est un peu la future Mecque de l'amusement à Paris. L'endroit a été totalement ré-architecturé avec un goût certain et une ambiance plutôt " nouveaux riches ". Le jardin de Bercy amène vers des rues pavées à l'atmosphère provinciale, les magasins sont réinstallés dans de jolies petites maisons de pierre, un éclairage diffus appuie le côté intimiste. On s'y sentirait bien, s'il ne fallait pas un certain niveau de salaire pour y consommer le moindre café. Vous y trouvez donc du Séphora, du Nicolas, des restos typés, et le Club Med World (bar select, boutique estampillée, salle de spectacle privée...). Le coin s'agrémente enfin de la proximité du parc de Bercy qui apporte la nécessaire touche bucolique au tableau.



Quel meilleur cadre, donc, pour tenter une expérience autour du manga ? Dont acte, c'est ici que la société Akata proposa sa première édition de Harajuku, ce dimanche 15 Septembre. Harajuku est en fait consacré aux ouvrages que l'éditeur Delcourt propose dans sa nouvelle branche manga (gérée par Akata, rappelons-le) et s'inscrivait à la suite de 3 jours consacrés aux oeuvres d'auteurs français publiés chez l'éditeur. En matière de manifestation, Dominique VERET et son équipe n'en sont pas à leur coup d'essai. Guy DELCOURT pour sa part sait maîtriser ce genre d'événements.



Tout un chacun fut ainsi un peu étonné de l'aspect austère du rendez-vous. Sis en lieu et place du jardin, au bord du cours d'eau, une petite tente fut montée, bordée de part et d'autre de deux tables. La tente abritait la sono d'Akata, qui diffusait de la J-pop musique toute l'après midi durant, et les tables accueillaient nos nouveaux confrères de Japan Vibes et les fondus de Yumédia. Et c'est tout. Point de reproduction de planches, de présentation visuelle des titres à venir ou d'une quelconque décoration, encore moins d'indication. On pouvait ainsi passer à côté de tout cela sans avoir idée de ce que c'était. La curiosité du chaland n'étant pas à son comble les dimanches de beaux temps, la manifestation n'attira dans un premier temps que peu de monde.
Une cinquantaine de badauds s'attarda néanmoins autour du premier événement de la journée : une conférence réunissant Dominique VERET, Guy DELCOURT et MORVAN (co-auteur de la série Sillage avec BUCHET) qui rentrait justement d'un voyage au Japon. On y a noté quelques points de vue intéressants. MORVAN, précisément releva d'une rencontre avec l'auteur TANIGUCHI que " on veut raconter les mêmes choses aux mêmes moments, si on ne travaille pas ensemble c'est qu'on ne se connaît pas " signifiant par cela que les auteurs japonais n'ont rien de différent avec leurs homologues français. De la même manière, interrogé sur la tendance du manga à lorgner vers les gros muscles et les filles dénudées, MORVAN tranche la question d'un imparable " c'est pas nouveau de mettre un bel emballage pour faire passer des bonnes idées ! Le manga le fait, la franco-belge le fait, HUGO le faisait, Alexandre DUMAS également. " Interrogé sur la différence, concernant l'objet BD et son prix, existant entre la France et le Japon, Guy DELCOURT n'en releva qu'une énième tentative d'opposer les deux BD. Un fossé reste encore visiblement à combler pour que, d'un côté comme de l'autre, on en termine enfin avec les a-priori, sur l'édition comme sur les lecteurs.



L'après midi se poursuivit ensuite par un défilé Cosplay, où quelques grands anciens avaient répondu présent. Chose plaisante, les cosplayers ne s'étaient pas limités aux personnages de manga, puisque qu'un Gaston Lagaffe vint jouer les troubles fêtes entre un Dalton et Lucky Luke. Le cosplay rameuta, lui, environ 200 personnes et curieux, venus apprécier les performances et le travail de ces amateurs courageux. Enfin, quelques jeunes danseurs se succédèrent sur un petit pont trop étroit pour quelques démonstrations visant à promouvoir la collection de vêtements qu'ils arboraient fièrement.
Tout le monde est ressorti de cette tentative avec le même sentiment : tout cela était fort agréable et instructif, mais certes un peu " léger ". On attendait notamment pour le lancement de la nouvelle collection de manga chez Delcourt, que l'éditeur marque le coup avec plus de conviction. Sans aller jusqu'à déplacer les auteurs, un investissement plus concret et une communication plus soutenue auraient sans nul doute fédéré avec plus de force le public intéressé par des activités parfaitement dans l'esprit d'une découverte de la culture pop niponne dont le manga fait partie. De ce premier pas, l'on conclura que si l'esprit était le bon, les moyens, eux, étaient par trop insuffisants.



Et des moyens, il y en a au Club Med World ! Il faut dire que dans un endroit " hype " comme le Bercy Village, mieux vaut aligner des moyens pour ne pas faire " parent pauvre ". Donc, en ce Jeudi 19 Septembre 2002, le Club Med a aligné tout ce qui pouvait s'aligner pour le lancement de sa première Manga Night (reprise le Jeudi 10 Octobre). Mais reprenons au début de cette histoire. Depuis deux ans et l'arrivée du concept OYO, village de vacances tunisien où l'on ne dort pas, le Club Med essaie d'intéresser la tranche d'âge des 20/30 ans, jusqu'ici peu travaillée par le groupe. Dans le même esprit de renouer avec les " djeuns ", le Club Med s'est fendu du concept Manga Night. Une communication défaillante amenait à croire que toute la nuit nous allions nous repaître de dessins animés japonais. Que nenni, la soirée était en fait un spectacle ! Le Club Med World, pour posséder en un seul endroit sa boutique, son resto, sa salle de spectacle, possède également sa troupe de danseurs-chanteurs et ses animateurs maison, autrement connus sous le doux patronyme de G.O....
Un G.O., donc, avait pour tâche de chauffer la salle en attendant que la soirée débute. Par un petit jeu de questions-réponses, on pouvait donc aisément gagner, qui un manga DBZ qui un manga Love Hina en terminant son dîner, le tout sur un rythme trépidant et dans une bonne humeur composée. La soirée présentait ensuite un ensemble de performances chantées, dansées et costumées autour des chansons des génériques de séries manga, alors que quelques mètres au dessus, un écran déversait des extraits desdits DA. Et bien sûr notre G.O. venait entre deux chants s'adonner aux joyeusetés typiques des habitudes de la maison, entre foire aux célibataires et tapage de mains en choeur. La fin de soirée a permis néanmoins d'apprécier la venue de quelques " guest stars " proposées par Logarythme.



La déception venait donc en premier lieu des dessins animés, que l'on attendait plus présents. Les quelques extraits passés sur l'écran n'étaient en rien représentatifs de chaque série, et d'une qualité moyenne, voire mauvaise pour certains. La raison peut être double. Tout d'abord, on l'a dit, il s'agissait plus d'un spectacle que d'un ensemble de projections, mais surtout, il apparaît que le Club Med World n'avait pas reçu les autorisations de droits pour leur diffusion, droits dont la demande a été faite ce qui présuppose une utilisation. Ensuite, on pouvait s'interroger sur les choix des séries représentées dans le show. Malgré quelques rares percées de Cobra et City Hunter on tournait ici principalement autour de DA pour 6 - 10 ans, entre Bisounours et Minipouss, ce qui donnait par moment au spectacle des relents poussiéreux de Chantal GOYA. Le spectacle, pour sa part, avait le mérite de l'efficacité et l'on ne saurait faire la moue devant le nombre impressionnant de chorégraphies, de chants, de changements de costumes et jeux de scène. Etrange au début, amusant ensuite, on finissait par applaudir volontiers aux efforts et prestations de la troupe.



Efficace, on pourrait le dire également du G.O., puisque le public s'est volontiers plié aux exercices de positivisme collectif qu'il leur soumettait, mais la question venait alors immédiatement à l'esprit : pour être efficace, n'était-ce pas trop décalé ? Car en fait de soirée Manga, il s'agissait plutôt d'une soirée Club Med World, dont le thème était le manga. Là où Harajuku quelques jours plus tôt, tentait d'apporter une vision de la culture pop nippone, Club Med a en fait traité la " chose manga " à la " sauce Club Med ". Si le but était de retrouver et de véhiculer l'esprit du manga au sein du Club, alors c'était raté. Car tout ce qui passe par le Club Med doit être dûment estampillé Club Med et traité dans l'esprit Club Med. Interrogée sur la question, une ancienne GO présente ce soir là nous conforte dans cet avis : " Quoi que tu amènes au Club Med, il faudra le remettre aux " couleurs " du Club ; y compris les personnes humaines, qui doivent se plier à l'état d'esprit Club Med. En fait, c'est quasiment un esprit de secte. Donc ne t'étonne pas, c'est normal que le manga passe comme le reste à la moulinette. " Reste à constater que la salle était néanmoins pleine et que la soirée semble avoir atteint ses objectifs. Mais pour intéresser le public fan de manga, le Club Med n'aurait-il pas intérêt à coller plus à une vision culturelle attachée au manga ? Car si les moyens étaient bien là, on cherche encore un esprit " nipponisant " dont l'absence pourrait finir par lasser le chaland.



Ainsi, faut-il donc aborder une manifestation sur le manga, quelle qu'elle soit, selon l'idée que l'on s'en fait, comme le Club Med, ou selon les attentes du public ? On est tenté effectivement de dire qu'il faut porter son attention sur ce dernier et ses demandes. Certes, mais cela seul ne suffit pas à faire d'un événement, un événement réussi. Car si les idées sont bonnes à l'instar de Harajuku, comme pour toute entreprise, sans moyens, elles ne sont rien, ou du moins, sans moyens sérieux, elles apparaissent comme peu convaincantes. L'idéal, concernant Bercy aurait donc été d'avoir l'esprit d'activité d'un Harajuku, dans le cadre et avec les moyens d'un Club Med World. Mais les voies prises par l'un et l'autre ne semble pas prêtes de se croiser.
 
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