Articles | diversLe 01/06/2003 par Matthieu PINONLe nouveau public des conventions
Avec la onzième édition de l'Epitanime, le coup d'envoi d'un été riche en festivals et en sorties de longs métrages a été lancé. C'est avec un plaisir non dissimulé qu'un public toujours plus nombreux a retrouvé les locaux de cette école supérieure, dévouée durant trois jours aux manga et aux anime. Plus nombreux, ce public a surtout considérablement évolué, et ce de manière significative ces dernières années.
Avec la onzième édition de la convention Epitanime, le coup d'envoi d'un été riche tant en festivals qu'en sorties de longs métrages a été lancé. C'est avec un plaisir non dissimulé qu'un public toujours plus nombreux a retrouvé les locaux de cette école supérieure, entièrement dévouée durant trois jours aux manga et aux anime. Mais s'il a été plus nombreux, ce public a surtout considérablement évolué, et ce de manière significative, ces dernières années.
Alors que ces dernières années ont vu l'émergence de "mastodontes" tels que Japan Expo ou Cartoonist, la convention de l'Epita, bien qu'elle soit une doyenne (11 ans déjà !), reste modeste : il faut dire que la superficie des locaux alloués, malgré l'adjonction récente du parking, où s'entassent quelques exposants et quelques fanzines, ne permet pas de développer énormément d'activités, elles-mêmes restreintes puisque se déroulant dans les salles de cours.
On aura ainsi pu profiter des ateliers de doublage Gotoh Wan, toujours aussi hilarants, des concours de dessin en live de NekoMix, de tournois de jeu vidéo X-Box, ou encore de séances d'initiation au go, jeu qui devient décidément de plus en plus à la mode.
Mais c'est surtout sur l'estrade établie en plein milieu de la cour centrale que le spectacle se déroulait. On ne peut que féliciter l'association Tsubasa pour le travail de titan qu'ils ont accompli. Durant trois jours, ils ont su émuler le public grâce à leurs activités originales et conviviales. Outre les traditionnels quiz, concours de chant et cosplay (qui a été très varié : les vainqueurs ne sont nul autres que le comte Dôku (
Star Wars), Samus (
Metroïd) ou
les Simpsons !) , ils ont proposé des jeux tels le DJ God (retrouver 51 extraits de génériques entremêlés dans un mix de 4 minutes) ou le Find or Die (une quarantaine de candidats sont sur l'estrade et doivent répondre à tour de rôle à diverses questions génériques comme
"Citer un personnage de série animée possédant une moustache". S'ils ne trouvent pas, ou donnent une mauvaise réponse, ils sont éliminés). Brefs, ludiques et énergiques (la prestation de Léo y est pour beaucoup), ces jeux ont su ravir le public, qui pouvait également participer à un karaoke géant de plus d'une heure sur grand écran, permettant aux membres de l'association de souffler un peu.
Les participants également se réjouirent de ces concours, quand bien même les lots remportés pouvaient paraître faibles (quelques manga et K7 vidéo), mais c'est le plaisir de jouer plus que l'appât du gain qui motivait les candidats.
On peut également citer les séances de projection nocturnes, marque de fabrique des anciens salons et que seule Epitanime propose encore de nos jours, même si celle du samedi soir fut quelque peu boudée. Il faut concéder que la majorité des dessins animés projetés étaient des copies pirates en DivX, que les films amateurs étaient bien rares (mention spéciale à Cosplay :
Derrière le masque, hilarante parodie des reportages du type
Envoyé Spécial sur le cosplay), et que les problèmes techniques se sont multipliés durant chacune des nocturnes.
Bref, comme on le voit, Epitanime est une convention qui rappelle les premiers festivals, et c'est en cela que cette convention est intéressante.
Subissant des changements mineurs au fil des ans, et restant par conséquent toujours pareille à elle-même, Epitanime permet de constater les évolutions vécues par le public féru de japanimation. Il y a encore de cela deux ans, les locaux de l'Epita n'étaient visités annuellement que par des "grands anciens", de ceux dont les visages sont connus car toujours présents à toutes les conventions, et qui se faisaient un plaisir de se retrouver. Or, ces derniers temps, on constate un net rajeunissement du public, ainsi qu'une participation féminine de plus en plus importante. Au fil des années 1990, une vague importante avait changé le visage du public des conventions. Essentiellement composé de fans ayant découvert le dessin animé japonais à travers
Goldorak ou
Les Chevaliers du Zodiaque, le groupe des "anciens" vit d'un mauvais oeil des centaines de nouveaux animefans arriver, suite au succès phénoménal de
Dragon Ball Z. On se souvient d'ailleurs du terme péjoratif "gagaballien", inventé pour l'occasion. Depuis ce raz de marée, aucun épiphénomène n'est apparu, et en interrogeant diverses personnes au cours de la convention, de nombreuses pistes ont été proposées quant à ce nombre croissant de jeunes filles dans le public.
Premièrement, sans avoir été aussi important (et beaucoup moins médiatisé) que
Dragon Ball,
Card Captor Sakura a remporté un franc succès lors de sa diffusion en France, et ce dès son arrivée sur Cartoon Network en 1999. En quatre ans, la magical girl de CLAMP, tout comme
Sailor Moon en son temps, a su drainer un vaste public qui a eu le temps de grandir depuis, et de découvrir d'autres titres.
Et ces titres sont bien nombreux. Depuis l'apparition du manga en France, c'est plus d'une centaine de titres qui sont proposés dans les librairies spécialisées, et on ne compte plus le nombre de DVD d'animation qui sortent tous les mois. L'accès aux dessins animés est d'ailleurs favorisé, comme le témoigne ce fan de longue date :
"A notre époque, souviens-toi, on payait 120, voire 150 francs, une K7 vidéo d'un anime récent, en devant attendre plusieurs mois pour avoir la suite... quand l'intégrale sortait ! (NDA : BubbleGum Crisis
ou Mighty Space Miners
n'ont jamais vu leur fin publiée, par exemple) Qui plus est, si certains titres étaient relativement moyens, on les achetait quand même, parce que le choix était restreint. Désormais, pour le même prix, on peut avoir tout de suite l'intégrale d'une série en DVD ! Forcément, le monde de l'animation devient plus facile d'accès, surtout pour les plus jeunes qui ont peu d'argent de poche." Quand, en plus, on voit que le shôjo manga est particulièrement à la mode, on comprend un peu mieux l'arrivée des ces nouvelles actrices de l'animation. L'une d'entre elles annonce d'ailleurs clairement la couleur :
"J'ai découvert le manga et l'animation à travers Sailor Moon. Même si j'ai des choix assez éclectiques, je reste quand même très tournée vers le shôjo, notamment avec les titres de CLAMP. Ce qui est assez étonnant, c'est qu'on ait pu avoir des titres YAOI (NDLR : shôjo manga mettant en scène des relations homosexuelles entre de jeunes éphèbes, très prisés par le public féminin japonais... et français)
traduits en français." D'ailleurs, la parution de
Lady Oscar en manga chez Kana, sous forme de deux gros pavés est une preuve de cet engouement croissant, que l'on pouvait également constater en feuilletant les fanzines présents à l'Epita, particulièrement influencés par CLAMP, quand il ne s'agissait pas de copiage pur et simple. Mais, après tout, comme le disent GALOU et DARA, d'Onigiri :
"Nous aussi, on a commencé avec CLAMP avant de trouver notre style. Elles ont un univers si vaste, heroïc fantasy (Magic Kinght Ray Earth),
fantastique (X, Tokyo Babylon),
délirant (CLAMP Gakuen High School),
fripon (Miyuki Chan in Wonderland),
et j'en passe ; qu'on ne peut pas ne pas être profondément influencé par au moins un de leurs bouquins."Enfin, Eric BROUTTA propose une approche un peu plus "marketing" :
"Pour ce qui est de l'animation, le coeur de ce marché assez marginal change tous les trois ans environ, et se rajeunit à chaque fois. Ce qu'il faut prendre en compte, c'est que si, il y a une dizaine d'années, les parents étaient profondément "anti-mangasses", les fans de la première heure ont grandi, voire ont eu des enfants, et ont pu influencer le comportement d'autres parents, désormais plus laxistes envers leur progéniture. De même, avec tous les manga, K7 et DVD qui ont été vendus, tout le monde a un copain ou une copine qui peut prêter des manga ou des DVD, et en les visionnant, devenir pas forcément "accro", mais apprécier suffisamment le style pour devenir acheteur à son tour."C'est probablement cette évolution du public que l'on retiendra essentiellement de Epitanime 2003. Certes, il y aura eu quelques moments marquants (le cosplay
Simpsons, la Croix-Rouge aspergeant un public assis en plein soleil depuis des heures alors qu'un cosplayeur déguisé en Sakura entonnait le générique de cette série...). Mais, Epitanime est plus qu'une convention ayant si peu changé que les critiques restent les mêmes, et dont le principal intérêt réside dans sa petite taille, en faisant le lieu idéal pour se retrouver "calmement" entre animefans. Elle demeure avant tout l'occasion de voir un "panel représentatif" du public qui reste maître du marché et en dicte le cours, à travers ses achats et ses demandes.
Jeunes gens, bienvenue dans le monde de la japanimation et du manga. Si celui-ci propose de nombreux avantages, c'est le fruit d'un long travail... mais vous pouvez vous aussi améliorer encore les choses : la balle est dans votre camp.