Articles | animeLe 01/10/2002 par Nicolas PENEDOL’Adolescence et l'horreur 1
Près de 90% des manga et animés que l’on connaît en France mettent en scène des héros adolescents pour un public d’adolescents. Le genre de l’horreur ne fait pas exception à la règle avec son lot de productions ciblées pour les teenagers, productions qui mettent en scène leurs obsessions, blessures et fantasmes.
« Toute production artistique est le produit des névroses sexuelles de son époque » (selon la psychanalyste LAFARGE enseignante à Paris I-Tolbiac). Le manga, comme n'importe quelle production artistique, n'échappe pas à cette règle sans en être la seule composante. Ici, nous allons nous intéresser à un type de manga bien précis, le manga d'horreur, qui appelle à quelques mises en gardes. Tout d'abord, nous ne parlerons ici que des productions manga pour garçons qui s'inscrivent dans un univers machiste où la femme est souvent soumise et caricaturale. De fait, nous ne traiterons que des phénomènes pubertaires masculins. Ensuite, cet article faisant explicitement référence à des concepts psychanalytiques, perversions et autres violences, nous invitons nos plus jeunes lecteurs à arrêter leur lecture ici-même.
S'il existe tant de productions et de titres formatés pour un public adolescent, c'est parce que ce public constitue l'épine dorsale des consommateurs d'animé et de manga au Japon comme partout ailleurs. Qu'il s'agisse donc de la comédie romantique, du sport ou de la science-fiction, l'histoire met généralement en scène un ou des adolescents sur lesquels pèsent de grandes pressions et/ou la responsabilité de la victoire. L'histoire étant racontée de leur point de vue, c'est avec leur yeux d'ado que le lecteur suit le récit. Le genre de l'horreur n'avait donc aucune raison pour ne pas connaître le même traitement commercial. D'autant plus que l'horreur permet de mettre en scène les peurs et craintes que tout adolescent connaît lorsqu'il est en pleine puberté (1). Engoncé dans ses problèmes physiques et psychologiques , l'adolescent reçoit de pleins fouets des images qui « racontent » ce qu'il vit. Il s'agit donc d'une expérience cathartique (c'est à dire une expérience qui lui permet de se purger de ses angoisses en les mettant en scène). C'est ce qui explique que l'univers des manga d'horreur soit si extrême et violent. Ceci, parce que l'horreur s'impose comme une caricature de la peur, une représentation plus graphique que psychologique. Plus le monstre ou la créature présente à l'écran est monstrueux et horrible et plus parlante est la matérialisation des peurs du spectateur qui peut alors l'exprimer à sa manière (en criant, par exemple).
A contrario, la tendance actuelle dans le domaine de l'horreur serait plutôt de jouer sur le réalisme. Ainsi, la situation n'est pas dédramatisée et contrairement à une bonne catharsis, peut-même conduire au traumatisme, c'est à dire à l'accentuation ou l'apparition de nouvelles angoisses. Après tout,
Shinning,
Ring ou
Le projet Blair Witch ne sont pas considérés pour rien comme les films les plus effrayants jamais tournés. La figure du monstre permet donc d'être à la fois le reflet de ce qu'est, ce que vit et ce que redoute l'adolescent. Ceci explique l'aspect « basique » des productions dont nous allons parler, aspect parfaitement revendiqué par leurs producteurs.
La famille n'est pas toujours la mieux placée pour dialoguer avec le jeune homme à cette période de sa vie, ce dernier se confie plutôt à ses amis. Mais, les discussion qui en ressortent ont un caractère forcément stérile puisqu'ils ont les mêmes problèmes que lui et généralement pas plus de réponses. L'adolescent a du coup tendance à se « réfugier » dans ces productions imaginaires qui, même si elles n'apportent pas de réponses pratiques, lui parlent et le mettent en scène dans des récits symboliques qu'il peut interpréter de différentes manières. Cette culture de l'imaginaire est donc devenue par la force des choses un réel moyen de comprendre et de se découvrir, ce qu'ont parfaitement compris les auteurs et autres producteurs qui n'ont pas hésités à jouer de l'aspect polémique et sensationnaliste de leurs productions. En France, on est confronté aux problèmes de ces jeunes qui font leur éducation sexuelle à travers les films pornographiques. Une situation différente sur la forme au Japon (rares sont les débordements associés à un manga ou un animé) mais pas sur la forme (la production manga constitue une sorte de «catéchisme apocryphe» de la vie). Nous allons pour notre part nous intéresser à trois aspects fondamentaux des manga d'horreur : la mutation du corps, la déviance sexuelle et la fascination pour la destruction.
Un des premiers aspects traités dans le manga d'horreur est celui de la transformation du corps, transformation la plus souvent mise en parallèle avec l'idée de sexualité. C'est peut-être la première chose qui vient à l'esprit lorsque l'on fait référence à la puberté masculine : les modification morphologiques et physiologiques. La voix mue, le corps gagne en muscle, la pilosité se développe et l'acné couvre en partie le visage. Ce développement physique est à l'instar de la chrysalide qui va donner naissance au papillon, un passage obligé pour que le petit garçon devienne homme. Mais, ce passage se caractérise par une grande incertitude. Après tout, qui m'assure que ces boutons vont disparaître un jour ? Quelles autres transformations vont subir mon corps ? Et, il est bien connu que l'incertitude fait peur. D'autant plus que le corps du garçon réagit de façon parfois incontrôlable aux stimulations sexuelles, ce qui le met dans l'embarras vis à vis de ses camarades ou pire, de la gente féminine.
Le corollaire de cette peur est aussi les possibilités nouvelles qui s'offrent à l'adolescent. Lorsqu'il était enfant, il pouvait se représenter adulte mais de manière purement fantasmée. Maintenant, il voit que son corps devient adulte. Il peut courir plus vite, plus longtemps, il réalise que s'offre à lui un champ d'investigation nouveau, et pas forcément sexuel. C'est ce qui explique le goût, ou l'aversion, pour le sport et notamment pour les sports extrêmes. Il faut pousser son corps dans ces derniers retranchements. Cette mise en danger de soi s'accompagne souvent du goût pour la fête et l'alcool et parfois d'une certaine fascination pour la drogue. Le tout étant donc en rapport avec un fantasme de puissance.
Dans le manga de
Xenon, nous avons un bon traitement de ce corps qui ne connaît pas de limites. Kano est un adolescent modifié physiquement par une organisation secrète pour en faire une arme de combat. Il est un cyborg et sous l'effet de la panique ou de la peur, il dévoile des capacités physiques inhumaines. Les scénaristes ont fait de Kano un amnésique, manière subtile de figurer sa propre stupeur face à son corps. Kano est comme l'adolescent qui se réveille un beau jour en découvrant qu'il n'est plus le même et qu'il ne s'appartient plus, une peur commune à bon nombre d'entre eux. Le traumatisme est terrible. Encore plus révélateur est le flashback raconté par son ennemi, le numéro 204. Lorsque sa mère entre sans prévenir dans sa chambre et découvre son corps modifié par l'organisation (lui aussi est un cyborg), elle se met alors à hurler et lui lance
« Tu es un monstre ! ».
Dans
Harmagedon, Jo est un adolescent renfermé sur lui-même qui semble avoir du mal à communiquer avec l'extérieur. Après que la princesse Lunaire soit venu le contacter, il voit se développer en lui des pouvoirs psychiques qui se manifeste sous la forme d'un halo protecteur. Ce halo apparaît lorsqu'il a peur ou se retrouve en danger. Il est intéressant de voir l'air réjoui de Jo lorsqu'il se découvre avec des pouvoirs. Il s'amuse de manière insouciante avec, ne réalisant pas (il faudra attendre que des gens meurent) que ces changements entraînent des responsabilités vis à vis des autres. Il n'est plus un adolescent qui a le droit à l'insouciance mais un homme sur lequel on doit pouvoir compter. Un manga comme
X va encore plus loin en travaillant sur les limites du corps humain. Il suffit de penser à Arashi, une jeune fille dont l'épée jaillit par la main où à la mère de Fûma et de Mokuren qui donne naissance à l'épée de Kamui, naissance qui la tuera.
Autre réflexion intéressante sur le corps avec
Devilman et
Hanappe Bazooka. Les héros y sont à peu de choses près taillés sur le même modèle. Ils sont très lâches et attirés par une jeune fille. Dans les deux séries, ils se font agressés par des voyous lorsque débute la série. Dans
Devilman, Akira a tellement peur de se battre, que c'est sa copine qui le fait pour lui. Plus tard, Akira deviendra un homme démon pour protéger l'humanité de l'arrivée des démons sur terre. Sa transformation en démon est assez originale puisqu'il se retrouvera dans une boite de nuit où des jeunes gens complètements drogués dansent de manière effrénée avant de se massacrer allègrement pour faire venir les démons. Lorsqu'il se retrouvera face aux voyous, autant dire qu'il leur montrera volontiers les nouvelles possibilités que lui offrent son corps de démon.... Le personnage principal de
Hanappe Bazooka se fera, quant à lui, poursuivre par une bande de voyous qui lui flanqueront une telle frousse qu'il en perdra le contrôle de sa vessie et ce devant celle qu'il aime. Plus tard, il recevra la visite de drôles de démons qui lui proposeront d'exaucer un voeu et notre héros de réclamer la puissance. Lorsqu'il retrouvera les voyous, ses nouveaux pouvoirs lui feront perdre le contrôle de ses actes et il ne réussira à se reprendre qu'au moment où il allait les tuer.
Enfin,
Urotsukudoji est sans doute l'animé qui va généralement le plus loin sur la question de la mutation. La mutation corporelle est au centre du discours de l'animé, puisqu'il n'est question que de démons, d'hommes bêtes et d'adolescents qui subissent des métamorphoses qui les transforment eux-mêmes en démon. En règle générale, ces mutations sont intimement liées au désir sexuel, dont nous parlerons dans un deuxième temps. Malgré tout, deux éléments, même si à connotation sexuelle, trouvent leur place dans ce paragraphe. Intéressons nous tout d'abord au personnage du basketteur vedette du lycée. Il nous est montré dès le début du film comme un modèle de popularité, essentiellement à cause de son physique avantageux et de ses talents de joueur. Yagumo, le héros, lui est tout de suite opposé à travers une scène qui le montre parfaitement ridicule alors que notre basketteur se révèle être très cool. Mais c'est lui qui va être le premier à se faire massacrer par des démons. Ce n'est nullement un hasard du reste. Ce genre de personnage est symptomatique des productions d'horreur et il fait généralement les frais de son orgueil. L'explication est simple : le spectateur trouve son pendant dans Yagumo dont la chétivité et la fragilité sont soulignés face à au sportif dont la puberté s'est déroulée sans problèmes (et dont les filles sont folles). Et c'est parce qu'il incarne ce modèle trop parfait qu'aucun adolescent ne pourra jamais atteindre, qu'il est sacrifié. Par là, le spectateur se voit privilégié : certes Yagumo est faible, mais c'est lui qui deviendra le Chôjin. C'est lui qui est le plus puissant et que personne ne peut détruire. Autre point intéressant, la scène dans laquelle le rival du héros se voit confier un sexe de démon par des créatures de l'enfer. Il doit s'amputer de son propre membre pour le remplacer par celui des démons et gagner de nouveaux pouvoirs. Non content d'être mal dans sa peau et complexé avec les filles, ce garçon est brutalisé par ses parents. Il finira par s'amputer, se causant un terrible traumatisme (FREUD a bien expliqué qu'une des plus grande peur du petit garçon est de se voir castré). Le trait est grossier mais cette peur de l'adolescent de savoir si la taille de son sexe est normale est bien mise en avant. Car évidemment, le membre démoniaque a des proportions beaucoup importantes. Du reste, son comportement dénotait un manque clair de virilité comme le confirme la scène où il est maltraité par un groupe de filles. L'animé charrie donc aussi les thèmes de la revanche. Devenir plus fort pour ne plus souffrir.
Toutefois, c'est la sexualité qui reste le thème le plus usité dans les récits d'horreur. Il faut dire que le genre même de l'horreur s'est constitué sur un symbolisme sexuel. Les coups de couteau du tueur qui perforent la victime et le sang qui gicle sont des métaphores éloquentes de l'acte sexuel. Le fait que les protagonistes des films d'horreurs soient des ado n'est pas non plus un hasard. Un film comme
Scream avait bien su souligner les stéréotypes inhérents à ce genre. Dans les manga, et plus particulièrement ceux d'horreur, la sexualité est mise en avant parce qu'elle est un centre d'intérêt du lecteur/spectateur. La puberté est la période pendant laquelle le désir sexuel se cherche et s'affirme. Il se cherche car c'est une période pendant laquelle l'adolescent est traversé par des pulsions homosexuelles dont il n'a pas réellement conscience . Ce sera son cheminement qui l'amènera à préférer les garçons ou les filles. Du reste, le corps féminin reste un objet de fascination pour le garçon : il a envie de le découvrir mais il reste en même temps effrayé par son contact car il ne sait pas quelles en seront les conséquences pour lui. Le corps féminin reste un inconnu qui, parce qu'il fait peur, peut pousser l'adolescent vers ses camarades. Ses fantasmes homosexuels peuvent aussi être projetés sur la jeune fille. Le saphisme fait parti des relations sexuels qui émeuvent le garçon lui donnant une position de voyeur qui lui évite d'avoir à faire la preuve de son «talent» au lit. La crainte de ne pas être à la hauteur se manifeste à travers la figure du démon, sur-exploitée dans ces production, qui rassure le garçon sur sa capacité à être une «vraie bête». Par là même, elle lui donne une vision de la sexualité rassurante, dans laquelle les sentiments n'ont pas courts et où la fille n'est là que pour assouvir son plaisir.
On citera volontiers, à ce propos,
La cité interdite pour cette scène significative dans laquelle le héros manque de se faire happer le sexe par le vagin d'une femme araignée. Les productions de KAWAJIRI Yoshiaki sont perpétuellement remplies de créatures féminines aussi dangereuses qu'attirantes et qui veulent dévorer le héros. On notera par la même occasion que dans ses histoires, tout comme dans
Doomed Megalopolis, les personnages ne cessent de s'enfoncer dans des décors ou corps qui tentent de les capturer ou de les avaler. Cette thématique revient de façon bien régulière, autre preuve de cette peur infantile de la castration que FREUD a bien expliquée.
On pourrait arguer que la période de fantasme de l'adolescent gagnerait en harmonie si elle s'accompagnait d'un dialogue avec les parents. L'enfant ayant constitué ses repères et ses valeurs à travers les images parentales, ces derniers pourraient l'aider à franchir ce cap difficile pour qu'il s'affirme comme homme. Seulement, l'adolescence est aussi une période de rébellion pendant laquelle l'ado repousse ce modèle parental et cherche de nouvelles valeurs (qu'elles soient musicales, ethniques, violentes...). Qui plus est,
« parler de sa sexualité avec les parents, c'est pratiquement impossible (...), cela peut faire venir des images qui peuvent terriblement gêner (...). En langage savant, on appelle ça un fantasme incestueux » (DOLTO). L'adolescent est donc en proie à de pulsions et désirs sexuels qu'il ne comprend pas et qu'il ne peut exprimer.
Ces fantasmes sont dévoilés de façon intéressante dans
Doomed Megalopolis. La jeune Yukari y est la proie du démon Kato qui veut causer la destruction de Tokyo. Pour arriver à ses fins, il va plonger Yukari dans l'horreur et littéralement la féconder avec sa magie. Parmi les visions les plus impressionnantes, on citera la scène ou un pénis lui sort par la bouche avant de se métamorphoser en une sorte de ver géant (sic) ou lorsque l'énergie de Kato la pénètre pour donner naissance à sa fille qui sera l'instrument de la destruction (nous en reparlerons dans notre troisième chapitre). Tout aussi glauque est la relation qu'elle entretient avec son frère puisque ce dernier est secrètement amoureux de sa soeur qu'il a essayé d'étouffer lorsqu'il était, justement, adolescent. La plaisir de domination qu'il a alors exercé sur sa soeur s'est confondu dans son esprit avec le plaisir sexuel. Du coup, il revit régulièrement cette scène en cauchemar et finira par craquer et violer sa soeur. Soulignons qu'il est bien le personnage le plus misérable de la série et qu'il se fera rosser par son meilleur ami qui est amoureux de Yukari.
Une histoire d'amour frère/soeur bien différente dans
Harmagedon. Le héros Jo vit seul avec sa soeur qui fait office de mère. Il a aussi une petite amie qui le quitte au tout début du film car elle le trouve trop distant. Plus tard elle l'invite chez lui et semble vouloir aller plus loin ce qui met Jo mal à l'aise. Alors qu'ils sont dans une semi-obscurité, il réalise que quelque chose ne va pas car sa copine a une mauvaise haleine (!). Elle est possédée par un démon et Jo la détruira sans état d'âmes. Plus tard, sa soeur se fera attaquer par des monstres et mourra dans ses bras. Cette scène ne viendra que confirmer ce qu'on pressent : bien qu'il s'agisse de sa soeur, il existe une véritable relation d'amour entre les deux personnages. Une relation parfaite car pure et jamais consommée. Il faut y voir là deux chose : les Japonais aiment l'idée d'un amour à sens unique qui ne sera suivi d'aucune relation sexuelle car ainsi il reste parfait. Ensuite, aimer sa soeur, de par son caractère éminemment tabou, évite au héros d'avoir à franchir le pas. Cet amour reste un amour d'enfant.
Revenons à
Devilman pour voir quelle place y occupe la sexualité. Nous avions parlé du héros Akira incapable de défendre sa copine Miki contre des voyous. Ces derniers allaient s'en prendre à eux lorsque arrive Ryo, un camarade à l'apparence androgyne qui les effraie grâce à un canon scié qu'il porte sous son imperméable (notons qu'il s'agit d'un symbole phallique d'autant plus révélateur que les armes à feux sont totalement interdites au Japon). Ryo l'entraîne à sa suite et lui apprends que les démons sont sur le point d'envahir le monde et que pour lutter contre eux, Akira doit devenir un démon. Et notre lycéen si lâche, qui n'avait pas osé s'affronter au voyous, accepte presque sans hésiter la demande de son ami. Ce don de soi paraît ambigu et l'impression se renforce par la suite. Miki est très séduite par le nouveau Akira qui a fusionné avec un démon (elle trouve même son odeur virile !). Un soir, elle est prête à aller plus loin avec lui mais Akira n'en profite pas. Au contraire, il reste fidèle à son ami duquel il prend tous ses ordres. Vers la fin de la série, on découvre que Ryo n'est autre que la réincarnation de Satan, qu'il est hermaphrodite et amoureux de Akira. Les deux amis concluront les dernières pages du manga sur un duel fratricide. NAGAÏ aura chargé son récit de forts sous-entendus homosexuel, bien qu'il soit aussi totalement possible de lire
Devilman comme une affirmation de sa virilité : celui qui accepte sa part de démon se révèlera sexuellement plus attirant.
Autre oeuvre de NAGAÏ Go intéressante à ce niveau,
Hanappe Bazooka. Nous vous avions dit que le héros va se voir conférer des pouvoirs grâce à des démons, mais on ne vous a pas expliqué comment. Après son humiliation, le personnage s'installe dans sa chambre pour se masturber devant un film érotique (sic). L'énergie sexuelle qu'il déploie appelle de nulle part deux démons (nous reviendrons sur la raison de leur présence plus loin) qui vont révélés un comportement fortement dépravé chez les membres de sa maisonnée. La jeune soeur se transforme en adepte du SM, sa mère révèle un appétit pour la robustesse du démon et le père se paye des filles de compagnies. Ces scènes mettent ainsi à jour la face cachée de tous. Sa famille à l'air d'être comme toutes les autres mais la sexualité est bien présente dès qu'on soulève le voile. Le spectateur peut ainsi exprimer sa fascination pour la débauche sexuelle (fantasme très courant chez l'adolescent en période de puberté) sous le couvert d'un humour léger. Quoi qu'il en soit, qui dit sensualité dans les films d'horreur dit «destruction» et donc «culpabilisation».
Qui dit démon et sexualité dit à nouveau
Urotsukidoji. Dans ce film, la transformation du corps est intrinsèquement liée au désir sexuel. Les personnages étant soit des démons, soit des hommes sur le point de devenir des démons, leur corps subissent des métamorphoses radicales lorsque leur sexualité s'affirme. Le héros de l'histoire voit ainsi son corps se transformer en monstre lorsqu'il viole l'infirmière après son accident. Idem pour la scène finale où il couche avec sa petite amie. Le désir sexuel semble le rendre totalement amoral et insensible. Ce corps qui semble être le sien ne lui appartient plus et tout son être semble entièrement motivé par l'obtention d'un plaisir rapide et puissant. Ici, outre cette phase pubertaire soulignée, c'est bien le fantasme de domination de la femme qui est mis en avant. Cette femme dont le corps fascine tout en effrayant car il reste inconnu et refusé. La différence fondamentale est bien que
« le garçon donne alors que la jeune fille reçoit » (DOLTO). Cela implique deux types de plaisirs bien différents. Comme pour
Devilman, l'animé conforte l'adolescent dans l'idée que l'acte sexuel réclame de lui une part d'animalité et de violence car il doit dominer sa partenaire. Une vision de la sexualité faussée mais qui rasure car elle légitime les pulsions que le garçon ressent. Pulsions vis à vis desquels il peut manifester une certaine gêne.
A ce stade de notre article, nous nous sommes intéressé aux mutations physiques et à l'expression des pulsions sexuelles. Dans notre deuxième partie, nous allons nous intéresser à la fascination que la mort et la destruction exercent sur l'adolescent.