Articles | mangaLe 01/10/2002 par Diane SUPERBIEKakikouchi Narumi
Beauté, amour, soumission et combats, tout est soigneusement disséqué et mis en valeurs par la talentueuse mangaka créatrice de l'emblématique princesse des Kyûketsuki (vampires japonais), Miyu, reine des ténèbres.
Célèbre pour sa longue saga
Vampire princesse Miyu au Japon et dans le monde, KAKINOUCHI Narumi s'est révélée en tant que mangaka alors que ses espérances ne la destinaient pas à ce métier. Attirée par l'animation, KAKINOUCHI a débuté sa carrière en travaillant sur de nombreuses séries et OAV réalisées pendant les années 80 / 90, période où elles fleurissaient (
Megazone 23,
Iczer 1,
Macross...). C'est à ce moment qu'elle a rencontré le célèbre HIRANO Toshihiro qui, avant d'être son mari, fut son mentor. La plupart du temps, ils travaillent de concert et lorsqu'une oeuvre est signée de l'un ou de l'autre, on est certain qu'ils ne manquent pas de s'échanger leurs idées.
Kyûketsuki Miyu est à l'origine un anime fruit de leur collaboration (4 épisodes de 30 min datant de 1988, traduits en français et disponibles en DVD chez Manga Vidéo)(1). C'est simplement pour le promouvoir qu'on a demandé à KAKINOUCHI de dessiner un manga dans le magazine Horror Shôjo, en 1989, alors qu'elle n'avait jamais songé devenir mangaka. Son dessin et sa mise en scène subtiles, de même que le charisme des personnages et l'originalité du scénario ont eu un tel succès qu'on lui a demandé de poursuivre la série, au point qu'elle a finit alors par délaisser sa passion première pour son profit. Peu à peu, Miyu a fait de nombreux petits. Le premier tome de
Kyûketsuki Miyu, regroupant de petits chapitres indépendants, a été relayé par
Shin Kyûketsuki Miyu, une histoire complète sur 5 tomes narrant le combat de l'héroïne contre un groupe de shinma venus de l'occident des Ténèbres, avant de reprendre sa publication(2). Peu à peu, son univers s'est diversifié avec l'apparition de nouveaux protagonistes.
Les shinma sont les ennemis de Miyu qui est la dernière véritable
vampire. Son rôle de gardienne des Ténèbres l'oblige à les chasser du monde des hommes. Ces êtres mi-dieux, mi-démons prennent l'apparence des humains pour s'en repaître. Malgré leur violence et leur manière sordide de capturer leurs proies, ils laissent souvent la place aux sentiments. Dans Miyu, la limite entre le bien et le mal est floue, Miyu "sauvant" les humains tout en les asservissants. Sa morsure a le don de donner la vie éternelle sous la forme d'un songe perpétuel. En général, la proie est consentante, car elle est désespérée : on assiste à ce qui ressemble à un suicide. Miyu n'est pas un personnage classique. Elle a un comportement incontrôlable et agit souvent sous l'emprise de la colère ou d'un caprice (elle ne s'intéresse qu'aux belles personnes, et ne supporte pas d'être évincée et encore moins d'être vaincue). Cruelle, elle ne suit que ses désirs et sa rancune. Toutefois, sa beauté et la majesté de ses gestes, tout comme son passé et sa condition tragiques, en font un personnage charismatique et attirant.
Chez KAKINOUCHI, la mort, le sang, le gore ne se manifestent que d'une façon esthétisante. Se faire mordre par le Kyûketsuki n'est pas une malédiction comme dans les histoires de
vampire traditionnelles. La mangaka pousse la beauté à son paroxysme, et les "instruments" qu'elle utilise pour décrire l'horreur sont beaucoup plus subtils qu'une simple tronçonneuse tranchant des têtes : l'imaginaire est sollicités plus que le regard. Elle a su concevoir un monde personnel en se basant sur l'imagerie et la culture japonaise. Ses dessins, particulièrement ses illustrations couleurs, rappellent le sumi-e de même que son univers (poupées japonaises, masques évoquant le No, monstres typiques de l'horreur japonaise...). Son oeuvre est vaste et se déploie en suivant des personnages charismatiques (la marionnettiste Ranka, Yui, la "fille" de Miyu, qui elle-même a asservi Kôdôsei, héros de
The Wanderer...), mais elle ne se cantonne pas uniquement à celui de Miyu comme en témoigne un autre titre publié en français chez Atomic Club
Dahlia le vampire, plus gore et inquiétant encore.
KAKINOUCHI est un auteur incontournable qui ravit le regard grâce à ses dessins éthérés et sa mise en scène théâtrale ; une mangaka envoûtante qui vampirise ses fans, incapables de résister à son talent.