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Le 01/10/2002 par Nathalie B.

Blood : Vampire contre vampires

Ni cape noire, ni teint blafard, ni pieu à enfoncer dans le cœur dans l'anime Blood The Last Vampire. D'une esthétique graphique… vampirisante, Blood met en scène des vampires aux apparences fort éloignées des représentations habituelles issues de la culture gothique, dans une Asie sous l'emprise des Etats-Unis.

Thriller horrifique, Blood The Last Vampire offre une approche réaliste de la créature vampire, aux antipodes du Comte Dracula. Le graphisme, les effets spéciaux et la mise en scène, excellents, sont au service d'une histoire de vampires modernes dans un monde en lui-même déjà très inquiétant. En effet, l'autre originalité concerne le choix, qui n'a rien d'innocent, de situer l'histoire dans les années 60 au coeur d'une base américaine.



Produit par OSHII Mamoru (Ghost in the Shell, Avalon) et réalisé par KITAKUBO Hiroyuki en 2000, Blood est un très bel objet animé... Du début (la scène dans le métro, scotchante, est superbe dans la mise en scène comme dans les images) jusqu'au générique de fin, c'est beau. Il y a quelque chose de bluffant dans ce film présenté comme " entièrement fait en images digitales ", sans aucun cellulo. On se perd rapidement, entre les séquences d'animation dessinées et les effets spéciaux en 3D. Superbement prometteur, Blood déçoit pourtant sur la longueur. Son scénario limité laisse un arrière-goût de trop-peu, d'inachevé. Cette sensation concerne notamment Saya, la jolie vampire au sabre décapiteur, comme ses faux confrères ailés qu'elle est chargée d'éliminer. Pourtant, les bonnes idées ne manquent pas, dans l'exploitation du mythe du vampire comme dans le contexte géographique et historique dans lequel se déroule l'histoire.
Dans les années 60, la base américaine de Yokota, au Japon, connaît des heures sanglantes à l'approche de la fête d'Halloween. Officiellement, des personnes se seraient suicidées, l'une au lycée américain, l'autre parmi les prostituées qui se trouvent aux abords de la base militaire. Le gouvernement américain est sur la piste d'étranges créatures appelés chiroptériens, qui attaqueraient les humains pour boire leur sang et se seraient infiltrés dans toutes les couches de la société. Leur apparence humaine les rend difficilement identifiables. La jeune Saya, longues tresses et mine boudeuse, est employée par les autorités américaines afin de les supprimer. Malgré ses frêles allures, elle seule peut identifier les vampires, et les tuer, au sabre, de la seule façon possible : par décapitation. Entrée au lycée américain en tant qu'élève, Saya s'intéresse à deux de ses voisines de classe. Manifestement anémique, l'une d'elles se rend à l'infirmerie accompagnée de son amie. Saya, sachant que le prétendu suicide a eu lieu là-bas, les suit.
Dans une scène extraordinaire par sa mise en scène, Saya affronte les deux vampires qui opèrent par la même occasion leur transformation en créatures buveuses de sang. En alternance avec des images du bal d'Halloween, sur un morceau de jazz, Saya, sans un souffle d'hésitation, tue et blesse à coups de sabre sous les yeux de l'infirmière terrorisée. Mélange de réalisme graphique et d'ambiance de fête, la séquence est fabuleusement irréelle. L'un des vampires parvenant à s'échapper, commence une course poursuite à travers la base entre Saya et le monstre. Cette même nuit, d'autres créatures reprennent leur forme originelle. La chasse aux vampires est ouverte.



Tout au long de ses combats, Saya doit composer avec les transformations physiques des monstres. Leur première apparence, sans compter l'enveloppe humaine, est plus de l'ordre du démon nippon que du vampire tel qu'il peut être conçu en Occident. Petits yeux rouges, corps énorme et musculeux, peau brunâtre, longues oreilles, dents pointues et épaisse chevelure, ce sont de véritables monstres qui n'ont plus rien d'humain. Tels les chiroptères, nom courant des chauve-souris, ils sont pourvus de membranes ailées dans leur dernière transformation. Leurs apparences successives témoignent d'un mélange entre le démon, la chauve-souris et la stryge, vampire tenant de la femme et de la chienne. Ce bazar sympathique, plus proche des vampires de Buffy que de Nosferatu, fait partie d'une nouvelle conception graphique très ouverte des vampires, la vieille école étant plutôt représentée par la taciturne Saya, dont une partie de l'identité est dévoilée à la fin du film.
Ces monstres ne seraient pas si méchants sans une réalisation ambitieuse, qui sert parfaitement un contexte réaliste angoissant. Plus que les bêbêtes, c'est l'ambiance graphique générale qui inquiète, et ce qu'elle représente. Une atmosphère oppressante, aveuglante ou carrément obscure, créée par la lumière (beaucoup de contrastes entre ombre et clarté vive), ses halos brumeux aux contours incertains et les couleurs (une palette allant du gris-vert au gris-rouge, un ciel en perpétuel crépuscule, sauf à la fin, où l'on aperçoit un coin de ciel bleu). Chaque lieu crée ainsi sa propre ambiance, dans des tableaux à la fixité angoissante.
L'atmosphère inquiétante est aussi liée au contexte historique choisi dans Blood. Cette histoire de vampires s'inscrit dans un décor d'omniprésence américaine représenté par une base militaire US en territoire japonais. En ce milieu des années 60, le pouvoir des Etats-Unis sur le Japon est énorme, suggéré par l'univers militaire américain et son déploiement de forces. Le bruit des avions à vous casser les oreilles, les mouvements de troupes, uniquement posés en tant que décors tout au long du film, témoignent de la présence envahissante des Etats-Unis. On ressent vite le malaise issu de cette occupation par les Etats-Unis, avec tout ce que cette situation implique, en particulier des rapports de domination. Dès la première scène, le personnage de la japonaise Saya est montrée comme prisonnière et non volontairement engagée aux côtés du gouvernement américain. Les menaces à l'encontre de la jeune fille sont bloquées sur les lèvres des agents américains. S'y ajoute aussi la manipulation, les autorités cherchant à cacher à la population la présence des vampires ; l'obscurité qui règne au-dehors, le jour qui n'apparaît qu'à travers les vitres des espaces clos, traduisent ce souci de masquer la réalité, et renforce le caractère oppressant de l'ambiance générale.
L'approche de la guerre du Viêt-nam étant signalée dans le film, on devine derrière les ciels couverts de nuages pourpres que la mainmise des Etats-Unis sur l'Asie ne fait que commencer. On peut aussi y voir un autre sens, plus universel : celui de la fin d'une époque, le terrible conflit vietnamien apparaissant comme une sorte d'apocalypse. Le générique de fin, composé d'images "live" retravaillées de soldats, renforce cette impression de catastrophe à venir. Plus cyniquement, on peut voir dans le choix du lieu et du contexte une perche tendue au public américain...



Le film se termine sur ses images de militaires, a priori éloignées des premières séquences. C'est pourtant par cette tonalité finale oppressante que le film parvient à toucher, quand il y réussit, surmontant la froideur générale qui se dégage de l'ensemble. Restent la mise en scène souvent excellente, la beauté des images, et la moue énigmatique d'une jolie vampire.
 
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