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Le 01/10/2002 par Diane SUPERBIE

Quand héroïne rime avec hémoglobine

Toutes aussi captivées par l'horreur que les hommes, les auteurs de manga pour filles ne se sont pas faits prier pour imaginer des histoires sanglantes. Autopsie d'un genre artistiquement maîtrisé…

En France, s'il est un auteur à citer pour représenter les shôjo manga d'horreur, on pense invariablement à KAKIKOUCHI Narumi et sa fresque vampirique Kyûketsuki Miyu. Toutefois, elle n'est pas la seule à s'être engagée sur des sentiers sanglants, car il existe de nombreux auteurs passionnés par ce type de récit, ainsi que des magazines de prépublications spécialisés.



La grande spécificité de ces oeuvres réside surtout dans la mise en scène. Celle-ci a toujours quelque chose d'artistique : les gerbes de sang s'animent, les personnages se drapent dans les boyaux de leurs victimes et le fiel dessine sur leurs vêtements de superbes volutes. Souvent, femme renarde à la beauté du diable ou jeunes hommes androgynes, séduisants dans leurs tenues étudiées - directement inspirées par le "Gothique" -, agissent avec emphase suivant des codes biens précis.



Pour l'instant en France, nous n'avons pas beaucoup de titres affirmés horror shôjo, toutefois, on en retrouve certains codes dans des oeuvres comme Tôkyô Babylone et son dérivé X de CLAMP ou dans l'incroyable Angel Sanctuary de YUKI Kaori (publiés chez Tonkam). On ne peut pas directement classer ces titres dans le genre, mais ils savent parfaitement pimenter leur récit de scènes s'y apparentant. Le thème principal les caractérisant reste cependant le drame, la tragédie, qui fait passer l'horreur au second plan. La sensibilité des personnages, leur psychologie, sont en fait le propos, le sang et les meurtres, souvent violents, ne sont que le côté décoratif. Ainsi, Seichirô, le Sakurazukamori de Tôkyô Babylone, tueur sans état d'âme, n'a d'impressionnant que sa mise et la manière d'utiliser les cadavres de ses proies. Le mal est ici magnifié grâce à la symbolique du cerisier en fleurs, qui se nourrir du sang de ses victimes les faisant souffrir sans répit. Celles-ci n'ont plus valeur que d'offrandes et la notion de bien et de mal est inversée.



Souvent dans le shôjo cette notion prend le pas sur l'horreur de la mort elle-même. Il n'y a pas vraiment d'expiation, ni d'épouvante. Le boucher n'est pas puni, il est même admiré et adulé. Ashura et Taishakuten de RG Veda (de CLAMP publié chez Tonkam) sont des êtres terrifiants, des démons, mais ils ne sont pas montrés du doigt. Ils ont leurs raisons, et leurs manières de donner la mort ont quelque chose de splendide. Cette caractéristique se retrouve dans Angel Sanctuary, où la notion de bien et de mal n'a plus aucune raison d'être. Ce qu'on y voit est affreux certes, propre à terroriser, mais sa mise en valeur tend à transmettre un sentiment contraire. Cette fascination du morbide et du gore se retrouve également dans Petshop of Horrors (le manga comme l'anime - disponible chez Dynamic Visions en DVD) qui est passé outre. La victime est en fait devenue "le méchant", c'est elle que l'on doit punir et le bourreau devient le héros. Cette manière de penser l'horreur est toute féminine, et jouer sur la fascination qu'elle inspire est ce qu'apprécient les mangaka de shôjo, même lorsque l'oeuvre est plus manichéenne.



SHINOHARA Chie, et son impressionnant Umi no yami, tsuki no kage (Les ténèbres de la mer, l'ombre de la lune), joue sur un registre plus terre à terre. Son manga conte la rivalité démoniaque de jumelles au tragique destin. Possédant toutes deux des pouvoirs surhumains, l'une devient un véritable monstre que rien n'arrête terrifiant jusque sa soeur. Ici, le dessin est très "simple", l'horreur se joue surtout au niveau des actes des protagonistes, évoquant un film d'épouvante. SHINOHARA apprécie le fantastique où se mêle violence et êtres démoniaques comment en témoignent ses autres manga. Les monstres fantastiques typiquement japonais n'ont plus rien à voir avec les débonnaires personnages du Voyage de Chihiro, et renouent avec leur "existence" première dans ses oeuvres, ce qui est également le cas de nombre de ses collègues. Ainsi, dans le dessin animé de Yôma (en DVD chez Kaze), qui est adapté du manga de KUSUNOKI Kei, l'auteur ne lésine pas sur la représentation du bestiaire japonais qui n'a rien à envier au nôtre.



Beaucoup d'artistes du shôjo ont plus ou moins touché une fois à l'horreur, avec, caractéristique propre aux manga pour filles, une histoire d'amour en toile de fond. On s'en doute, l'expérience traumatisante de l'héroïne n'est là que pour la faire succomber au bel homme courageux qui vient la délivrer, tel un prince, de son funeste sort, quand elle n'est pas tout simplement tombée amoureuse du vampire lui-même ! L'amateur du genre trouve parmi les shôjo une pléthore d'oeuvres donnant le frisson tout en embellissant le macabre sans ambages. Comment ne pas succomber aux princes des ténèbres à la beauté ensorcelante qui dissimulent sous leurs angéliques masques, une âme démoniaque mais également un coeur torturé. Face à une telle icône, on franchirait des montagnes d'ossements, on traverserait des monceaux de toiles d'araignées ! La terreur ne s'apparente-t-elle pas aux dangers de l'amour, fruit défendu mais ô combien tentant ? Jamais la mort ou son catalyseur n'auront été aussi entêtants qu'entre les mains douces et cruelles des mangaka féminines...
 
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