Articles | internationalLe 01/07/2002 par Julie BORDENAVELa tradition ne se cache plus
Enfin un salon qui ose accorder une réelle place à la culture japonaise. Japan Expo l'avait longtemps souhaité, sans jamais vraiment franchir le cap : cette année, la convention s'est donné les moyens de créer de nouvelles animations autour du Japon traditionnel.
Équipe et budget renforcés : dans un lieu aussi grand que le CNIT, Japan Expo pouvait enfin prendre le risque de développer son espace culture et traditions populaires.
"Jusqu'à présent, une seule personne s'occupait de ces activités. Cette année, j'ai repris le flambeau avec Catherine BOUVIER, Séverine et Elise PLEUVRY", nous explique Pierre Alain DUFOUR, responsable des activités du salon.
"Le but de Japan Expo (autoproclamé "festival des loisirs japonais") a toujours été de voir plus loin que l'animation japonaise : il s'agit de regrouper des personnes fédérées autour du manga pour les amener à découvrir la culture japonaise".
De nombreux partenariats avec des organismes comme Vague de France, Ike Sô, le Comité national de Kendo, l'ambassade du Japon, l'Office national du tourisme japonais, la ligue française de jeu de shogi, ou encore la ligue d'Ile de France de jeu de go ont permis de multiplier les animations dans un espace relativement grand.
Table basse, paravents... À force de lire des manga ou voir des anime, les intérieurs japonais nous sont devenus presque familiers. Heureuse surprise de pouvoir enfin les observer en taille réelle : la société Vague de France nous proposait ainsi un intérieur de maison japonaise à trois périodes de l'année : automne (avec table basse chauffante et feuillage rouge), hiver (avec cerf volant pour la cérémonie du Nouvel An), et été, avec le bambou sur lequel on accroche ses voeux à l'occasion de la Tanabata (fête de l'été le 7 juillet). Les membres de Vague de France évoluaient dans ces espaces en costume traditionnel :
"Les kimonos attirent l'oeil, et incitent les gens à rester pour assister aux démonstrations d'habillage ou de danse traditionnelle", selon Catherine BOUVIER.
"C'est un privilège peu courant de voir de si près des kimonos qui coûtent le prix d'une belle voiture !", surenchérit Pierre Alain DUFOUR. La tradition a un coût, et même de nos jours, il faut mettre le prix pour une cérémonie de mariage japonaise traditionnelle : compter 1000 euros pour la location d'un kimono de jeune mariée et l'habillage... La tradition s'est également illustrée à Japan Expo à travers des disciplines nobles et encore peu connues, comme la réalisation de patchworks avec des tissus d'anciens kimonos de valeur.
Nouvelle venue également : la fédération française de shiatsu traditionnel. Le shiatsu est une discipline d'acupressure ; il permet de réharmoniser l'énergie en effectuant des pressions sur tout le corps. Attention : on ne parle pas de massage en shiatsu. Reconnu comme un acte médical, le massage est spécifiquement réservée aux masseurs kinésithérapeutes.
"Le shiatsu est pour l'instant reconnu par la Commission Européenne de Bruxelles comme une médecine alternative, mais il n'a toujours pas de légitimité en France : l'Ordre des Médecins s'y oppose", nous confie une membre de la fédération, qui compte aujourd'hui 2000 inscrits, soit 400 fois plus qu'à sa création il y a 6 ans ! En milieu d'après-midi, la file d'attente s'étirait devant le stand. Si le public fut friand de ces séances de relaxation, il ne fut pas le seul :
"Les invités aussi ont été ravis de se détendre sur le stand shiatsu !" s'amuse Pierre Alain DUFOUR.
Mais il ne s'agissait pas que de découvertes passives dans cet espace culture et traditions : le public était également appelé à participer. On retrouvait cette année des animations déjà présentes aux précédentes éditions, comme les grues en origami, destinées à être envoyées à Hiroshima (le défi cette année a été fixé non pas à 1000 grues pour la convention, mais à 1000 grues par jour !) ou encore les jeux de shogi (jeu d'échecs japonais dans lequel les pièces de l'adversaire, au lieu d'être éliminées, sont réutilisées par le vainqueur) et de go (jeu de plateau qui consiste à conquérir les territoires de son adversaire).
Mais les festivaliers auront aussi fait la connaissance avec la discipline du papier
washi, très rare en France. Très fin et plein de fibres, le papier
washi est utilisé à l'origine pour les cloisons des appartements japonais. Déchiré en petits morceaux collés sur un support cartonné, il sert également à réaliser des oeuvres d'arts : les chiguirié. Une exposition proposée par l'Espace City Garden (Paris XIIIe) présentait les travaux de SHIRAKAWA Tadanaka. Pour s'initier à cet art, un atelier de washi dolls permettait également d'apprendre à réaliser des petites poupées en papier
washi : vêtues de kimono, ces poupées symbolisent au Japon les différentes personnes de la communauté et sont utilisées pour certaines fêtes de la ville. Ici, il s'agissait de réaliser des petits mobiles de décoration.
Au rayon des activités, les festivaliers étaient également sollicités par des essais arts martiaux.
"Il s'agit par exemple de montrer aux lecteurs de Kenshin
, qu'on peut aussi pratiquer l'Iaïdo en France", avance Pierre Alain DUFOUR. Kendo, Chanbara, Karaté Do... le Comité National de Kendo proposait de courtes sessions d'initiation, mais également quelques séances de démonstration dans l'amphi principal. Et c'est ainsi que pour la première fois dans une convention, la salle principale aura accueilli d'autres événements que les sempiternels cosplay, projections ou concerts : sur scène, danse traditionnelle et arts martiaux ont pris toute leur ampleur. Bien sûr, certains n'auront pas apprécié ces diversions (tout comme la diffusion de musiques du groupe R.E.M. dans l'amphi pour combler les quelques temps morts), et les salles n'étaient certes pas autant remplies que pour d'autres manifestations plus attendues. Néanmoins, en prenant le risque d'investir un espaces relativement grand, également lieu de passage obligé pour tous les festivaliers (juste devant l'amphi principal), ces activités ont su éveiller l'intérêt des gens : le premier pas est fait.
La partie du budget alloué à l'espace culture et traditions japonaises est certes restée minime (aux environs de 1500 ?), par rapport au budget colossal dont disposait cette année Japan Expo. Néanmoins, un vrai tournant a été amorcé. Devant le succès remporté cette année, on peut espérer d'autres activités pour la prochaine édition.
"Peut-être une cérémonie du thé, si l'on arrive à obtenir une salle plus calme, à jauge limitée. Nous aimerions également organiser des démonstrations de kyudo (tir à l'arc japonais). Ce sera peut-être aussi l'occasion de se pencher sur d'autres pans de la culture japonaise, tels que le cinéma ou la littérature", espère Pierre Alain DUFOUR. See you at the fifth impact, space promoters...