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Le 01/07/2002 par Julie BORDENAVE

Cosplay

Le cosplay est toujours le point d'orgue d'une convention. D'édition en édition, le défilé originel, institué en concours depuis 1997, s'est enrichi d'une véritable mise en scène, où rivalisent désormais culot et inventivité. A ce titre, le cosplay de Japan Expo, 4e impact, fut un morceau de choix.

Des premiers cosplayers qui arpentaient bravement les allées des conventions en 1994, il ne reste plus grand chose. Les concours de cosplays qui s'enchaînent depuis 5 ans nous avaient surtout habitués à un défilé, aux costumes certes souvent rutilants, mais avec peu de mise en scène : le nombre (avoisinant souvent la centaine) de candidats pouvait parfois mener à une certaine lassitude. De participation en participation toutefois, la timidité des cosplayers semble s'être effacée au profit de la créativité. Séisme : Cartoonist Toulon 2002 et son inénarrable groupe Ken le survivant (voir le ). Costumes et scénario étudiés, accessoires, artifices, bande son... A mi-chemin entre la représentation et la performance théâtrale, le groupe Ken est l'un des premiers à avoir vraiment su utiliser l'espace et les possibilités qui s'offraient à lui. Parmi elles, l'usage d'accessoires des artistes de théâtre eux-mêmes : échasses, poudre, ballons gonflés à l'hélium... Une véritable prestation scénique, avec un scénario et une amorce de travail d'acteur : les bases d'un nouveau cosplay, riche en idées et en inventivité étaient posées.



On a pu s'en rendre compte à cette 4e édition de Japan Expo : le groupe Ken a fait des émules. Outre les désormais classiques chorégraphies (Akasha de La Reine des Damnés) ou combats (Rival School, Mortal Kombat), d'autres idées ont vu le jour, comme le mime d'extraits de séries ou de films diffusés simultanément sur grand écran. Ce fut le cas pour la transmutation d'X-Or, et pour le groupe de 11 personnes du film Battle Royale. Dans ce cas, la performance reposait réellement sur la mise en scène : costumes assez sobres, mais fusillades échevelées ! Une tradition empruntée à leurs aînés, qui rejouent par exemple les scènes du Rocky Horror Picture Show tous les vendredis et samedis soirs devant l'écran du Studio Galande de Paris : de ces rites quasi-initiatiques naissent les films cultes...
De même, l'attention amenée à la réalisation des costumes ne connaît plus de limites : on le vit avec la fantastique Mme Zoldik de Hunter X Hunter et son casque clignotant à la Daft Punk ! Cette prise de liberté mène les participants à camper leurs héros fétiches, issus ou non du monde de la japanimation (on a pu voir des Batman, Robin, ou autre Gaston Lagaffe à des précédentes conventions), et à les mettre en scène dans de véritables performances, souvent parodiques : ce 4e Japan Expo nous a présenté un cross-over tordant entre Sailor Moon et St Seiya, une leçon de lessive Angel Sanctuary, ou encore la reprise du tube de Bobby Mc FERRIN, Don't worry, be happy par des personnages de visual rock, plus habituellement représentés sous les traits de poupées morbides...
À saluer également : le rôle fédérateur du cosplay. On était habitués jusqu'à présent à voir des enfants en bas âge vaincre leur timidité pour monter sur scène. Cette fois, inversion des générations : un Papi Dracula, fort majestueux dans son costume de Castlevania, a fourni une prestation de vampire, pour le jeu vidéo Symphony of the night, récompensée par la troisième place !



Comme tout événement, le cosplay est également reflet de son organisation ; de fait, les présentateurs s'y collent aussi. Olivier CHAMAILLARD a donné le ton en se déguisant à chaque cosplay Cartoonist (Maya, Athena, Capitaine Caverne : voir Cartoonist 2001). Pour ce 4e impact, les deux membres de Gotoh Wahn qui assuraient la présentation des cosplays individuels s'en sont également donnés à coeur joie : au rayon des délires, un faux Totoro s'est fait exécuter sur scène par un membre du service d'ordre de Battle Royale (voir article "Tout nouveau tout beau").
Les mythes fondateurs du cosplay français ont eux-mêmes été mis en scène. En effet, il est désormais devenu traditionnel de réclamer que l'on fasse la roue, lors de chaque concours. Cette fois-ci, les présentateurs ont pris le public de court : le vrai, le seul, l'unique... Francis LAROUE, est arrivé sur scène en chair et en os pour répondre à la demande du public, désarçonné par ce pied de nez ! Le cosplay est donc devenu une référence incontournable au point de s'auto parodier : pour preuve, la performance de Daena (Legend of Mana), reprenant en partie la bande son et la chorégraphie du cosplay Ken. Private joke pour les visiteurs du Cartoonist Toulon 3 mois auparavant...
L'attitude des cosplayers a même amené les organisateurs à créer de nouvelles catégories dans le concours : si certaines initiatives ont pu sembler un peu trop avant-gardistes (comme la catégorie fashion à BD Expo 2001 et son unique participante !voir article), d'autres ne font qu'entériner un état de fait. Ainsi, l'apparition d'une catégorie J-Music pour ce 4e Japan Expo suit l'évolution des conventions : en effet, de plus en plus de cosplayers de J-Music, Visual Rock en tête, arpentent les allées des festivals. Pour cette primeur, 4 participants et une originalité : le groupe Yaen, auto-proclamé "boy's band le plus déjanté", et son Fish Fight à la chorégraphie remuante !



Recherche dans les costumes, audace de mises en scène, cross-overs multiples... Le cosplay s'affranchit de son objectif initial de défilé et emprunte à des référents culturels élargis pour devenir une performance en soi. Des initiatives comme le défilé de cosplayers dans la ville de Toulon (Cartoonist 2002), passé encore trop inaperçu, tendraient à faire du cosplay un événement à part entière. Une passerelle pour faire découvrir le monde des conventions à des non initiés.
 
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