Recherche

OKRecherche avancée »

dans les kiosques

Dans les kiosquesFEUILLETER LE MAG

Partenaires

Articles | anime
Le 01/08/2002 par Nathalie B.

L'oiseau bonheur

Film d'animation réalisé par ARIHARA Seiji (cf : AL n°77) grâce à une souscription publique lancée au Japon, L'oiseau bonheur nous conte la découverte par une fillette du drame de la bombe atomique tombée sur Hiroshima le 6 août 1945. Une œuvre originale à double titre, puisqu'elle parle de la bombe et ses conséquences, ce qui reste rare qui plus est pour un film d'animation, et parce qu'elle s'adresse en premier lieu aux enfants.

Réalisé en 1993 par ARIHARA Seiji, sur une idée de CIBOT-SHIMMA Miho, L'oiseau bonheur nous emmène à Hiroshima découvrir à travers les yeux d'une fillette de 12 ans le drame de la bombe atomique. Un très émouvant et instructif message de paix, joliment réalisé.



De nos jours, Tomoko, 12 ans, doit rendre un devoir de classe sur Hiroshima. Elle se rend au Parc mémorial de la paix, où se trouve le Musée mémorial du bombardement atomique d'Hiroshima. A travers les objets présentés, et l'ambiance qui se dégage du lieu, Tomoko découvre l'horreur de la catastrophe. Bouleversée, elle quitte précipitamment le Musée, et se retrouve dans le parc au pied d'une statue bien particulière.
Le monument représente une fillette portant à bout de bras au-dessus de sa tête l'armature d'une grue, symbole de vie, de bonheur et de paix. Tomoko découvre des milliers d'oiseaux à l'image de la grue en papier plié sous la statue, et décide d'en réaliser un à son tour. A peine terminé, son oiseau en origami s'anime et touche la statue qui prend vie. Sautant de son socle, la petite Sadako rejoint Tomoko, et va lui conter son histoire. Née à Hiroshima pendant la Seconde Guerre mondiale, Sadako avait deux ans lorsque la bombe a détruit la ville et la vie de ses habitants...



En 25 minutes, ce moyen-métrage animé aborde différents visages de la catastrophe (la bombe et ses effets) de façon à la fois pédagogique et fantastique. Le parcours de Tomoko, tant géographique (on voit ainsi les lieux de mémoire de la ville) que psychologique, est progressif, allant du général au particulier, et de l'abstrait à l'humain. Elle se rend d'abord au Musée, endroit impressionnant mais où la distance est plus grande malgré tout ; puis à la statue de Sadako, réalisée pour les enfants victimes de la bombe ; enfin au Dôme Atomique, l'un des très rares vestiges conservés du drame. C'est d'ailleurs à l'intérieur même du Dôme, véritable porte donnant sur le passé, que Tomoko va vivre le 6 août 1945 par l'entremise de Sadako. La fillette voit le choc de l'explosion, la pluie noire et les ombres fantomatiques des blessés errants. Sadako va ensuite lui raconter sa vie d'enfant victime des radiations, et lui faire comprendre l'injustice de la guerre.



Ces thèmes difficiles sont traités tout en finesse, à la fois au niveau du concept, du scénario, et aussi de la réalisation de ARIHARA Seiji. Travaillant depuis une vingtaine d'années au premier studio crée par TEZUKA Osamu, Mushi Productions, cet ancien animateur chez A Productions (Panda Kopanda, notamment) est passé à la réalisation de dessins animés dans les années 80. En 1988, il signe le long-métrage Il pleut des flammes (Hi no ame ga furu), et se taille une réputation de réalisateur de films à thèmes sociaux ou sur la guerre, alors qu'il ne se limite pas à ce genre. Conscient de l'influence du dessin animé sur les enfants, il considère qu'il a une responsabilité en tant que réalisateur, dans une société japonaise dont il déplore le manque de mémoire concernant l'Histoire. L'oiseau bonheur remplit justement un rôle dans ce domaine. En plus du mérite de mettre des images sur les mots, les idées, qui ainsi perdent leur abstraction pour devenir réalité, le film parvient à atteindre un parfait équilibre entre l'horreur et la suggestion, la vigilance et l'espoir. Tomoko explique qu'elle a cru savoir ce qu'était la bombe sur Hiroshima, mais face à ce qu'elle voit, elle ne sait plus. C'est une prise de conscience que vit la fillette.



Le film parle aussi, de façon plus implicite, des réactions et des sentiments vis-à-vis de l'événement. Ainsi, la peur que ressent Tomoko à regarder la catastrophe est présentée comme tout à fait naturelle, mais elle se doit de l'affronter malgré tout. Le jeune couple que la fillette croise à plusieurs reprises représente deux autres attitudes, opposées : l'homme connaît déjà l'événement, et veut en savoir plus, tandis que la femme n'affiche que de l'ignorance, de l'indifférence voire du rejet.
Les instigateurs du film (dont CIBOT-SHIMMA Miho, présidente de l'Institut Hiroshima Nagasaki en France, qui en a créé le concept) se placent évidemment du côté de la connaissance, et non de l'amnésie. Savoir pour défendre la paix, et combattre l'injustice dont les enfants sont, dans tout conflit, les premières victimes. Adressé aux enfants, ce "conte d'aujourd'hui", comme il est défini, place la jeunesse face à son avenir. Tomoko et Sadako, à la fin du film, vont parcourir le monde sur le dos d'une grue pour transmettre leur message de paix.



Conte pacifiste et document pédagogique, ce film reste, malgré la gravité de son sujet, optimiste. Et nous transmet un message irréprochable : à l'image de l'oiseau bonheur que l'on crée en origami avec un simple bout de papier, la paix aussi se construit.
 
0commentaires

    Les commentaires sont fermés

    TOUS LES ARTICLES
    Afficher :
    Classer :