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Le 01/09/2002 par Julien BASTIDE

Le premier Lupin

Nous ne l’ignorons pas, Lupin III est d’origine française. Car si l’on en croit sa généalogie, il est le petit fils du plus célèbre gentleman-cambrioleur, Arsène Lupin, né sous la plume de Maurice LEBLANC au début du vingtième siècle.

Maurice LEBLANC naît à Rouen le 11 novembre 1864. Elevé au sein d'une famille bourgeoise, le jeune Maurice écrit en cachette et obtient finalement en 1885 l'accord de son père pour tenter l'aventure littéraire à Paris. Il collabore à plusieurs journaux et côtoie des écrivains, dont Guy de MAUPASSANT, qui le protège. LEBLANC va alors se lancer dans une série de romans de moeurs et de psychologie, en s'inspirant de ses maîtres FLAUBERT et MAUPASSANT. Ses romans (Une femme (1893); L'Enthousiasme (1901)), ses nouvelles (Des couples (1890); Les Lèvres jointes, (1899)) et une pièce de théâtre (la Pitié (1904)), lui valent l'admiration de ses pairs, mais n'arrivent à convaincre que peu de lecteurs.



Sa carrière connaît un véritable tournant en 1905, lorsqu'il fait paraître la nouvelle L'Arrestation d'Arsène Lupin dans le magazine Je sais tout. Le succès de ce personnage de gentleman-cambrioleur, chevaleresque et astucieux, est tel que dès lors, LEBLANC est, d'après ses propres termes « prisonnier d'Arsène Lupin». LEBLANC, qui voulait être « le romancier de la vie délicate des âmes » se retrouve du jour au lendemain auteur de romans policiers et d'aventures, genre mal considéré par les milieux littéraires. Suivent donc Arsène Lupin, gentleman-cambrioleur (1907); Arsène Lupin contre Herlock Sholmès (1908); L'Aiguille creuse (1909); La Comtesse de Cagliostro (1924); Victor de la brigade mondaine (1934) et bien d'autres, sans parler des adaptations théâtrales. Certains de ses autres romans exploitent la même veine de suspense et d'aventures mais sans le personnage emblématique du gentleman-cambrioleur : Les Trois Yeux (1919), Le Formidable Evénement (1920). Le succès d'Arsène Lupin l'accompagne jusqu'à sa mort en 1941 à Perpignan, où il s'était réfugié pour fuir l'occupant.



Dans ses livres, LEBLANC donne aux lecteurs de nombreux éléments biographiques concernant Lupin. En mai ou juin de l'année 1874, à Blois, naît Arsène Raoul Lupin, fils de Henriette d'Andrézy et de Théophraste Lupin, professeur de boxe et de savate mais aussi, accessoirement, cambrioleur. Il est tout d'abord élevé par la femme d'un cultivateur de betteraves, nourrice qui apparaît dans nombre de ses aventures, sous le nom de Victoire. En 1880, il est repris par sa mère, qui vit à Paris chez un cousin éloigné : le duc de Dreux-Soubise. L'humiliation de sa mère, traitée comme une domestique, fait réagir le petit Arsène. A six ans, il dérobe le « Collier de la Reine ». C'est à ce moment qu'Arsène Lupin commence sa carrière de cambrioleur, pour ne plus s'arrêter : on apprend dans 813 qu'il est inculpé pour trois cents quarante-quatre affaires de vol, cambriolages, escroqueries, faux, chantages, recels... En 1894, il épouse Clarisse d'Etigues, qui mourra en 1899 après lui avoir donné un fils. Ce fils Jean, enlevé dès sa naissance par la comtesse de Cagliostro, ne réapparaît que dans le livre La Cagliostro se venge (1935), une des dernières oeuvres de LEBLANC. Ce qui se passe ensuite est assez confus. On sait qu'Arsène Lupin a réussi à faire disparaître son nom des registres de l'état civil de Blois (cf. Les dents du tigre), et qu'avant d'être pour la première fois emprisonné, il a mené à bien des études de droit, a ouvert une école de lutte à Paris, travaillé avec un célèbre prestidigitateur, collaboré avec un laboratoire de médecine, et fait bien d'autres choses encore... (cf. Les confidences d'Arsène Lupin). Cependant, au cours de sa longue carrière, ses pas ont été guidés par un fil conducteur, à savoir la résolution de quatre énigmes : le chandelier à sept branches, la fortune des Rois de France, la dalle des Rois de bohème et in robore fortuna.



Patriote, chevaleresque et anarchiste, redresseur de torts d'une délicieuse immoralité, Lupin, premier du nom, est un gentilhomme dévoyé qui n'a guère de ressemblances avec son petit-fils japonais. Encore que, même si son attirance pour le beau sexe prend des formes plus courtoises, finalement le penchant est le même... Néanmoins il y a chez Arsène Lupin un côté justicier, défenseur des faibles, une noblesse de caractère que l'on ne retrouve chez son petit fils que dans ses meilleurs moments (Le château de Cagliostro, au hasard). De même, si il vole, il y a chez Lupin un côté joueur, pour « la beauté du geste », mais il n'est pas cupide. Un gentleman, quoi ! Lupin III est tout le contraire, même si, là encore, vu qu'il repart toujours les poches vides, on se demande si il ne recherche pas lui-aussi uniquement «la beauté du geste »... Mais ce qui les différencie surtout c'est le côté sérieux, presque noir d'Arsène Lupin qui, même s'il s'amuse manifestement à se déguiser et à jouer au voleur, reste toujours sobre, n'hésite pas à tuer et porte en lui une tristesse, un côté sombre. Son petit-fils est en revanche un bouffon complet, gesticulant et grimaçant. Mais comme l'homme aime brouiller les pistes derrière son apparence, on peut se demander si il n'est pas plus proche de son aïeul qu'il n'y paraît.



L'oeuvre de LEBLANC connaît une formidable postérité, d'une part grâce à des continuateurs qui reprirent le personnage de Lupin (Valère CATOGAN et le tandem bien connu BOILEAU-NARCEJAC), d'autre part grâce au cinéma et à la télévision. Au cinéma, pas moins d'une trentaine de films reprirent avec un bonheur inégal le personnage de LEBLANC en France, aux Etats-Unis ou au... Mexique! On retiendra l'interprétation de l'immense Jules BERRY dans le film d'Henry DIAMANT-BERGER (Arsène Lupin détective (1937)) et celle de Robert LAMOUREUX dans Signé Arsène Lupin d'Yves ROBERT (1959). Mais impossible d'oublier la série TV franco-italienne de 1971, avec Georges DESCRIERES dans le rôle-titre et Jacques DUTRONC au générique, qui reste LA série grâce à laquelle plusieurs générations de téléspectateurs ont découvert le personnage.
Et citons bien sûr l'oeuvre en manga de MONKEY PUNCH et les nombreux anime qui en sont tirés. Car malgré les "trahisons", quel plus bel hommage pour un personnage de roman que d'être toujours adulé aux quatre coins du monde presque un siècle après sa naissance, même par le biais d'un petit fils indigne ?
 
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