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Le 01/05/2003 par Sébastien LANGEVIN
Un lycée en pleine décrépitude, des jeuneslivrés à eux-mêmes, une violence omniprésente…L’espoir est absent de l’univers scolaire décritdans le recueil de nouvelles Printemps bleu deMATSUMOTO Taiyo. Le “No future” versionjaponaise.
«J'avais 20 ans. Je ne laisserai personne dire que c'est le plus bel âge de la vie.» Cette célèbre citation de Paul NIZAN semble avoir été écrite pour le recueil de nouvelles Printemps bleu. En sept histoires courtes, Taiyo MATSUMOTO trace le portrait désespéré d'une génération d'adolescents en plein naufrage. Toutes les nouvelles mettent en scène des lycéens à l'abandon, leurs affrontements et leurs rapports conflictuels avec le monde des adultes.
Chacune des histoires se déroule dans un même lycée ou à sa périphérie proche. Normalement lieu de socialisation et de construction de soi, le lycée n'apparaît ici que comme un décor où se rencontrent les adolescents. La seule fois où un cours est donné, des lycéens l'abandonnent sans plus donner d'explication à l'enseignant. Le sujet de ces nouvelles n'est donc pas le rapport des adolescents à l'institution scolaire, mais au contraire la distance que ces jeunes peuvent prendre avec le lycée, tout en le fréquentant au quotidien. Le lycée n'est pas un lieu d'apprentissage, mais un territoire où s'organisent des rapports de force entre individus et entre bandes d'élèves. Les murs systématiquement ornés de graffitis et de tags montrent que les lycéens se sont approprié les lieux. Professeurs et adultes sont rarement visibles dans l'établissement. Le personnel administratif semble rester à l'abri dans ses bureaux, où malversations et parties de jambes en l'air sont fréquentes... La démission des adultes est totale, même au lycée : on laisse les jeunes se débrouiller entre eux, et on s'occupe de ses seuls problèmes.
Mais que font-ils, ces lycéens qui se soucient des cours comme de leur première chemise d'écolier ? Ils montent sur le toit, s'enferment dans les toilettes ou squattent des locaux vides pour boire de l'alcool, fumer des cigarettes ou sniffer du Toluène, jusqu'à en vomir. Ils s'ennuient et tombent dans la dépravation pour s'occuper.
«Putain, qu'est-ce que je me fais chier ! C'est vraiment nul la vie ! J'ai rien fait d'excitant depuis j'me rappelle même plus quand !», soupire le héros de la première nouvelle,
Si t'es heureux, frappe dans tes mains. Dans cette histoire, les adolescents se procurent le grand frisson en risquant leur vie sur le toit du lycée, par jeu. Dans la nouvelle suivante,
Le revolver, des lycéens finissent par jouer à la roulette russe avec un revolver qui leur a été donné (par un yakusa que l'on retrouvera dans
Amer Béton). Ces jeunes sans aucun but dans la vie ont ainsi besoin de s'approcher de la mort, de jouer avec elle pour se sentir vivant. Alors qu'ils sont au début de leur existence, ces adolescents veulent toucher du doigt la mort pour éprouver les limites de la vie. Beaucoup s'y brûlent les ailes. Dans quatre des sept nouvelles, le lecteur est témoin de la mort d'un personnage.
Dans l'univers quasi-exclusivement masculin de ces nouvelles, on retrouve le même esprit de clan et la même oisiveté collective que dans le film
Orange mécanique de Stanley KUBRICK. Avec la même conséquence : la violence gratuite, l'ultra-violence, pour tuer le temps. Ainsi, dans la nouvelle intitulée
Paix, deux jeunes discutent en fumant dans les toilettes du lycée. Ils font partie d'un groupe de motards. L'un raconte comment le chef du groupe, Mizuguchi, a frappé un automobiliste sans aucune raison:
«Mizuguchi lui a fait sauter quelques dents. J'en frémissais d'excitation. J'avais jamais vu un mec aussi cool que Mizuguchi, avant...». Seules la montée d'adrénaline et les émotions fortes procurées par la violence semblent pouvoir tromper l'ennui de ces jeunes. Durant l'adolescence, chaque individu teste les interdits posés par l'autorité parentale, l'institution scolaire et la société en général. Dans
Printemps bleu, les adolescents s'installent dans l'interdit : ce ne sont plus des enfants mais pas encore des adultes, et ils négocient cette période charnière sans considérer l'avenir. Ils vivent dans un présent perpétuel qui ne semble pas avoir de conséquence sur le futur.
Tout comme la vie de ces adolescents, le dessin de Taiyo MATSUMOTO repose sur le déséquilibre et l'instabilité. Le trait irrégulier fige les visages des personnages dans des rictus crispés. Ce dessin anguleux et violent, parfois caricatural jusqu'au grotesque, confère à cette oeuvre une puissance graphique en total décalage avec l'esthétique manga habituelle. En variant sans cesse les angles de vue d'une case à l'autre, l'auteur déstabilise le lecteur, force son attention et le pousse à être attentif. Cette narration complexe, parfois difficile à suivre, reprend la vision éclatée et parcellaire de la vie que peuvent avoir ces jeunes.
La lecture de ces histoires courtes laisse une impression trouble. Quel est le but de l'auteur ? Les lycéens qu'il choisit de nous montrer semblent perdus pour la société et pour eux-mêmes. Certains meurent, d'autres tuent ou prennent la voie du crime organisé. Même s'ils sont encore jeunes, la rédemption semble hors de portée de la plupart d'entre eux. Plutôt qu'un instantané de la vie de jeunes japonais des années 1990, cette oeuvre nous offre un négatif photographique des années lycée.
Taiyo MATSUMOTO ne prend aucune distance avec ses personnages : il les suit sans jamais porter de jugement moral sur leurs actions. Il ne les critique pas, mais ne les plaint pas non plus. Il montre juste que pendant ce printemps de la vie qu'est l'adolescence, beaucoup de jeunes sont entrainés sur des pentes qu'ils peineront à remonter. Ces nouvelles ne sont pourtant pas dénuées d'une certaine admiration pour ces jeunes qui brûlent leur adolescence par les deux bouts. Le rebelle en rupture totale avec la société représente un idéal pour nombre d'adolescents. Mais dans ces histoires, la logique auto-destructrice est poussée si loin que le lecteur ne peut que repousser le modèle proposé. Dans la postface de
Printemps bleu, l'auteur explique que, malgré tout, certains des mauvais garçons qu'il a connus sont devenus de bons pères de famille.
Dans ces sept nouvelles, l'auteur considère donc le devenir des brebis galeuses, de ces jeunes qui, durant la période du lycée, choisissent de ne pas suivre la voie tracée par une société trop rigide. A qui la faute ? A cette société qui ne leur apporte pas leur ration de rêve ni un espoir d'avenir suffisamment intéressant pour suivre le «droit chemin» ? A ces jeunes paumés impuissants à modifier leur propre destin ? Le titre du recueil résume tout le désespoir des adolescents : le printemps de la vie n'est pas rouge flamboyant. Le bleu, couleur froide de la dépression et de la mélancolie pose le cadre morne de leur existence sans but. Et si MATSUMOTO montre là les moeurs d'un lycée japonais, il décrit avant tout les maux universels que tous les adolescents du monde connaissent. © MATSUMOTO Tayio
Printemps bleu, le printemps de la vie, par Tayio MATSUMOTO, un tome, éditions Tonkam. Les dossiers Le sport dans le manga Système scolaire BD coréenne L'animation japonaise des années 1920 à 1950 Le château dans le ciel Cartoonist Paris, Novembre 2002 Horreur Lupin Hiroshima Japan Expo : Quatrième Impact Annecy 2002 Métropolis Cartoonist Toulon 2002 en images Influence du manga sur les BD du monde ISC, salon de l'Imaginaire Saint Valentin Forum des images 2001 Cartoonist Paris, Novembre 2001 Boilet Japan Expo Gloubiboulga Night Annecy 2001 Chambara Festival Cartoonist Toulon 2001 AnimeLand a 10 ans ! Rubriques Ce mois-ci ... Écho du magazine Revue de Presse Japon Comment ça marche ? Découverte Pour / Contre Cinéma d'Asie AnimeLand Sommaire Sur la banquise GoToon répond ! Sommaire des forums Tous les Quiz de Walo Consulter les petites annonces Accueil de la Galerie © 2001 AnimeLand.com, tous droits réservés. Reproduction interdite sans autorisation écrite.