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Le 01/08/2001 par Stephane FERRAND

Interview : Pierre Faviez

Interview de Pierre FAVIEZ

AnimeLand. : A l'époque de Génération Albator, il n'y avait aucune certitude que cela marcherait ? D'où est venue l'idée ?
Pierre Faviez : Lors d'une conférence de presse à Canal+ en 1997, j'ai été présenté par l'attachée de presse à Anne Marie MESSONNIER, conseillère des programmes jeunesses de France 3. Elle avait un projet depuis longtemps, et elle me dit : "Est ce que tu peux essayer de mettre au point une sorte de bible pour une émission que l'on appellera Nuit Manga et où on retrouverait des rendez-vous nostalgiques ?". Je me suis occupé de cela, et pendant un an c'est un projet qui a végété. Un jour, les enfants du responsable de l'antenne, PDG de France Télévision, lui disent qu'ils aimeraient voir des anciens dessins animés comme les Cités d'Or. Du coup, j'ai été rappelé par Anne-Marie MESSONNIER. C'était en 1998. Anne-Marie MESSONNIER a alors contacté Thierry BERTHIER pour qu'il soit producteur de l'émission. Il avait en charge de gérer l'argent mis à sa disposition par France 3, récupérer les programmes et mettre en place le concept graphique.



AL : D'emblée, vous avez choisi le nom de Génération Albator ?
P.F. : Au départ on voulait appeler cela Génération Goldorak. On n'a pas pu, le nom étant déposé par IDDH. Albator étant un nom déposé par les Japonais, ce qui est amusant car le nom japonais est Harlock, ça a posé moins de problèmes. Pour Goldorak, on voulait diffuser la série, mais pour des problèmes de droits on a du se rabattre sur le film avec un nouveau doublage et non tronçonné.



AL : Une des particularité de Génération Albator était son concept...
P.F. : Ce que l'on voulait, c'était remettre ces dessins animés dans un contexte nostalgique, en informant les gens. D'où la présence des fiches techniques pendant l'émission. Concrètement, dans Génération Albator, je me suis retrouvé documentaliste pour les fiches techniques écrites et parlées que l'on voyaient avant les séries. On a aussi intégré les voix off, on a eu la voix d'Actarus, la voix de Lady Oscar, d'Ulysse, pour présenter les dessins animés et les fiches, ça a beaucoup plu.



AL : Génération Albator a servi de révélateur pour tout un public nostalgique ?
P.F. : On savait qu'il y avait un fort potentiel, car on connaissait le milieu du manga, on s'attendait à ce que cela fonctionne bien, mais pas à ce niveau. Sur la même tranche horaire, on a battu toutes les chaînes, de surcroît un soir de fête, où les gens sont autrement occupés. On a eu le retour plus tard de ces gens qui ne s'y connaissaient pas en DA japonais, mais qui étaient des nostalgiques. Ce qui était intéressant dans Génération Albator, c'est que ce n'était pas considéré comme une émission jeunesse, mais une émission qui s'adressait aux grands adolescents et aux adultes. Le choix de l'horaire tardif témoignait de cela. On n'a pas voulu spécifiquement mettre en avant la japanime, cela s'est fait naturellement puisque c'était nos série d'enfance, même si à l'époque on ne savait pas que c'était japonais.



AL : Viser un public adulte n'a pas empêché des problèmes de censure ?
P.F. : Il y a un Génération Albator qui a été décomposé en deux émissions, en 1999. Il y avait un épisode de Queen Emeraldas, passé le soir, où il y avait un enfant qui se faisait frapper par un adulte, et France 3 a accepté la diffusion, mais uniquement pour le passage de nuit. Le lendemain, pour la rediffusion en journée, on a enlevé cet épisode et on a mis Capitaine Flam à la place. C'est la seule fois que l'on a eu deux émissions différentes. Les gens s'en moquent que ce soient des DA japonais, eux ce qu'ils veulent c'est ressentir ce côté nostalgique.



AL : Comment s'est déroulé le choix des titres ?
P.F. : On s'est dit : "Qu'est ce qui a marqué les esprits entre 70 et 80 ?" ; on a mis tout cela sur papier, et on s'est alors inquiété des droits. Sur Capitaine Flam ou Tom Sawyer, la chaîne avait les droits, donc c'était pratique. Pour le reste, on a démarché, c'était plus simple que prévu, sauf pour des série comme La Bataille des Planètes où on a pas retrouvé les droits, ou d'autres séries comme Les Mondes Engloutis que l'on a jugée trop lente. On a failli diffuser Ken le survivant. Cela n'a pas été possible, car, France3 trouvait cela trop sanglant, même pour une diffusion tard le soir. Ce qui était étrange, car précédemment, pour Rémi sans famille, ils nous avaient dit que c'était "trop gnangnan". Entre temps, une nouvelle équipe avait intégré la direction de la chaîne, et ils nous ont dit que Ken aurait été parfait.



AL : D'où vient ce genre de paradoxe ?
P.F. : On remarque depuis longtemps que dans le service public, les responsables jeunesse ne savent pas comment gérer la japanimation, il y a eu Kaz'manga sur la 2, géré n'importe comment et Génération Albator sur la 3 qui n'est pas exploité à son plein potentiel. A côté, les autres chaînes, elles, réagissent vite, Télétoon par exemple. Encore aujourd'hui, on n'est pas sûr qu'il y aura une nouvelle émission Génération Albator en 2001, et si c'est le cas, on sera prévenu 2 mois seulement à l'avance. Le problème est que les gens qui ont en main le pouvoir de décision ne sont pas du tout conscient du potentiel des séries de japanime, et encore moins du public.



AL : Vous n'avez jamais pensé à organiser une nuit dans l'esprit "Gloubiboulga Night" ?
P.F. : Dès 1998, on a été contacté pour faire des nuits manga au cinéma, une sorte de Gloubiboulga Night avant l'heure, mais cela n'a jamais abouti, car trop peu de personnes y croyaient, malgré les résultats d'audience favorable par rapport à l'émission télévisée. Gloubi, exploite parfaitement cela, et bien sûr, cela nous fait des regrets d'avoir été bloqué. La Gloubi, je ne l'ai pas vue, je le regrette bien, mais j'adore voir tout cela sur grand écran de façon événementielle, pourvu que ça dure.



AL : Ce courant nostalgie, c'est un effet de mode
? P.F. : Pour l'effet nostalgie, on voit bien qu'il y a un besoin de retour aux sources pour tout un public, devenu aujourd'hui de jeunes adultes. On a tous besoin de retrouver les émotions de notre enfance, en plus les dessins animés sont totalement intégrés à notre culture. On le voit aussi dans les maisons de production de DA, où beaucoup de jeunes, qui maintenant dessinent, ou sont intervalistes, balancent toutes leurs sensations, dans les crayonnés, et les codes graphiques issus de leur enfance.



AL : Votre série préférée ?
P.F. : Ma série préférée c'était Goldorak, notamment la diffusion de 1982, mais mon gros choc ça avait été Ulysse 31, j'étais fasciné par le graphisme novateur. Du coup cela m'avais motivé pour découvrir le mythe original : à l'époque, j'étais en 6ème, et notre professeur nous avait en plus poussé à regarder ce dessin animé.
 
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