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Le 01/09/2002 par Nicolas PENEDO
Présente en France pour la dernière édition de Japan Expo, AKIMOTO Nami est venue soutenir la publication de son manga Urukyu adapté en français par les éditions Végétal Manga. Soucieuse de faire connaître son titre à un nouveau public, elle a bien voulu répondre à quelques unes de nos questions.
AKIMOTO Nami à beau être discrète et polie à la fois, elle n'en n'est pas moins un auteur star du mensuel japonais Nakayoshi (
Card Captor Sakura,
Sailormoon,
Kaitou Saint Tail...), de celles qui font du magazine un grand succès de l'édition manga. Dès 1986, elle a su s'imposer avec son premier travail,
Loving You, classé par le magazine comme meilleure oeuvre de l'année. Elle va ensuite enchaîner les histoires, travaillant exclusivement pour le mensuel. De 1991 à 1994, elle publie
Miracle Girls, son plus gros succès, qui raconte l'histoire de deux soeurs jumelles possédant des pouvoirs psychiques. Le titre connaîtra ainsi une version animée et le manga sera traduit aux Etats-Unis ainsi qu'en Italie. Actuellement, elle réalise
Urukyu en cours de publication et dont le premier tome est disponible au moment où vous lirez ces lignes.
A Japan Expo, l'auteur a joué le jeu de la promo bien qu'on sente que cette partie de son travail la mette quelque peu mal à l'aise. Malgré tout, après s'être prêtée à une longue séance de dédicace, AKIMOTO Nami a accepté de nous recevoir et de parler d'elle et de son travail. Rencontre avec une mangaka consciencieuse.
Animeland : Vous travaillez exclusivement avec Nakayoshi, pourquoi ?
AKIMOTO Nami : Quand j'étais enfant, j'étais une grande lectrice de Nakayoshi et je ne ratais jamais un numéro. Les séries qui me faisaient rêver étaient
Garassu no kamen (
Laura ou la passion du théâtre) et
Candy. C'est d'ailleurs cette dernière qui a eu le plus d'influence sur moi. C'est donc naturellement que je me suis tourné vers Nakayoshi quand j'ai voulu faire mes débuts de mangaka.
A.L. : Quel est le style des manga qui paraissent dans Nakayoshi ?
A.N. : Le magazine s'adresse avant tout à un public d'écolières. Les séries publiées tournent autour de la vie de tous les jours des héroïnes auxquelles les lectrices peuvent s'identifier et mettent l'accent sur l'aspect romantique de leur vie. C'est d'ailleurs le propre du shojo que de privilégier les sentiments des personnages.
A.L. : Et quel est la spécificité d'Urukyu ?
A.N. : Dans
Urukyu, il est question de deux filles et de leur amitié. La série tourne beaucoup autour de leur vie sentimentale et des épisodes romantiques de leur vie. Mais, à la différence de la majorité des shojo, il s'agit d'une série longue. Cela joue sur l'histoire, car dans un shojo classique, la série se termine lorsque la fille a fait sa déclaration au garçon qu'elle aime et qu'ils sont ensemble. Ici, une fois les couples formés, la série s'intéresse à leur relation et aux problèmes qu'ils rencontrent. En ce sens,
Urukyu se rapproche d'un manga comme
Peach Girl.
A.L. : Le fait de travailler pour un titre comme Nakayoshi vous impose-t-il de respecter un certain cahier des charges ?
A.N. : Effectivement. Les lectrices de Nakayoshi sont très exigeantes quant à ce que je qualifierai de " saisie du réel ". C'est à dire qu'un titre du magazine se doit d'être continuellement en phase avec la mode : qu'il s'agisse du maquillage que les héroïnes utilisent ou des vêtements qu'elles portent, il faut sans cesse être à la page sous peine de recevoir des lettres de protestation (sourire). Les lectrices sont très attentives à cet aspect là. Nos manga doivent être le reflet de leur réalité.
A.L. : Et comment faites-vous justement pour " saisir ce réel " ?
A.N. : Il s'agit essentiellement d'un travail d'observation. Quand je vais dans un magasin ou un drugstore, j'observe le comportement des jeunes filles : ce qu'elles achètent comme maquillage, de quoi elles discutent entre elles, les livres qu'elles feuillettent... Il s'agit de voir comment elles vivent leur vie. C'est d'ailleurs perturbant pour moi de voir des filles si jeunes acheter du maquillage. Ca ne se faisait pas de mon temps !
A.L. : Mais, ce travail d'observation nécessite un certain temps libre. Or, on nous présente toujours les mangaka comme des gens débordés de travail...
A.N. : Oui, mais il faut bien avoir à l'esprit que je dois livrer un chapitre de 32 pages par mois, et non par semaine... Ensuite, je travaille avec des assistants.
A.L. : Justement, pouvez-vous nous décrire la façon dont s'organise votre travail ?
A.N. : Je discute tout le temps de mon histoire avec mon éditrice pour savoir quelle meilleur direction lui donner. Pour ce faire, je réalise un story-board que je fais évoluer en fonction de notre discussion et qui est finalisé vers la moitié du mois. Une fois ce story-board établi, je me mets à ma planche à dessin et je dessine mon chapitre en une semaine. C'est ensuite qu'interviennent mes assistants. Ils sont trois ou quatre, en fonction du travail à accomplir. Leur fonction est de finir mes planches en dessinant les bâtiments, les décors ou en posant les trames... . Ce travail leur prend entre trois et quatre jours.
A.L. : Puisque vous parlez de graphisme, on compare volontiers votre style à celui de TAKEUCHI Naoko (Sailormoon) ou de WATASE Yuu (Fushigi Yugi), qu'en pensez-vous ?
A.N. : (légèrement agacée) Ecoutez, il y a tellement de mangaka dont vous ne connaissez pas les oeuvres. Pourquoi cherchez-vous à établir des comparaisons uniquement avec les auteurs que vous connaissez... ? Mon travail n'a rien à voir avec le leur, même si je travail dans le même magazine que TAKEUCHI Naoko.
A.L. : Votre réaction est-elle la même lorsque l'on vous dit qu'il existe un style Nakayoshi ?
A.N. : (Pensive) Non. En fait, il semblerait bien que pour beaucoup de personnes, il existe effectivement un tel style... Mais pour nous autres qui y travaillons, c'est difficile à comprendre parce que nous n'avons pas conscience de nous fondre dans un même moule. Mais, c'est quelque chose qui se dit beaucoup, alors... .
A.L. : Pour finir, que ressentez-vous à voir Urukyu traduit en langue française ?
A.N. : Une grande joie ! Pour ce manga, il n'existe pas de version animée comme pour
Miracle Girl et j'ai donc été surprise qu'un éditeur fasse le pari sur ce titre. En plus, mon bonheur est double car durant ma scolarité, j'ai étudié le français que je pratique un peu. Je voyage régulièrement en France et j'ai de nombreux amis ici. Ces derniers, ainsi que leurs enfants, me réclamaient une version française de mon travail pour pouvoir me lire. Aujourd'hui c'est chose fête. D'ailleurs, lire
Urukyu en Français sera un excellent exercice !
Remerciements à Alex BODECOT des éditions Végétal Manga pour sa disponibilité et sa gentillesse.