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Le 01/03/2003 par Stephane FERRAND

Angoulème, 30è édition

Il y a un an de cela nous publiions un article sur le 29e salon international de la bande dessinée d’Angoulême. A cette occasion, nous avions exprimé notre profonde déception que l’aspect international ne soit pas véritablement travaillé. C’est donc du 21 au 26 janvier 2003 que le 30e opus s’est déroulé, et nous n’aurons qu’une chose à dire : mea Culpa et Bravo !

C'est un réveil, pour ne pas dire un renouveau, si ce n'est une renaissance. La programmation de l'édition 2003 fut ainsi unique dans l'histoire du festival, et l'on pouvait enfin se faire une idée plus mondiale de l'état de ce média unique en son genre qu'est la bande dessinée. Italie, Belgique, USA, Grande Bretagne, Vietnam, Corée, Japon, Côte d'Ivoire... des conférences internationales, des expositions, des rencontres, des dédicaces... il y en avait donc pour tous les goûts, pour tous les continents (ou presque) et pour tous les âges.
Le festival d'Angoulême, c'est donc le rendez-vous international du 9e Art depuis 1973. La ville entière se met aux couleurs de la BD : les artistes et les éditeurs du monde entier se rencontrent. Le Centre National de la Bande Dessinée et de l'Image, le Centre Culturel, les Musées, le Théâtre, la Cathédrale, les banques et les commerces présentent des expositions, des spectacles et des animations. Et sous les 6 000 m2 des « Bulles », le public retrouve ses albums et ses auteurs préférés pour d'interminables séances de dédicaces. Nous ne résistons pas à l'envie de lancer ici un gros clin d'oeil à l'association Nekomix, qui, en lieu et place des habituelles conférences du studio Tsuki, Bulle New-York, proposait de participer à un grand concours de dessin manga.



Sympathique et agréable, le festival s'est déroulé sans heurt, sous un soleil radieux, ce qui n'a pas manqué de séduire les habitués de la manifestation. La question était néanmoins de savoir si le public allait souscrire à la présentation de ces autres nations de la BD qu'il ne connaît pas. La fréquentation en hausse a rassuré tout le monde, le public s'est révélé curieux et demandeur d'explications, attentif voire avide de découvertes.
Et en l'occurrence, l'exposition de BD coréenne n'était pas le moindre des défis. Une BD dont seul un auteur, HYUN Se Lee, fut adapté en Français (Angel Dick et Harmaggedon chez Kana), totalement inconnue donc, appartenant à un pays lointain et mal connu, si ce n'est par une actualité peu reluisante et ne concernant que la moitié Nord du pays. On pouvait en effet entendre quelques badauds lâcher un dubitatif « Mais ça existe vraiment, la BD coréenne ? » ou même « Meuh non, c'est du manga japonais, sauf que c'est traduit en coréen ! » dans la file d'attente qui menait à l'exposition. Seulement, une fois au coeur de cette dernière, les yeux s'ouvrirent aussi vite que les esprits. Tous ont ainsi découvert une BD originale, vive, foisonnante, aux thèmes inspirés, aux graphismes multiples, tantôt drôle, triste, engagée ou distractive, compréhensible par tous, et pourtant si typiquement coréenne. L'exposition n'a ainsi pas désempli pendant 4 jours et nous n'avons pas résisté au plaisir de lui consacrer un dossier complet.



Le Grand Prix a été attribué cette année à Régis LOISEL, ce qui n'est pas immérité, même si l'on aurait pour le coup espéré un grand prix étranger. (François SCHUITEN s'était d'ailleurs épanché à ce sujet auprès de nous l'année dernière, alors qu'il recevait lui-même cet honneur). Peut-être l'année prochaine... Mais ne faisons pas la fine bouche, l'évolution de cette année étant déjà une marque non négligeable d'ouverture.
D'autant qu'en matière de prix, c'était un peu la fête de TANIGUCHI Jirô. Rappelons que cet excellent auteur de manga fut primé l'année dernière déjà, en remportant le prix oecuménique pour Le journal de mon père (Casterman, 3 vol.). 2003 le consacre donc, en sa présence, avec un doublé très honorable, puisque Quartier Lointain (Casterman, en cours de parution) remporte le distingué Prix Alphart du meilleur scénario, ainsi que le prix des Libraires spécialisés BD (Prix Canal BD) ; ce qui est une reconnaissance, tant d'un point de vue professionnel que public. Ombre au tableau, ce prix a valu à TANIGUCHI un article dans la Charente Libre (25/01/2003), désespérant de stupidité et égrainant joyeusement une ribambelle de lieux communs et autres inepties. Côté récompenses, on relèvera également l'Alph'Art du dessin remis à Olivier SUPIOT, jeune auteur de grand talent (Le Dérisoire, avec OMOND chez Glénat).



L 'édition de cette année fut marquée par l'inauguration de la rue HERGE (ex rue Marengo) et du buste de l'auteur. Une inauguration qui se fit en grande pompe, puisque le Prince Philippe de Belgique et son épouse la Princesse Mathilde, accompagnés de Jean Jacques AILLAGON (notre ministre de la culture), étaient présents. Tant de têtes couronnées n'empêchèrent pas, le soir même, quelques taggers plaisantins de redécorer la statue d'HERGE à leur goût.
De nombreuses expositions furent également l'occasion de se pencher à nouveau sur l'univers inimitable de REISER, ou de plonger dans le délire créatif et décalé de l'exposition Ferraille. L'exposition SCHUITEN, sise au théâtre d'Angoulême, connut quelques déboires de pannes d'électricité, exposition où l'on se perdait entre les vrais murs et ceux en trompe-l'oeil, entre les éléments de dessins purs et les technologies multimédias.
Saluons enfin la grande nouveauté de cette année, soit l'inauguration des 1è Rencontres Internationales inter-auteurs. Ces rencontres, initiées par François SCHUITEN, ne remportèrent de succès que par l'entremise d'un travail d'équipe rigoureux. Un grand bravo donc aux hommes de l'ombre, Thierry GROENSTEEN et Catherine MOREAU en tête, avec le soutien de Julie REHAUME, ainsi qu'à l'équipe des 6 animateurs de ces conférences. On a pu entendre donc Art SPIEGELMAN, Todd Mc FARLANE, Neil GAIMAN, OTOMO Katsuhiro, TANIGUCHI Jirô, Jose MUNOZ, et bien d'autres encore.



Les Musées Imaginaires de la BD étaient également l'un des rendez-vous incontournables de cette 30e édition du festival. Le principe est d'aborder la découverte de la BD par le petit bout de la lorgnette, dans une revue de détail des auteurs et de leurs techniques, de leurs personnages comme du background de leurs univers. Une mise en scène de la BD en 6 étapes. Un Musée d'Histoire de la BD tout d'abord, s'étalant de 1830 à1960, un Muséum d'Histoire Naturelle, présentant ici le bestiaire des animaux ou créatures de la BD, un Musée des Beaux Arts ensuite, affichant en quelques dizaines de planches la variété des styles de la BD. Puis un Musée d'Ethnographie ou l'on retrouve un panel des plus grands maîtres de ce média, et un Musée des sciences et techniques pour explorer toutes les techniques liées à la création BD. Le Musée des Arts contemporains, enfin, est consacré à un seul auteur, cette année Nicolas de CRECY.



Quelques polémiques ont comme d'habitude animé mollement le festival. La principale critique porte toujours sur le prix des entrées (9.15 Euros l'entrée 1 jour, quasiment le prix d'un album) malgré l'initiative, pour la 30è édition, d'offrir le passeport aux festivaliers fêtant leur 30è anniversaire en 2003. On grogna aussi contre l'espace itinérant Magic Mirror, bar et lieu convivial accueillant les festivaliers de 11h à 4h du matin, et mis à l'index par les tenanciers de saloons du coin, estimant que cela rognait trop leur chiffre d'affaire. Une demande a donc été déposée à la mairie pour que ce lieu n'accueille que des rencontres officielles. Enfin, notons cette initiative quasiment passée inaperçue d'un collectif d'éditeurs (Casterman, Dargaud, Lombard, Glénat et Delcourt) s'exprimant sur le prix du livre en Belgique, qu'ils verraient bien réglementé comme en France (où la BD comme tout livre est soumise à la Loi LANG du prix de vente unique). En France, la Loi permet néanmoins à l'exploitant d'effectuer une variation de plus ou moins 5% du prix, variation que ce collectif verrait bien établie à plus ou moins 10 % en Belgique. A suivre...



Terminons par la petite phrase, qui est, encore et toujours, à mettre au crédit de Jean Marc THEVENET, directeur du festival, qui, à propos des prix Alph'Art a annoncé une prochaine modification, le nom ne satisfaisant pas les objectifs de communication du festival. Pourtant, on nous avait dit que Tintin c'était vendeur ? Les voies du marketing sont décidément aussi impénétrables que pénétrantes.



On aurait donc mauvaise grâce de se plaindre de ce festival 2003. Le public s'est vu proposer activités, expositions, rencontres, conférences et autres réjouissances en très grand nombre. Et pour dire vrai, il était difficile de tout voir en 4 jours. L'effort fourni par le festival est conséquent, il fut réalisé dans la douleur mais l'Essai fut tout de même transformé. Reste une difficile mutation à effectuer pour continuer dans cette voie l'année prochaine. Se tourner vers des auteurs manga peut être moins connus, mais incontournables et explorer plus avant les territoires inconnus (mais pas si sauvages) de la BD.
 
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