Articles | animeLe 01/12/2001 par Julien BASTIDESamedi 15 et Dimanche 16
Les projections
Conan, le fils du futur (de MIYAZAKI Hayao, 1978, 3 x 26 mn)
Dans le cadre de l'hommage que le festival des Nouvelles Images du Japon consacre à OTSUKA Yasuo, 3 épisodes de la série réalisée en 1978 par MIYAZAKI Hayao,
Conan le fils du futur, ont été projetés. OTSUKA Yasuo en avait assuré la direction de l'animation, d'excellente qualité pour l'époque. Les 3 épisodes projetés étaient les n°23, 24 et 25, sur une série de 26 épisodes, ce qui a désarçonné une partie des spectateurs, qui ne connaissait pas le début de la série et qui était, pour le coup, privée de la fin. Néanmoins, ce choix était justifié par la qualité de l'animation de ces épisodes, qui mettent en scènes des poursuites en plein ciel et la destruction d'Industria, la cité monumentale bâtie sur les flots.
Pour ceux qui ne connaissent pas l'histoire (la série est disponible en VHS et DVD chez IDP), cette série raconte les aventures d'un jeune garçon à la force prodigieuse, Conan, et de Lana, à travers un monde envahi par les mers. Conan est célèbre pour être une sorte de " work in progress " de MIYAZAKI, à travers lequel on peut apercevoir plusieurs thèmes, motifs visuels, situations que l'on retrouvera dans ses oeuvres futures.
En fin de séance, OTSUKA Yasuo est venu répondre aux questions des spectateurs. Il a expliqué que la production de la série employait moins de 40 animateurs et qu'il fallait à cette équipe 3 semaines pour réaliser un épisode. Pour les derniers, les plus impressionnants, il leur a fallu 7000 cellulos par épisode, ce que la production jugeait trop important. Une des grandes difficultés fut d'animer l'eau et OTSUKA a avoué que ces épisodes lui étaient difficiles à revoir, tant les défauts lui apparaissaient aujourd'hui. Une des innovation de l'équipe de réalisation fut néanmoins d'arriver à animer les mouvements lents (avions, nuages...) par glissement de cellulo. OTSUKA Yasuo a aussi répondu à plusieurs questions sur ses relations avec MIYAZAKI Hayao. Il a ainsi expliqué qu'un des sujets de dispute entre eux était les personnages féminins forts, très positifs de MIYAZAKI. Cela obligeait à inventer des personnages masculins encore plus forts (ici Conan par rapport à Lana), qui s'apparentent à des super-héros. MIYAZAKI lui laissait une grande liberté concernant l'animation de certains personnages, dont certains inspirés de son côté gaffeur, comme Gimpsy ou le Commandant du bateau. Son travail consistait également à superviser tous les plans de la série, afin d'uniformiser les dessins des personnages. Interrogé sur le travail en images de synthèse, OTSUKA Yasuo a insisté sur la différence qu'il y avait entre la technologie et la compétence, et a expliqué que le dessin à la main, marqué par la sensibilité de son auteur, créait sans doute des imperfections, mais donnait une " chaleur " inaltérable.
Nausicaä de la Vallée du vent (de MIYAZAKI Hayao, 1984, 116 min)
Raz de marée, samedi soir à l'auditorium du Forum des Images, pour la première séance en France d'un " monument ",
Nausicaä de la Vallée du vent, sur grand écran et en version sous-titrée française. Jean-Christophe PERRIER, journaliste spécialisé dans le cinéma d'animation a retracé la genèse du film (après avoir demandé, gentiment mais fermement, à des passionnés, qui commençaient à l'interrompre dès les premiers mots, de
" se tenir un peu tranquilles "). Après
Le Château de Cagliostro, son premier long métrage, MIYAZAKI Hayao ne trouva personne pour produire ses projets personnels (dont, déjà, une version de
Princesse Mononoké). Il commença alors à dessiner le manga de Nausicaä dans le magazine Animage. L'éditeur du magazine, Tokuma, lui proposa d'en réaliser l'adaptation animée. Ilan NGUYEN, programmateur du festival, a lui pointé les imperfections techniques du film,
" porteuses de sens ", et abordé rapidement le rapport compliqué entre le film et le manga et ses analogies avec
Princesse Mononoké.
Puis c'est dans un silence quasi-religieux que nous avons pu apprécier, pour beaucoup pour la première fois, ce film emblématique. Pour dire vite, l'histoire se limite globalement aux deux premiers tomes de l'édition française du manga. Mais les différences sont telles entre les deux oeuvres (dès la première scène passée, le film commence à diverger doucement), qu'on peut les appréhender comme deux versions différentes d'une même histoire, entretenant un rapport complexe.
Dans un monde revenu à une ère moyenâgeuse après un cataclysme, où survit une technologie plus avancée, seul résidu de l'ancien monde, Nausicaä, est la jeune princesse de la Vallée du vent. Ce petit royaume vit en paix à la lisière de la Mer de décomposition, une immense forêt toxique où vivent des insectes extrêmement dangereux. La jeune fille arrivera-t-elle à surmonter les luttes de pouvoirs entre royaumes voisins pour réconcilier l'homme avec la nature ?
Le film date de 1984 et est un des jalons essentiels de l'histoire du cinéma d'animation nippon. Suite à son succès, MIYAZAKI et TAKAHATA (producteur du film) purent créer leur propre studio, Ghibli. Techniquement, le film a très bien vieilli, même si on peut repérer çà et là des imperfections et deviner que l'équipe de réalisation a géré au plus juste son budget. De fait, on sent dans certaines scènes une économie de moyen (personnages statiques dans les scènes de dialogues, peu des personnages animés dans le même plan, etc...), qui permet par ailleurs de véritables tours de force. Le film abonde en morceaux de bravoure, notamment dans les scènes de vol, mais aussi certains moments d'animation pure, comme la décomposition du Soldat géant. La musique de HISAISHI Joe (déjà !) contient de très joli thèmes, même si certains, produits au synthétiseur (années 80 oblige...) ont un peu vieilli. La direction de l'animation et le character design sont signés du regretté KOMATSUBARA Kazuo (
Tiger Mask,
Goldorak,
Albator), dont on reconnaît par moments le style.
Le seul point noir concerne la structure de l'histoire : on cerne mal les différentes partis en présence, leurs motivations. Par ailleurs la structure narrative complexe oblige à certaines facilités, dont l'apparition et la disparition parfois artificielle de certains personnages au gré des événements.
Mais ne boudons surtout pas notre plaisir !!
Nausicaä n'est certes pas un film parfait, mais son imperfection même le rend émouvant. Il contient au moins une demi-douzaine de moments extrêmement marquants, dont les 20 dernières minutes ou ce flashback récurrent de l'enfance de
Nausicaä, bouleversant et réalisé de main de maître. Au final, il reste ces superbes images et la douce mélodie chantée par une voix d'enfant, la petite chanson de Nausicaä qui continue de nous trotter dans la tête...
Junkers, come here (de SATO Jun.ichi, 1995, 100 mn)
Ce long métrage réalisé par le studio Triangle Staff est l'un des films complètement inédits de cette nouvelle édition des Nouvelles Images du Japon. Or, autant certains films sont précédés de leur réputation, autant ce
Junkers come here est inconnu au bataillon, et le plaisir de le découvrir n'en est que plus grand.
Car il s'agit bien d'une petite perle ! Le character design et la direction de l'animation sont assurés par le défunt KOMATSUBARA Kazuo (qui exerçait les mêmes fonctions sur
Nausicaä, entre autres) et des animateurs de tout premier plan ont participé à la réalisation de ce film.
Junkers come here nous fait partager quelques mois dans la vie d'un fillette solitaire de 12 ans, Hiromi, qui possède un chien doué de la parole ! Ce curieux animal, dont elle est la seule à connaître le don, lui confie un soir qu'il a aussi le pouvoir d'exercer 3 de ses voeux...
Raconté comme cela, le film pourrait sembler être une agréable fable destinée à la jeunesse. Mais son intérêt ne s'arrête pas là.
Hiromi est confrontée à deux épreuves : son premier amour et le divorce probable de ses parents. Ces deux enjeux sont traités avec une finesse exemplaire et, passée la surprise de voir son chien parler, on s'attache à la jeune héroïne. Le film brosse le portrait d'une fillette d'aujourd'hui, toute de vie et de fantaisie mais aussi de gravité cachée, et aborde le difficile passage à l'adolescence.
Les décors aux tons pastels sont extrêmement soignés et l'animation des personnages mérite toutes les louanges.
Le character design et le soin apporté aux gestes quotidiens rappellent certains films Ghibli. Le merveilleux apparaît par petites touches, en s'intégrant harmonieusement à la reconstitution minutieuse et touchante du quotidien de Hiromi, avec ses rêves, ses espoirs, ses déceptions. Rarement un film aura montré avec autant de justesse la magie et les fantasmes de l'enfance, qui se dissiperont dans le passage à l'adolescence, en laissant toutefois une trace infime mais tenace...
Kare Kano (ANNO Hideaki, 1998, 2 x 26 mn)
Quand le réalisateur d'
Evangelion s'attaque à une bluette lycéenne, le résultat sort des sentiers battus... Nous avons pu voir aujourd'hui, en ouverture du cycle " actualité de la vidéo " proposé par le festival, les deux premiers épisodes de cette série (qui en compte 26). Yukino est la star de son lycée. Douce, serviable, jolie et bonne élève, elle ne suscite qu'envie et admiration. En réalité, elle est égoïste et vaniteuse et ne joue ce rôle que pour jouir de la considération de ses camarades. Cependant, une autre étoile lui fait de l'ombre. Sôichirô est beau, aimable, aussi fort en sport que dans les études. Yukino va tout faire pour regagner l'attention de tous, mais le beau Sôichirô, qui semble si sincère et s'intéresse de très près à elle, a-t-il lui aussi des choses à cacher ?
Sur le fond, pour ce que nous avons vu, rien de bien neuf : la comédie des amours lycéennes, dans la plus pure tradition du genre, se joue sous nos yeux, dans l'alternance de scènes romantiques et d'intermèdes burlesques. Encore que, la suite pourrait bien nous réserver des surprises... Sur la forme ? Les personnages hystériques dont le physique se transforme au gré des humeurs sont bien là. Et pourtant... la série, menée tambour battant, est souvent hilarante (la salle a retenti des rires du public du début à la fin) et sa narration pour le moins particulière. Jamais le concept d'animation limitée n'aura été poussé aussi loin : les plans sont souvent fixes et les personnages ne bougent que rarement.
Par contre l'écran est surchargé de cartouches contenant des précisions et des commentaires (en italien (!) pour l'occasion, Dynamic Visions, l'éditeur, n'ayant pas eu le temps de les traduire) et tous les procédés possibles et imaginables (le réalisateur va même jusqu'à filmer des pages du manga dont la série est tirée, pour figurer un flashback ! !) sont utilisés pour donner du rythme et faire avancer le récit. Un roman-photo animé jubilatoire.
Boogiepop Phantom (WATANABE Takashi, 2001, 2 x 26 min)
Là encore, c'est le début d'une série fort prometteuse qui nous a été donné de voir. Réalisée très récemment par les studios JC Staff et Madhouse,
Boogiepop Phantom compte 12 épisodes au total.
L'histoire, pour ce que nous en avons vu, n'est pas résumable. Chaque épisode épouse le point de vue d'un personnage différent, et tous, semble-t-il, seront reliés les uns aux autres au fil de la série. Dans le premier épisode, Moto, une lycéenne introvertie se lance à la recherche de Saotome, un lycéen dont elle est amoureuse et qui a disparu. Elle croisera la route de Boogiepop, " Dieu de la mort " transformé en mythe urbain, et d'étranges créatures qui se repaissent des âmes fragiles. Dans le second, Hisashi, un autre lycéen, que l'on a aperçu dans le premier épisode, reçoit le pouvoir de discerner les araignées sur le coeur des hommes (!). Il croisera la route, non pas d'un, mais de deux Boogiepop, avant de disparaître à son tour.
Le design des personnages, le montage, l'ambiance sonore et la manière dont le fantastique s'introduit dans le quotidien de manière inquiétante, rappellent immédiatement
Serial experiment Lain. Ambiance pesante, personnages apathique ou torturés,
Boogiepop Phantom distille le malaise pour mieux brouiller les pistes. La série repose sur les " légendes urbaines ", ces histoires que l'on raconte pour se faire peur dans les cours de lycées.
Et si c'était vrai ?