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Le 01/05/2003 par Matthieu PINON

Structura Maxima

Publié le 18 avril 2003, Structura Maxima est le premier roman d'Olivier PAQUET. Fan de japanimation depuis longtemps, celui-ci a glissé de nombreuses références à sa passion (une prêtresse nommée Noshikaa, l'apparition d'un train appelé Structura Express 999, …) tout en concevant une œuvre forte, dense et réussie, dont on se dit, en refermant le livre, qu'elle ferait un excellent dessin animé. Entretien avec un auteur à suivre.

AnimeLand : Entre ta passion pour la science-fiction et celle pour l'animation, laquelle t'est venue en premier ?
Olivier PAQUET :
C'est assez difficile à dire. Je pense que l'animation est venue en premier car j'ai connu Albator 78 à la télé, Goldorak et toutes les séries qui passaient à cette époque, bien avant de savoir lire. Par contre, une fois que j'ai pu lire BRADBURY, SILVERBERG, MOORCOCK, ZELAZNY, c'est devenu une grande passion, jusqu'au début de mes études.
Puis, tout d'un coup, est arrivé Akira. J'ai presque simultanément délaissé la science-fiction (et je me suis mis à lire beaucoup de littérature générale, les classiques et la littérature étrangère.) au moment où, à Grenoble, la librairie Glénat importait les premiers mangas VO (j'ai acheté l'artbook du premier film de Silent Möbius, à cette époque).



AL : Et cette passion a-t-elle eu une influence sur tes idées ?
O.P. :
Bizarrement, non. Quand Akira est arrivé, j'ai été surpris par les thèmes, le rythme, mais pour quelqu'un qui a une culture en science-fiction assez importante, l'influence sur les idées n'est pas décisive. En revanche, sur l'écriture, l'apport est gigantesque. Les premières fois où je me suis mis à écrire à un niveau amateur, c'était à l'époque de Saint Seiya sur TF1, et quand je relis, je m'aperçois que ça influait les aspects dramatiques, même si c'était léger. Désormais, l'impact est plus important. En conjonction avec la littérature japonaise (KAWABATA, SOSEKI et autres), les manga et les anime m'ont apporté une manière de considérer le monde que l'on décrit, de le faire de manière précise, sans métaphore, d'apprécier les détails. Sur le strict plan de l'écriture, ce qu'apprennent les anime, ce sont les changements de rythme, les contrastes, le maniement des ellipses, tout un ensemble de techniques qui demandent du temps pour être acquises. Ce qui continue de me fasciner dans l'animation, par rapport aux séries de science-fiction américaine, c'est leur capacité à mener une histoire sur 10, 20, 50 épisodes, voire plus d'une centaine quand il s'agit des Héros de la Galaxie. Pour faire ça, il faut mettre beaucoup de choses dans le monde et les personnages, savoir prévoir.



AL : Et en ce qui concerne Structura Maxima plus précisément ?
O.P. :
Concernant le roman Structura Maxima, le lien est plus précis. Vers la fin des années 90, j'ai pu regarder le film d'OTOMO Memories, et j'ai gardé un souvenir précis du troisième sketch Cannon Fodder. Dans cette histoire, on raconte la vie d'un gamin dans une ville obsédée par les canons, où l'on pense canon du matin au soir et dont l'activité principale et unique est de tirer des coups de canon vers un but que presque tous ignorent. Le traitement graphique, l'ambiance industrielle, tout cela m'a directement inspiré. Toute la première partie du roman est liée à ça, Une journée dans la structure. J'ai gardé les éléments qui m'intéressaient (la domination de la technologie, l'extérieur dont on ne sait rien) mais j'ai retransformé ça. Après, le travail de romancier de science-fiction, c'est de donner de la cohérence à toutes ces "trouvailles".
L'autre influence de l'animation sur mes idées, c'est la musique. Les OST sont souvent très travaillées dans l'animation japonaises, elles ne sont pas redondantes avec l'image, elles donnent l'ambiance et parfois portent de l'émotion par le contrepoint qu'elles offrent par rapport aux images. Il m'arrive très fréquemment d'écouter des musiques (KANNO Yoko, KAJIURA Yuki, KUNIHIKO Ryo et d'autres) et de les laisser m'évoquer des images de science-fiction. Souvent le résultat est très éloigné de ce qui se passe dans les anime, mais ça n'a pas d'importance, ces musiques ont une valeur en elles-mêmes et me servent de support pour écrire et rythmer mon récit. Ca tient au fait que j'ai une écriture fluide, très musicale, et les rythmes des musiques japonaises ont une influence directe sur ma façon d'écrire.



AL : Quand tu as écrit certains passages (notamment l'alternance entre les duels Jehan/Luigi et Marquisa/Borelli à la fin), as tu réalisé que l'on était presque plus proche d'un "synopsis" de dessin animé que d'un roman ? Je ne parle pas de niveau d'écriture, mais on a des plans très brefs, avec des cuts stressants, des cliffhangers ...
O.P. :
Hmmm, oui, mais il y a une volonté cinématographique très nette : je voulais vraiment faire une scène de ciné.



AL : Plus qu'une scène de ciné, j'y ai vu une scène de dessin animé.
O.P. :
Peut-être, mais je crois que cette technique de coupe est très fréquente dans les manga, donc c'est normal. C'est vrai que c'est du montage rapide, mais le support est musical : j'ai suivi le rythme de la musique (l'OST d'Escaflowne), et il y a des coupures nettes. Si je tournais la scène, à la fin, on aurait des plans successifs très rapprochés, pour avoir une notion d'accélération. Je ne dirais pas que j'ai consciemment voulu faire une scène de dessin animé, mais ce n'était pas une scène de roman, c'est sûr. Certains processus sont inconscients, tu sais. Dans la scène après l'attaque du poste de garde, quand Marquisa lèche son propre sang, c'est vraiment une scène de dessin animé et conçue comme telle, même si ça ne se rapporte pas à une scène précise.



AL : C'est un "cliché" qui réapparaît fréquemment dans les dessins animés (ou les films d'action hong-kongais)
O.P. :
Oui, je me suis amusé à le reproduire. De même, la scène avec les hélicoptères est presque exactement une reproduction de la scène d'attaque des labors dans Patlabor 2, jusque dans les détails : les hélicos attaquent les centres de communication et déchiquètent les robots. L'hélico est même en stationnaire. Et surtout, c'est cohérent avec la signification de la scène, c'est une volonté de déstabilisation. Ce n'est pas comme si j'avais tout écrit en me basant sur un anime ou un manga, mais pour faire cette scène, j'ai pris ce qui m'intéressait.



AL : Peux-tu justement citer quelques-uns de tes dessins animés de référence ?
O.P. :
Ce que fait OTOMO (Akira, Memories). MATSUMOTO, parce que j'ai toujours préféré Albator à Goldorak, MIYAZAKI, évidemment. Après, c'est plus divers, j'aime bien OSHII, Ghost in the Shell, pour l'univers graphique, le sens de la lenteur et de la contemplation...



AL : Quels ont été les échos de la part de ton éditeur face à ton style littéraire "influencé" par la mise en scène des anime japonais ?
O.P. :
En fait, tout s'est bien passé dans la mesure où mon éditeur s'est concentré sur l'univers et moins sur les origines. On ne me demande pas d'où je viens, ni mes influences : le résultat est le plus important. Depuis plus de dix ans, mon directeur littéraire Jacques CHAMBON (Note : Il vient de décéder le 16 avril dernier.), ne publiait plus de premiers romans francophones. Il désirait trouver des manuscrits où l'on trouvait un univers particulier et je crois sans me tromper que ce qui a emporté la décision de m'éditer, c'était l'existence d'un tel univers. Après, que cela vienne de l'animation ou d'autre chose, peu importe. C'est pourquoi écrire sous l'influence de l'animation est un atout, mais pas suffisant. Cela ne remplace pas l'imagination personnelle, les idées, les images et tout ce qui est l'apanage de l'auteur. En revanche, cet atout permet de sortir du tout venant, de la production majoritaire ; et par rapport à d'autres auteurs débutants, j'ai eu un parcours plus rapide.



AL : La science-fiction est communément admise par les animefans. Mais qu'en est-il de la japanimation pour les fans de science-fiction ?
O.P. :
C'est un peu délicat dans la mesure où il existe plusieurs générations de fans de science-fiction et plusieurs catégories. Si je parle avec le dessinateur CAZA, il est très enthousiaste quand je parle de l'animation japonaise, ça ne pose pas trop de problèmes. Par contre, si les comics ou les jeux de rôles sont assez bien acceptés, la japanime et les manga sont victimes soit d'un rejet, soit d'une indifférence polie. Certes, on reconnaît que ça existe, mais on estime que ça n'a rien à apporter à la science-fiction littéraire. Beaucoup de fans ont découvert OSHII Mamoru avec Avalon sans savoir que c'était l'auteur de Ghost in the Shell, ni même des films Patlabor (qui sont inconnus de la plupart des fans de science-fiction). Grosso modo, les fans de science-fiction connaissent les films passés en salle, mais ne cherchent pas plus loin.
Il existe un grand manque de curiosité lié en partie au fait que la science-fiction japonaise est considérée comme une imitation de la science-fiction américaine (ce qui n'est pas faux). Il est déjà difficile d'écrire une science-fiction francophone... Je sens que peu de fans acceptent l'idée que si Miyazaki ou d'autres réalisateurs et dessinateurs ont du succès en France, c'est aussi parce qu'ils ont une manière de parler du monde et de nous qui rencontre un écho.
Enfin, le dernier obstacle est un effet de génération. Je fais partie des plus jeunes auteurs, et je suis l'un des seuls à être vraiment fan d'anime et de manga (c'est-à-dire à connaître plus que le marché de la vidéo en France et les films en salle). Pour les gens plus âgés, il y a aussi un problème pour lire les manga, parce que, surtout si les planches sont en sens japonais, cela demande une gymnastique particulière et un apprentissage que tous ne désirent pas faire. Les techniques de narration à base d'ellipse, les ruptures, tout cela demande des efforts pour qui n'y est pas habitué. Par conséquent, pour que l'image de l'animation japonaise s'améliore dans le milieu science-fiction, il faut que des animefans arrivent et renouvèlent le fandom science-fiction. Ca commence, mais ça demeure marginal.



AL : Trouvera-t-on encore autant de références dans ton prochain livre, Projet Gaïa ?
O.P. :
Je n'ai pas envie de me coller l'image de l'auteur " manga ". Mon premier roman est une manière pour moi de dire d'où je viens, qui je suis. Les références manga/anime sont là pour dire que beaucoup des images, idées et influences sont issues de ce milieu, mais je ne crois pas qu'un roman doit être un jeu de piste perpétuel où le lecteur trouve les citations cachées. C'est le texte lui-même qui compte. Les influences, elles sont dans l'arrière-plan, dans l'écriture et c'est bien cela que je veux démontrer. Je ne pense pas, non plus, que les fans d'anime s'amuseraient longtemps à jouer à un tel jeu avec moi. Les anime sont une chose, les romans de SF en sont une autre et je tiens bien à séparer les deux. Cependant, le prochain roman reste dans un univers urbain et certaines descriptions sont très liées à des anime (parce que les Japonais adorent l'univers urbain). Dans les musiques que j'utilise, on peut trouver Witch Hunter Robin, Ghost in the Shell - Stand Alone Complex, du Boogiepop Phantom, du Noir. Les anime ne sont jamais loin.
 
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