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Le 01/10/2001 par Stephane FERRAND

Les katas d'Akata

Fondateur des boutiques et éditions Tonkam, agitateur de neurones reconnu, truculent trublion à l'énergie débordante, Dominique VéRET a créé et bâti les fondations du manga en France. Aujourd'hui que le manga est devenu un important marché dans tout l'hexagone, Dominique VéRET part de Tonkam et lance AKATA, dans une volonté d'initialiser une seconde époque du manga.

Encore une fois précurseur, découvreur, ce creuset d'énergie tente un nouveau Banco... qui pourrait préfigurer la prochaine décennie du genre. Nous l'avons prié de nous éclairer sur cette nouvelle renaissance du Phénix. Forcément, nous ne fûmes pas déçus du voyage...



AnimeLand : Début 2001, tu quittes Tonkam pour diverses raisons. Aujourd'hui que commence une nouvelle année universitaire, tu annonces la création d'Akata. Tu t'es offert sept mois de réflexion ? Quel est ton état d'esprit actuel ?
Dominique VéRET : J'ai pris le temps de me débarrasser d'un étatd'esprit d'entreprise qui n'était plus pour moi en phase avec l'évolution de l'histoire du manga en France. Tonkam n'était plus pour moi un agitateur du manga sensible aux nouvelles dynamiques et tendances du genre. Cet éditeur est maintenant une entreprise ordinaire du marché manga. Son originalité a été " mise à la porte ". Que l'aventure continue pour ceux qui s'occupent toujours de la société m'indiffère. Tout le monde doit gagner sa vie... Nous ne sommes pas partis en laissant des héritiers à " l'état d'esprit " que nous avions produit, Sylvie CHANG et moi, en créant Tonkam dans les années quatre vingt. Nous allons le faire passer dans Akata et l'actualiser avec Erwan LE VERGER et Sahé CIBOT.
Les mois de réflexion m'ont permis de m'enraciner de nouveau à la campagne et de retrouver les raisons fondamentales de mon intérêt pour mon métier. Je pense qu'envoyer de nouveaux messages à travers des traductions d'oeuvres japonaises appropriées en étant basé en province a de l'avenir. étant donné la situation du monde, retour à la nature et technologie de communication maîtrisées vont devenir des réalités culturelles et économiques rentables, enviées et copiées. De plus en plus de gens travaillant avec Internet s'installent en province et ici, dans le Limousin, les prix dans l'immobilier augmentent rapidement pour cette raison. La majorité des villages comptent beaucoup de maisons vides et il est facile d'investir dans les technologies non polluantes pour devenir autonome à ce niveau.
On continue ici nos activités dans le manga tout en fréquentant des amis très en avance dans des nouvelles directions de société. Des gens plus écologiques au quotidien que dans les grandes villes.
Nous vivons à l'écart d'un village dans un hameau d'une quinzaine de maisons. Nous sommes isolés et pourtant nous suivons tout ce qui peut se produire culturellement d'intéressant. Cela sans stress.
Akata, que nous avons pris le temps de créer avec Sahé CIBOT, Erwan LE VERGER, et Sylvie CHANG, bénéficie d'un bureau à Paris et d'un QG au milieu des prés et des bois. Dès 2002, on pourra accueillir ethéberger nos partenaires asiatiques. Commerciaux et artistes sont séduits par l'idée d'une approche plus naturelle de la France dans le cadre du travail et aussi pour mieux nous connaître. Nous avons dépassé l'unique notion de marché en restant professionnels et attentifs au monde.

A.L : Akata semble s'orienter d'emblée vers une toute autre destinée que Tonkam. Sauter le pas ne veut donc pas dire refaire la même chose ? Clairement, autour de quelles activités s'organise la raison sociale de Akata ?
D.V. : oe Akata, nous partageons tous un intérêt pour le manga, l'animation japonaise, le cinéma et les musiques japonaises. Nous ne nous limitons pas au Japon et d'autres pays d'Asie nous interpellent. Avec Tonkam, il n'a été possible que de s'investir dans le manga car les esprits n'étaient pas assez ouverts pour se lancer dans d'autres aventures. Avec Akata, nous nous proposons de faire éditer nos coups de coeurs dans les différents domaines en devenant prestataires de service pour différents éditeurs. Pour garantir le succès à nos partenaires, nous allons intervenir dans plusieurs manifestations pour valoriser leur partie Asie. Avec ces animations, nous pourrons mieux mettre en avant l'actualité japonaise en temps réel et soutenir des artistes dont nous favoriserons l'édition. Akata sera un mélange d'agitation culturelle et d'activités de direction de différentes collections de DVD, CD et mangas.
En plus de ce qui est déjà identifié en France, nous nous intéressons aux productions indépendantes japonaises. Le profil culturel futur est en gestation dans les petites structures. Les grandes entreprises sont maintenant prisonnières de titres qui expriment un besoin collectif d'autres manières de vivre. Elles ne peuvent considérer ces désirs que comme des produits fantasmatiques plus ou moins rentables. Avec les nouvelles technologies, nous sommes rentrés dans la période du possible de la réalisation de certains rêves à travers des petites structures. A quatre avec Internet, nous pouvons travailler dans le fun permanent et rayonner à travers plusieurs autres petites entreprises complices de notre état d'esprit. On va de plus pouvoir toucher un public plus large que celui acquis aux mangas et aux animations japonaises. Ce qui est le plus important car avec l'actualité, les cultures pop japonaises et l'engouement qu'elles provoquent vont prendre un autre sens.

A.L. : Akata est certes née de ton envie de changer, mais peut-on dire aussi qu'elle est née d'un manque actuel au niveau du marché du manga en France ? D.V. : Les manques actuels dans le manga et l'animation japonaise sont de la responsabilité de ceux qui les chroniquent. Les rédacteurs en chef et les journalistes sont otages d'un niveau de compréhension et d'analyse du phénomène de la part des fans. Cela a été cultivé trop longtemps pour des raisons de marketing alors que Dorothée c'est fini depuis quand déjà ? On ne peut pas tendre vers une diversité éditoriale beaucoup plus enrichissante pour la société avec un public de base composé d' " adultes " nostalgiques et consommateurs. Moins de mauvais " goods " et plus de bon goûts me semble nécessaire. Par les temps actuels, il vaut mieux avoir du caractère que d'être un consommateur. Ce ne sont pas les oeuvres de caractère qui manquent dans les catalogues au Japon.
Le milieu manga et japanimation français n'est pas représentatif de son équivalent japonais. Les jeunes japonais auxquels ils veulent ressembler s'intéressent à d'autres aspects de leur culture mais aussi à ce qui se passe ailleurs. C'est ce modèle là que nous voulons importer. Un modèle de jeunesse plus consciente du monde et mieux éduquée que ne le sont nos " otakus ".
J'espère qu'il ne faudra pas trop de bombes pour que les fans deviennent des vrais lecteurs. Mais c'est d'abord aux médias qui traitent du manga de changer de ton. Ils doivent soutenir, commenter, défendre les propos des artistes japonais quand ils sont universels avec plus d'affirmation. La presse manga doit refléter le réel à travers la présentation des oeuvres car les artistes japonais importants ne sont pas que des designers de gadgets. Ils rendent compte du monde à travers des fictions comme dans la littérature. Il y a de vraies idées dans le manga Les mangas sont arrivés en France à travers une génération qui a été gâtée jusque maintenant même si le chômage existe. Mais c'est fini... Je l'espère car ce sont des individualités intéressantes que l'on veut faire connaître avec notre travail. C'est pour un public mature qui cherche enfin à se cultiver en utilisant son cerveau que l'on cherche à le faire.

A.L. : Le premier défi d'Akata tourne autour de BDExpo. Quelles sont les annonces que tu voudrais faire sur cette édition? D.V. : C'est avec Tonkam que BD Expo est devenu un événement annuel de la culture manga. Cette année il n'y aura pas Tonkam et on ne travaille plus avec Tonkam. Akata est là pour travailler avec tous ceux qui ont des initiatives pour faire évoluer la connaissance des cultures pop asiatiques. Que cela soit des fanzines, des éditeurs, des boutiques ou des entreprises japonaises, nous ne sommes concurents de personne et ouverts à tous. On peut donc travailler avec beaucoup de personnes différentes. Que ceux que cela intéressent de participer à nos prochains salons n'hésitent pas à nous contacter à BD Expo s'ils veulent y être présents comme acteurs.
À BD Expo, nous allons reprendre contact avec le public. On va présenter nos découvertes du moment mais pas trop pour l'instant. Je pense que ce BD Expo va être une retrouvaille dans une ambiance cosplay détendue. Les fans pertinents ne ratent pas BD Expo car cette manifestation valorise toutes les BD maintenant, les autres vont être tentés de faire des économies pour acheter des " goods " le mois suivant. Nous travaillons à une meilleure organisation du week-end en préparation d'une réponse ultra fun en 2002 aux conventions classiques.
Nous nous sommes repositionnés tardivement avec l'organisateur Claude PETIT car il a eu des difficultés pour obtenir la salle dans les meilleures conditions pendant que nous on peaufinait notre projet Akata avec des sociétés japonaises. A quelques semaines de cette fête, les plus de BD Expo 2001 sont en cours de préparation en équipe avec d'autres intervenants. BD Expo a toujours innové, il n'y a pas de raisons que cela ne continue pas. Et la musique sera très présente à BD Expo pour le confirmer et en Live. Des groupes vont jouer les deux jours de la musique japonaise. On dévoilera le nom de l'invité japonais plus tard. Pourquoi tout raconter à l'avance ?

A.L. : Autre moment et non des moindres, Angoulême 2002 sera sous votre coupe quant à l'organisation d'une exposition tournant autour de TEZUKA Osamu. Quels sont les événements prévus ? D.V. : Angoulême n'est pas sous notre coupe. Jean Marc THEVENET et Catherine MOREAU du Festival nous ont renouvelé leur confiance dès février 2001 pour janvier 2002. Tout le monde dit qu'Angoulême ne s'intéresse pas aux mangas. Il serait plus juste de réaliser que maintenant, Angoulême tient aux mangas. Le milieu franco-belge a mis du temps à comprendre cette vague car il fallait que le temps fasse son travail. Maintenant que cette réalité éditoriale est digérée par tous les professionnels de la BD, le Festival d'Angoulême a une puissance médiatique pour la reconnaissance du manga incomparable. Le Spécial Japon d'Angoulême 2001 a redistribué les cartes même si peu de gens l'ont compris. De plus c'est avec un festival comme Angoulême que l'on pourra augmenter la richesse éditoriale du manga. Le public de la BD française, en le familiarisant avec les graphismes japonais et en lui faisant abandonner ses préjugés par des expositions bien choisies, compte beaucoup de lecteurs cultivés qui accueilleront beaucoup mieux des gens comme Osamu TEZUKA et Tayiou MATSUMOTO que ne l'ont fait les fans de mangas. C'est par addition des publics qu'il sera possible d'éditer les oeuvres majeures de l'histoire du manga.
Comme nous sommes respectueux, nous avons tous choisi de rendre en premier un hommage à Osamu TEZUKA, le père du manga. Sans TEZUKA, le manga ne serait pas arrivé jusqu'en France. Ce sera donc la première fois en Europe qu'une exposition sera consacrée à un Monsieur dont les mots " auteur de bande dessinée " sont trop réducteurs pour désigner l'homme et l'oeuvre. Jules VERNES n'a pas été qu'un auteur d'anticipations scientifiques populaires. De même avec Osamu TEZUKA, on est au delà de la BD, du roman ou de l'essai philosophique. Cet auteur représente les lettres de noblesse du manga et l'exposition va sensibiliser le public le plus large de la BD. Comme Angoulême 2002 est un spécial comics, l'exposition TEZUKA compte tenu des évènements actuels va rassembler des lecteurs des BD de tous les nationalités. L'artiste est mort mais son message est d'une actualité qui nous encourage à être plus humain. Même si, pour de nombreux fans de manga, le dessin d'Osamu TEZUKA est vieillot, l'oeuvre est intemporelle.
Pour preuve, les projections prévues à Angoulême de Métropolis, adaptation d'un manga de Osamu TEZUKA réalisée par Rin TARO et Katsuhiro OTOMO. Un dessin animé d'aujourd'hui d'après une oeuvre d'hier. Il est envisagé que les séances pour Métropolis aient lieu au théâtre. Il peut contenir 850 personnes. C'est aussi au théâtre qu'aura lieu le 2ème Cosplay du Festival d'Angoulême. Il s'adressera comme l'année dernière à tous les styles de BD. Si des auteurs japonais viennent ce sera à l'initiative des éditeurs pour cette année.
Nous préparons aussi quatre jours de rencontres non-stop entre journalistes, auteurs et public. Toutes les BD seront mises en avant. Cela se passera à la bulle New York à l'espace fanzine. Animeland devrait être de tous les évènements en complicité avec le Festival d'Angoulême. La convivialité entre Angoulême et le manga est bien partie. On continuera d'ailleurs, en 2003 à travailler avec Angoulême, toujours pour les mangas. Un autre hommage mettra en avant un auteur japonais que la lecture de TEZUKA aura peut être encouragé à dessiner... A.L. : Dernier projet concernant les salons, le World Game Show. Vous désirez vous orienter sur une découverte de la musique japonaise moderne, la J-pop ? Comment définiriez vous les rapports entre J-pop et Manga au Japon ? D.V. : Nous avons 5000 m2 à remplir de fans de mangas. Tous ceux qui veulent participer à travers un stand peuvent nous contacter. Nous allons mettre en avant des tendances récentes du manga, de l'animation et de la musique japonaises. Nous travaillons aussi à la venu de responsables d'entreprises japonaises du jeux vidéo. Nous attendons des invités japonais déjà connus en France. Comme le World Game Show a lieu en avril 2002, on a le temps de peaufiner la démonstration. La musique sera mise en avant à travers des clips et des groupes français sous influences japonaises. Des musiciens japonais, on en fera venir plus tard, mais il n'est pas utile d'en dire plus pour l'instant.
Dans le domaine musical, nous ne nous limitons pas à la J-pop. La J-pop, grâce aux dessins animés, est rentrée en France depuis la moitié des années 90. Dans cette musique, il y a des artistes surprenants mais aussi beaucoup de " soupe ", de musiques insignifiantes. Ce qui intéresse Akata ce sont les artistes de tous les genres de musiques japonaises pourvu qu'ils aient un talent personnel et ne soit pas un produit docile.. CHARA et DENKI GROOVE, nous intéressent tous les deux même si musicalement ils n'ont rien à voir ensemble. Et tous les deux font partie de la culture manga car CHARA est arrivée en France par un CD des CLAMP, compilation des artistes japonais qu'elles aimaient. Denki GROOVE est présent dans la BO de Memories avec ISHINO Takkyu. Il y a une foultitude de combinaisons de complicité entre musique, DA et manga au Japon. Manga sur un groupe de Visual Rock, dessin de mangaka sur la pochette d'un nouveau CD ou BO de DA avec X JAPAN. Aborder le manga et l'animation japonaise en les isolant de l'influence et de la présence de la musique c'est comme ne jamais avoir remarqué que les personnages de MARGERIN ont une banane.
Ce qui manque au manga c'est une presse sur le Japon capable en mélangeant les genres de faire ressentir qu'il y a une unité et des liens non artificiels derrière tout cela.

A.L. : Akata ce n'est pas qu'une activité liée aux salons. Quels sont les autres activités sur lesquelles vous pouvez intervenir, notamment pour les éditeurs ? D.V. : Nous peaufinons la négociation d'un contrat avec un éditeur de BD qui nous a proposé de lui construire un catalogue. Des titres sont déjà en négociation au Japon. Et une rencontre entre cet éditeur, Akata et tous les éditeurs japonais est déjà prévue. Cela prend du temps, mais on avance de plus en plus vite maintenant. Nos choix éditoriaux rejoindront le même souci de qualité que pour Tonkam. Comme j'ai créé le profil éditorial de Tonkam, le public pourra découvrir des nouveaux auteurs sans risques de déceptions. Le premier manga prévu vient de chez Shueisha. Il pourrait bien ouvrir une nouvelle voie éditoriale et connaître un succès à la Video Girl Aï. Cette série sollicitera plus le cerveau mais comme il est plus que temps d'en retrouver l'usage, je ne suis pas inquiet. Pour l'animation, nous sommes avancé dans les négociations avec un éditeur de DA connu. Si nous concluons l'affaire cela va surprendre le milieu de l'animation. Pour nous cela sera une victoire du genre, tout le monde peut évoluer. Nous nous occupons aussi de vendre des droits de DA et de 3D japonais appartenant à deux sociétés. On retrouvera le public manga à BD Expo en octobre, à Angoulême en janvier, au World Game Show en Avril et à Montreuil en Juin si tout va bien. Le projet Montreuil c'est encore top secret.
Akata a aussi son projet éditorial. On prépare un voyage en Inde avec Claire WENDLING (dessinatrice de BD dont les albums sont publiés par Delcourt, Soleil et les Humanoïdes Associés) et Koji MORIMOTO (directeur d'animation sur Akira, réalisateur du premier sketch de Memories et plein d'autres choses que connaissent les fans d'animation). En mars, on va voyager de Katmandou à Bénarès avec deux amis népalais pour permettre ainsi aux deux artistes de dessiner leurs sensations en bénéficiant d'informations données par des personnes issues de cette culture. Ce travail permettra la réalisation d'un livre qui sortira au Japon et en France. L'idée forte c'est de lever un voile sur des rites et des comportements qui nous sont incompréhensibles mais derrière lesquels se cachent des connaissances sur l'homme que nous avons oubliées. Si le livre apporte des réponses aux questions que les lecteurs se posent sur l'Inde c'est que leurs auteurs auront réalisé tout cela grâce à une aventure humaine vécue ensemble par des hindous, un japonais et une française. Nous devrions nous retrouver en fin de périple à Bénarès au bord du Gange avec nos amis népalais et le peuple indien. Nos amis de Katmandou y seront bien entendus comme des poissons dans l'eau et peut-être nous apprendront-ils à nager...
Nous rentrons dans les phases de préparation du projet. On prévoit 21 jours d'aventure et il faut ramener les artistes en bonne santé. Nous n'allons pas voyager comme des touristes étant donné que nous serons guidés par des personnes appartenant à la civilisation que nous allons visiter. Nous devrons donc être bien prêts dans la tête et surtout conscient que tout ne sera peut-être pas supportable psychologiquement. C'est un challenge qui peut faire exploser en nous tout ce qui nous a été inculqué depuis l'enfance. Dans Akata, on se prépare à soutenir toutes les angoisses que cette virée pourra éventuellement provoquer chez les artistes car Akata est l'instigateur du projet. On ne pourra pas éviter la proximité de la mort dans sa visibilité ordinaire en Inde et l'irrationnel accompagnera tout le voyage. Cela va être un challenge extrême psychologiquement. Il est évident que Claire WENDLING, MORIMOTO Koji et Akata, on va se faire remuer l'esprit mais il faut le faire pour qu'avance la compréhension et le respect des cultures différentes de la nôtre...

A.L. : Akata entend donc valoriser le manga et l'animation japonaise, la culture asiatique dans son ensemble, au travers des valeurs qu'ils véhiculent. Comment entendez-vous le besoin de ces valeurs chez le public français consommateur de ces oeuvres ? D.V. : Les consommateurs n'ont pas besoin de valeurs. Des codes organisant la consommation leur suffisent. De temps en temps, une stimulation intellectuelle relance la consommation. Mais à force, les consommateurs se ratatinent et n'en peuvent plus. En plus, ils consomment " de la merde ", leur corps pourri de l'intérieur et leur cerveau ne produit que des névroses. Maintenant leurs enfants sentent confusément que tout cela mène à rien et recherchent des valeurs pour réapprendre à vivre humainement. L'Asie contemporaine n'est pas forcément exemplaire. Le Japon industrialisé est aussi " chiant " que la France industrialisée. La différence c'est que des valeurs, ou les valeurs, n'ont pas complètement disparu au Japon. L'occidentalisation n'a même pas 150 ans. Il y a donc encore une présence, la force de la Tradition, dans la culture pop japonaise. D'autant qu'elle est réactive au excès matérialistes actuels. De plus les Japonais ont appris la rationalité mais peuvent encore vivre d'une façon moins rationnelle si tout cela s'effondrait. Il ne ferait qu'un retour 150 ans en arrière. C'est pas si loin. Les Français si leur modèle de société s'effondre, ils font quoi ? Sans Dieu, ni foi ? Et on approche de ce moment.
Le Japon, c'est reculer pour mieux sauter, un passage obligé en terme de culture de masse pour que l'occidental paumé puisse ressentir " qu'il y a autre chose " dans ce monde. Après pour approfondir, il faudra étudier ou pratiquer le Japon. Où en ayant ressenti cet autre chose aller le vivre dans un autre pays oriental moins industrialisé. Où on peut réapprendre plus vite. Chacun sa nature.
Les valeurs ont toujours été exprimées par des écoles spirituelles à partir d'un personnage référent. La laïcité quoiqu'elle puisse prétendre moralise nos vies sur la base de résidus du Christianisme. On est maintenant au degré zéro du Christianisme et de la laïcité par la même occasion. Et c'est vrai que le Japon nous envoie d'autres repères à son insu dans les mangas. Le Japon moderne se pose des questions comme l'Occident aujourd'hui, mais notre chute lui apporte des réponses. Celle d'un chemin douteux imposé par l'histoire. La nôtre... Le Japon reviendra toujours à ses valeurs, même si ceux qui les réactualiseront ne seront pas forcément Bouddhistes, Shintoïstes ou Taoïstes. Encore maintenant au Japon, il y a un fond de Connaissance qui peut prendre de multiples formes extérieures quand le moment sera venu.
En simplifiant, il y a toujours pour les japonais un consensus autorisant tout un chacun de travailler à la connaissance de Soi. C'est cette liberté qu'il faut importer. Les valeurs suivront.
Avec Akata, on n'a pas envie de jouer " les Militants du Manga, Le Retour ". Tonkam, c'était une époque. Une première approche du manga et une espèce de combat qui n'a plus lieu d'être. Avec Akata, on fait un boulot qui nous tient à coeur pour ne travailler qu'avec des gens qui ont, ou redécouvrent, des valeurs de respect de l'autre même si elles ne sont pas d'origine asiatique. On veut s'accomplir dans ce travail sans arnaquer nos partenaires, en respectant leurs intelligences et en ne se privant pas de l'être pour vivre sans voler personne. Parce que ce travail correspond à l'épanouissement de nos natures individuelles et que nous avons aucun mal à nous harmoniser à quatre. Peut-être que nous sommes imprégnés de valeurs asiatiques à force de vivre dans le monde des mangas. Nous ne nous posons plus ce genre de question. On ne fait que suivre notre voie en vivant ce que nous sommes et savons faire. On devrait plus aller dans cette direction après 25 ans de DA japonais à la télévision. Mais il ne fallait pas que consommer égoïstement.

A.L. : Où se trouve AKATA ? Dans quel " univers " ? D.V. : Le siège social d'Akata se trouve dans le Limousin. Pour l'instant à mon domicile mais plus tard dans une maison voisine qui nous appartient. Nous l'aménagerons dès que l'argent sera rentré. L'équipe d'Akata dispose de 40 hectares de nature pour aller faire ses besoins. Nous partageons le hameau avec une pagode bouddhiste vietnamienne qui appartient à la pagode bouddhiste de Joinville le Pont (en face de la station de RER). De Juin à Septembre, les moines viennent faire retraite aux Bosnages et pendant presque quatre mois l'ambiance est magique grâce aux méditations, prières et rites incessants. Le reste de l'année, il n'y a qu'entre huit et dix moines à vivre ici et on peut alors profiter de l'ambiance chargée de sérénité du temple aux grands Bouddha. C'est un endroit qui attire des gens bien intéressants. On n'est pas en France et on n'est pas en Asie. Mais on s'y sent bien sur Terre. Pour une fois que cela nous arrive, on veut en faire profiter les autres en faisant du bon boulot. Les projets ne manquent pas et on va avancer petit à petit pour entretenir la qualité de nos relations à l'intérieur d'Akata en attendant d'avoir les moyens de réaliser nos rêves.

A.L. : Le mot de la fin... D.V. : Il ne faut pas avoir peur du monde actuel. Même de la guerre qui n'est qu'un grand " bordel " avec augmentation des risques de décès violents. Les larmes finissent toujours par sécher. La perception asiatique du monde rentre dans nos esprit par le biais des mangas à un moment très précis de notre histoire. Il y a des raisons à cela que chacun doit trouver par lui même en se cultivant. Depuis que les fans fantasment sur des héros qui à l'origine participe à la vitalité d'un peuple, il est temps que cette vitalité s'exprime dans leurs actes. Mais pour cela, il faut savoir qu'un livre c'est fait pour réfléchir et réagir. Théorie induit pratique. Le manga reflète une pratique de la vie ce n'est pas un objet de consommation comme les hamburgers.
Cela ne devrait plus être un scoop.

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