

Se lever à 6 heures du matin pour aller en projection presse vous laisse inexorablement, entre deux bâillements, avec une tendance à la somnolence persistante. Rien de tel pour savoir si un film vous accroche ou pas. Que cela soit donc dit, dans la salle, pas un ronflement n'est venu troubler la projection du film Final Fantasy , très attendu, certes, mais surtout passionnant.
Un météorite gavé d'Aliens s'est abattue sur notre planète, libérant une horde de spectres qui se nourrissent goulûment de toutes les formes d'énergie vitale croisant leur chemin. Aride et désertifiée, la Terre gangrenée voit les humains se réfugier dans des villes-boucliers. Aki, jeune scientifique au caractère bien trempé, parcourt la planète à la recherche des Créatures de l'Esprit, au nombre de huit, qui, une fois unifiées, permettraient d'en appeler à l'Esprit de la Terre : Gaïa. La base de scénario est intéressante et l'on retrouve la patte du créateur du jeu (SAKAGUCHI Hironobu) qui est aussi, et ça tombe bien, le réalisateur du film. L'aspect Fantasy est amené sans heurt, cristallisant d'ailleurs une conception toute asiatique du monde : l'esprit de la terre (Gaïa) et le principe d'incarnation de l'énergie de chacun dans un tout n'est pas sans rappeler lepassage bouddhique du petit au grand Véhicule, et la participation de la vie de chacun à l'existence de l'univers. Une idéologie certes novatrice pour un public américain. Bien sûr, un des messages du film tend à promouvoir également une idéologie écologiste.Malheureusement, on n'échappe pas à quelques lieux communs qui gâchent notre plaisir. On a droit à des scènes complètement téléphonées et typiques du cinéma américain, qui font un peu tâche dans tant de créativité originale. Pour exemple, la poignante scène qui vous déchire le coeur du bon copain blessé que l'on laisse en arrière avec un bon gros flingue pour blaster le plus de vilains avant de mourir dans une apothéose explosive. Bien sûr, il y a aussi ici un clin d'oeil au principe du jeu vidéo lui-même, mais cela reste caricatural. De même, les méchants sont des méchants de chez méchants, et les gentils sont gentils comme il est pas permis d'être gentil. L'explication du "pourquoi" se trouve peut-être dans la balance entre le travail des Japonais et celui des Américains. Ainsi, l'histoire originale est bien celle de l'univers du créateur du jeu vidéo, SAKAGUCHI Hironobu, mais le scénario en lui-même est signé par deux Américains (il faut bien que cela plaise aux mangeurs de burgers). C'est un peu à l'exemple du travail technique, regroupant une impressionnante bordée d'infographistes japonais, mais aussi américains (les visages des personnages sont dûs au seuls logiciels de Square).
Côté bande son, le film réserve quelques surprises amusantes. Ainsi sont crédités au doublage original rien moins que messieurs Alec BALDWIN, Donald SUTHERLAND ou encore James WOOD, trois monstres du cinéma américain. Mais également, c'est Lara FABIAN qui assume la chanson du générique. Les effets sonores sont pour leur part crédibles, même si l'on sourit un instant en reconnaissant le bruit des blaster de Star Wars parmi les tirs de l'armée.
Techniquement, c'est superbe, c'est une véritable étape dans la création : personnages fluides en motion capture, mapping, création et développement en images de synthèse, tout l'attirail technique le plus sophistiqué est bien utilisé, et le rendu ne manque pas d'atmosphère.
Le véritable défi de ce film concernait donc les personnages, entièrement créés par ordinateur. Ceux-ci sont bluffants, et on se rapproche de plus en plus de la réalité, mais on n'en est pas encore à pouvoir rêver d'un nouveau film avec Marilyne MONROE (véritable enjeu économique de ce genre de défi). En effet, les mouvements sont d'une étonnante fluidité, les visages sont de plus extraordinairement travaillés, on retrouve des grains de peau différents, et des barbes de trois jours (Le savant Sid et les autres personnages masculins sont ainsi rendus plus crédibles grâce à leurs "naturelles" imperfections de visage.).
L'héroïne Aki pourtant demeure le personnage visuellement le moins crédible de l'ensemble, sa plastique parfaite de visage séduit immédiatement le spectateur, mais c'est dans les scènes d'émotions que l'on déchante. La tristesse, la colère, l'amour sont ainsi présentés, mais le manque encore chronique d'élasticité dans les visages rappelle soudainement que nous avons à faire à des personnages virtuels.
D'un point de vue purement technique, le bond en avant est déjà phénoménal, mais d'un point de vue purement ludique et distractif, cela se voit, et donc, si ça se voit, ça casse un peu de la magie. De même, l'ensemble des personnages manque de traits caractéristiques dans la plastique du visage, trop peu de ridules, par exemple, au niveau des yeux, ou encore une absence de mouvements musculaires lors de prises en pronation (ce qui se voit quand les personnages sont présentés en T-shirt).

