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Le 01/05/2001 par Yannick DUPON HIRAO

La thérapie Yamada

Après visionnage du film Mes voisins les Yamada, on pouvait se demander pourquoi le réalisateur TAKAHATA Isao insistait tant pour dire à plusieurs reprises dans les interviews et autres notes d'intentions que le spectacle de la vie des Yamada "nous détend", que nous nous sentons "réconfortés" à les voir vivre, ou que nous serions "heureux de les avoir pour voisins".

N'est-ce pas un peu étrange ? Après tout, si les membres de cette famille sont amusants, c'est plutôt à leur corps défendant et l'on ne peut imaginer des voisins plus cloonesques. L'idée d'en faire les porte-drapeaux du bonheur et de la relaxation ne manque pas d'intriguer.



Une réponse peut être néanmoins proposée. C'est la fameuse théorie par l'échec, toute droit venue des États-Unis, qui peut ici servir d'explication. Le salaryman Takashi est calamiteux, non seulement parce qu'il est médiocre, peureux et un peu sot, mais surtout parce qu'il a tout faux avec sa famille. Sa femme est ainsi paresseuse, ce qui est proprement le plus honteux des vices du point de vue des vieilles générations de Japonais, son fils échoue régulièrement aux examens, sa fille n'arrête pas de crier très fort au lieu de refléter une mesure et une modestie polie, lui-même passant son temps à se disputer avec son aigre belle-mère. Bref, aucun salaryman lisant les strips d'ISHII ou regardant le film de TAKAHATA, ne peut avoir autant raté l'harmonie de son foyer, ne peut être aussi nul, que Takashi.
On pense donc à cette "École de Palo Alto" menée par Paul WATZLAWICK, psychologue "behaviouriste" qui propose une théorie du paradoxe. De cette théorie sont nés des ouvrages tels Comment échouer dans la vie, Comment se mettre à dos tous ses amis, ou encore Devenez un looser en 20 leçons.



Contrairement à ce que l'on pourrait croire, il ne s'agit pas d'humour, le but de ces ouvrages est, une fois le livre refermé, de rassurer et d'éclairer le lecteur sur sa propre existence. Celui-ci est rassuré parce qu'il se dit qu'il ne peut pas être mauvais à ce point, et comprend qu'il faut un certain effort pour atteindre un tel niveau de nullité. Il est éclairé parce qu'au passage, on lui a indiqué sur quelles pentes dangereuses il pourrait glisser en conservant tel ou tel comportement qui ne mènera qu'à un gros gâchis. D'un point de vue inverse, un Guide de la réussite au travail, de la mère parfaite ou du parfait mari ne susciterait que le découragement de ne pas en être un exemple, et le rejet écoeuré de ces théories. En effet, on se retrouverait ainsi face à soi-même et au choc de la distance par rapport à ces modèles idéaux.



On peut ainsi penser que le film de TAKAHATA et le manga de ISHII tendent à fonctionner selon cette contre-théorie. En cela on pourrait dire que les Yamada sont proposés au public dans un aspect quasi-thérapeutique. Voilà pourquoi l'on se sent effectivement si bien en sortant d'une projection des Yamada. Cela reste par ailleurs d'autant plus louable pour les auteurs de présenter un aboutissement positif aux aléas de cette anti-famille, ce qui est donc d'autant plus rassurant.
 
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