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Le 01/10/2001 par La Rédaction

Furi Kuri, le manga

On avait, depuis quelques temps, pu remarquer une légère baisse de forme chez Gainax. Leur dernière série en date : KareKano, adaptation d'un shôjo manga ne trouva pas grand public. Le départ précipité d'ANNO Hideaki à cause d'un petit différent avec le producteur durant la réalisation de cette même série, y fût aussi pour quelque chose.

Néanmoins, chassez le naturel, il revient au galop. Et voilà Gainax qui nous revient avec Furi Kuri (FLCL).
INNOVATION semble être le maître mot du moment. Fini les adaptations bien fidèles à la version animée ! Place à l'art, proprement dit. On retrouve ici, le même concept que chez Evangelion, l'humour en plus : le manga est une adaptation de l'anime. L'adaptation d'Evangelion de SADAMOTO Yoshiyuki reprenait fidèlement le character design de l'anime sans changement aucun. Chez FLCL, UEDA Hajime opte pour un changement total d'identité graphique et se démarque ainsi du chara-design établi par SADAMOTO sur l'anime. Toute l'originalité du manga, se situe essentiellement dans le traité graphique et fait de ce manga une oeuvre à part entière. Le lieu : Mabase, petit village sans histoire, rien d'anecdotique à raconter, sinon la présence de la Medical Mechanical, entreprise de technologie robotique médicale de grande envergure. Entrprise discrète et qui n'en reste pas moins, bien sûr, mystérieuse.



Le héros (?) : Naota Nandaba, 12 ans, jeune lycéen, rentre de cours. Alors qu'il traverse la route, celui-ci se fait violemment heurter par un scooter piloté par une certaine Haruko. Hystérique, elle le ranime avant de l'assommer de nouveau avec sa guitare qu'elle porte en permanence sur son dos. Toujours est-il que le lendemain, Naoto découvre que son père engage Haruko pour s'occuper de son grand-père et des taches ménagères. Les choses se précipitent très vite et Naoto héberge dans sa demeure un nouveau protagoniste pour le moins spécial : Kanchi, un robot tout droit sorti de sa tête.



C'est courant Octobre que les Japonais ont pu découvrir dans leurs rayons Haruko en couverture du premier volume de ce manga à la présentation particulièrement soignée : Canson 224 gr. ­fait rare au pays du soleil levant- présentant un dessin simple et efficace. Si cette couverture n'arborait pas le titre FLCL, qui aurait pu se douter qu'il s'agissait là de l'adaptation de l'anime ?
Les premières pages du manga ne diffèrent pas de ce qu'annonçait la couverture, 4 pages en couleur où le vide, le grand espace domine aisément. Voir cette double page monochrome saumon d'ouverture du premier chapitre. Puis, le noir et blanc arrive, et là, UEDA Hajime démontre comment avoir ce que l'on appelle une identité graphique reconnaissable à 3 km à la ronde et prouve, au passage, que l'on peut ne jamais lasser un lecteur en innovant perpétuellement par un chamboulement total des inexistantes lois de la BD.
Enfin, sur un manga d'à peu près 170 pages, UEDA ne cessera de nous étonner par ses destructurations permanentes, cases à l'envers, personnages qui s'enferment dans leurs cases, l'envahissent. Aussitôt, nous à t-il habituer à un semblant de charte graphique qu'il s'amuse déjà à la chambouler et par la même occasion nous secouer. UEAD ne connaît pas la " routine ", c'est plus qu'un besoin chez lui de se renouveler régulièrement pour le plus grand bonheur du lecteur. Alors que le volume touche à sa fin, Mamimi laisse aller sa joie de vivre, UEDAla dessine tout en courbes de pieds en tête et relance par la même occasion l'intérêt du lecteur par cette page totalement anecdotique qui ferait facilement office d'intruse. Puis il s'attaque aux ouvertures de chapitres. Pendant le volume entier, il nous habitue à ouvrir les chapitres avec de somptueuses illustrations, c'est pour mieux changer la donne avec, à la fin, une séquence d'ouverture hors norme : des petits vieux jouant au crocket nous annonce par le biais de leurs boules de jeu numérotées qu'il s'agit du chapitre 3-B.



Nous les retrouverons plus tard. De la même façon, il s'autorise des présentations d'ouvertures de chapitres, non plus d'illustrations, mais de montage photo avec ses personnages réalisés en pâte à modeler. Il n'y a pour l'instant qu'un seul volume de FLCL sorti (on peut le trouver publié dans le Shonen Collection de Pika). L'anime de FLCL tient sur 6 OAV dont 3 sont déjà disponibles en DVD japonais avec sous-titrage anglais. Bien que démenti maintes fois, il semblerait qu'un film format cinéma ferait office de fin à la saga encore inachevée.



D'un point de vue graphique, première planche, première idée : la caméra nous présente le lieu des évènements à venir en effectuant une rotation sur elle-même, mouvement découpé en 3 cases à fond perdu. La dernière case est donc penchée à 90°. Puis les personnages interviennent et on s'étonne alors de leur extrême simplicité, trois coups de plumes nerveux, chaotiques. Simple mais pourtant tellement efficace, par la suite les reconnaître et comprendre leur état d'esprit, leurs mouvements ne sera jamais un problème.



L'auteur arrive à trouver et à se contenter de l'essentiel, le petit rien qui fait que le lecteur identifie et comprend dans la seconde qui suit le tout. Très vite, celui-ci semble vouloir mettre en avant des sensations, des sentiments à travers les personnages et non pas une histoire. On l'aura compris, l'outil utilisé pour l'encrage, et l'encrage lui même, épousent les états d'esprit, les attitudes et réactions des personnages où les différentes ambiances des situations traversées : bonheur, joie, réflexion, combat. La première séquence d'action ­Naota se fait heurter par Haruko- fait preuve d'une violence hors du commun. Sur une double page à fond perdu, plus d'un tiers est pris par une série d'onomatopées totalement disproportionnées gribouillées sauvagement au pinceau épais et baveux, particularité que l'on retrouvera dans le dessin, nerveux et agressif. Les onomatopées répondent aux mêmes règles que le reste : de taille petite, plume légère pour un subtil coup d'air frais sur Mamiki et Naoko au début du manga, et totalement disproportionnées ­à la limite du lisible- au gros pinceau baveux et agressif dans les scènes de combat, où dans les scènes de gags absurdes. Cependant, la mise en valeur des personnages et de leurs sentiments entraîne une absence régulière de décors. Les fonds sont remplis de motifs tramés nous laissant juste comprendre très sommairement où cela peut se localiser, histoire de stimuler un peu le subconscient du lecteur.



Les cadres des cases, quant à eux, jouent un rôle tout aussi essentiels. Ils sont géométriques, tirés à la règle dépassant plus ou moins dans les coins. A la main, une courbe maladroite impulsive demarqueur ou un gribouillis nerveux de plume. Pour preuve, au début, Naota rêve dans un cadre fin et léger dessiné à la plume. Quant il revient à la réalité, on retrouve une case dessinée au bambou, celle-ci est, de plus, ouverte sur le vide de la page ambiante, mettant en valeur, l'immensité du ciel sous lequel se repose le héros. Les cases sont régulièrement bousculées, tailladées à vif ou déformées : elles servent de décor, elles portent les personnages, ou sont rongées par des onomatopées en " défonce ". UEDA déstructure ses planches en les réalisant selon l'intensité du passage, même procédé que dans le traitement des cadres des cases. Il exagère tellement qu'il en devient à certain moment caricatural. Tendresse, bonheur : des pages épurées ou le blanc devient un acteur indispensable dans l'exagération du sentiment de liberté, de douceur, et de légèreté. Il va même, par moment, jusqu'à ne placer qu'une case par page.



Ou a contrario, humour, et violence en chargeant la page d'une abondance de cases noires, tramées, bref, alourdi au maximum afin de créer une sensation de bruits, de brutalité totale. Bien que paraissant jetées à la va-vite sur la planche, les cases sont disposées de façon à répondre à la fameuse règles du parcours visuel : qui stipule que le lecteur doit toujours s'enfoncer plus loin dans la BD sans s'arrêter à cause d'un quelconque problème de compréhension, un mauvais découpage, à une mauvaise relance en bas de page qui le convaincrait de stopper le lecture. Bien qu'il n'y paraisse pas, notre ¦il est un organe fainéant qui à tôt fait de s'arrêter qui à tôt fait de s'arrêter si on ne le guide pas ou l'axe régulièrement. Chez FLCL, on se retrouve très vite à la fin du volume.



En conclusion, que dire sinon que FLCL contribue à édifier ce qu'a commencé à construire les révolutionnaires graphiquement Amer Béton ou plus récemment Blame. Et c'est là que se concentre tout le génie de cet artiste jusqu'alors méconnu. A l'image de ces prédécesseurs, il fait partie de ces dessinateurs qui s'amusent, sans prétention, à rouler en sens inverse sur les autoroutes de l'impitoyable monde du manga. Et ce n'est pas peu dire qu'utiliser le terme " Révolution ". Considéré jusqu'alors comme une banale lecture hebdomadaire, le manga est en phase d'obtenir la renommée artistique au Japon qu'a la bande dessinée en Europe. Il reste, cela dit, toujours autant accessible et prolifique. FLCL est loin d'être un simple manga, c'est purement et simplement de l'art.
 
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