Articles | animelandLe 01/08/2002 par Matthieu PINONFever : BOILET nous met la fièvre
29 auteurs venus de 3 pays. 29 BD ou illustrations, sur des thèmes aussi variés que la fièvre du corps humain (Température, de KUSUMOTO Maki), ou la rencontre entre Orient et Occident (Bateren, de YASUHIKO Yoshizaku), mais essentiellement centrées sur le football et la passion qu'il entraîne...
Initiateur de Fever, le collectif franco-nippo-coréen, Frédéric BOILET revient avec nous sur la création de ce luxueux ouvrage, conçu avec AMANO Masanao, rédacteur en chef d'Error.
AnimeLand : Pouvez-vous expliquer la génèse de Fever ?
Frédéric BOILET : François BOUCQ était de passage au Japon début 2001, il m'a signalé que son ami Christophe BÉZU, président d'Adidas Japon, cherchait à parrainer un projet autour de la manga pour la Coupe du monde 2002. Quelques mois plus tôt, AMANO Masanao avait lancé le magazine Error, auquel je donne un coup de main pour les publications de pages d'auteurs francophones. J'ai présenté le magazine à Christophe BÉZU, et lui ai proposé l'idée d'un numéro spécial, un hors-série qui rassemblerait des auteurs japonais, coréens et français autour du thème du foot. L'idée fut acceptée, autour d'un thème finalement plus large que le foot, puisqu'il s'agissait de la "fièvre", "fever" étant le mot-clé de la campagne d'Adidas pendant la Coupe du monde.
AL : Une fois le recueil achevé, comment a réagi Adidas ?
F.B. : Fever crée un précédent, c'est la première fois au Japon qu'une telle liste de "stars", d'ÔTOMO Katsuhiro à INOUE Takehiko, est réunie dans un même recueil.
C'est aussi un succès de librairie, le recueil a été en première position des ventes dès la deuxième semaine de sa mise en place et pour plusieurs semaines... Je ne suis pas sûr qu'il en reste aujourd'hui en rayon.
Fever est un ouvrage prestigieux, doublé au Japon d'un succès commercial, Adidas est content, je crois.
AL : L'accueil du public japonais a donc été bon ?
F.B : Il s'est précipité sur l'ouvrage, c'est évidemment une forme de bon accueil. Pour ce qui est de l'accueil critique, il est peut-être plus partagé, mais c'est difficile à juger.
Fever rassemble des auteurs très divers (et je ne parle même pas des "extraterrestres" français) et donc des lecteurs divers. Les commentaires des lecteurs japonais, que j'ai pu lire par exemple sur des librairies en ligne, révèlent des goûts très marqués et des avis tranchés. Les uns auront peut-être acheté l'ouvrage pour l'histoire de YASUHIKO Yoshikazu et à peine jeté un oeil à celle de KURODA Iôu, d'autres se seront précipités sur les pages de [DI:] ou MATSUMOTO Taiyô pour bailler à celles de YAZAWA Ai...
Les commentaires en ligne des "fans" français de manga sont d'un autre genre. La plupart de leurs éloges ou de leurs regrets ne concernent que les auteurs japonais et coréens, comme si aucun Français n'avait participé à l'ouvrage ! Les commentaires japonais sont sur ce point moins sectaires : quelques uns soulignent la qualité des histoires des auteurs francophones, en sont surpris.
AL : Avez-vous eu des "retombées", au niveau de votre propre carrière, tant française que japonaise, grâce à Fever ?
F.B. : Rien de concret à ce jour, il me semble. Mais pour ce qui est de l'ambiance, et si je me réfère encore aux commentaires en ligne, plusieurs lecteurs japonais citent mes illustrations parmi leurs pages préférées, ce qui est un peu surprenant vu la notoriété écrasante des auteurs japonais présents. Et puis les connections sur mon site (
www.boilet.net)ont fait un bond de 30 % début mai, le jour de la conférence de presse télévisée à laquelle j'ai participé avec KAMIJÔ Atsushi, et elles sont en constante augmentation depuis... Mais je ne suis pas sûr que tout ceci ait une influence sur les ventes de mes albums au Japon.
Côté français, le tirage de
Fever a été plus modeste, et son impact médiatique moindre, je n'imagine donc pas de retombées particulières.
AL : Quel extrait du collectif avez-vous particulièrement apprécié au niveau des auteurs japonais ? Français ? Et coréens ?
F.B. : J'avais une responsabilité éditoriale dans le choix des auteurs francophones et le suivi de leur travail, et je suis tout à fait satisfait des pages qu'ils ont livré. Je trouve qu'ils s'en sont tous, sans exception, sortis avec brio, et je ne suis pas le seul à le penser au Japon.
Je suis plus réservé concernant les pages de quelques auteurs asiatiques. Je pense que certains n'ont pas été très sérieux. Mais parmi les auteurs japonais qui, à mes yeux, ont réalisé de très belles pages, je pourrais citer MATSUMOTO Taiyô, KAMIJÔ Atsushi, TERADA Katsuya, KURODA Iôu, [DI:], ASADA Hiroyuki et ses deux acolytes... J'aime bien les pages du Coréen PENTHON également...
AL : Maintenant que Fever est publié, quelle expérience tirez-vous de votre travail avec des auteurs coréens, français et japonais ?
F.B. : Il ne faut pas perdre de vue que
Fever est un numéro spécial d'Error, et mon expérience éditoriale avec des auteurs japonais, coréens et français n'a pas commencé avec ce recueil, mais avec Error un an et demi plus tôt.
Mon travail avec Error et
Fever est une facette un peu plus "graphique" (dans le cas d'Error), voire un peu plus "commerciale" (dans le cas de
Fever), de mes efforts autour de la Nouvelle Manga, qui est à la base une volonté de rapprochement et de croisement entre la manga et la BD...
AL : Envisagez-vous à nouveau un tel collectif dans le futur ? Si oui, quels auteurs absents de Fever aimeriez-vous inviter à participer ? Quels autre pays ? Bref, quel est votre "fantasme" de collectif ?
F.B. : Mon fantasme n'est pas un collectif, mais la collaboration autour d'une création entre des auteurs de culture différente d'une part, et d'autre part la publication, la traduction dans les pays respectifs de BD et de manga d'auteur.
En tant que créateur, ma prochaine collaboration avec un auteur japonais, en l'occurrence la jeune et talenteuse TAKAHAMA Kan, sera
Mariko Parade, un album Nouvelle Manga à paraître, j'espère simultanément, en France et au Japon en janvier 2003.
En tant que traducteur et adaptateur, mes prochaines publications en France seront le premier volume de
Quartier lointain de TANIGUCHI Jirô, en septembre prochain chez Casterman, et de deux ouvrages de la manga d'auteur chez Ego comme X en janvier et au printemps 2003.
À noter que pour mes projets de traduction comme pour
Mariko Parade, une porte est en train s'ouvrir en Espagne. Puisqu'il est question de fantasmes, je peux t'avouer que je me suis mis à rêver, ces derniers temps, à un élargissement de la Nouvelle Manga à la BD d'auteur espagnole, avec par exemple des publications simultanées dans les trois pays...
Et puis je pense aussi me rendre à New York en septembre prochain avec TAKAHAMA Kan, dans l'espoir de parler Nouvelle Manga avec quelques auteurs et éditeurs américains.
Pour revenir aux collectifs, la publication d'Error est actuellement en suspens, mais elle devrait reprendre. Il n'est pas question à ce jour d'édition française, Error concerne donc le seul marché japonais. Outre la suite des histoires de François SCHUITEN, Joann SFAR et Marc-Antoine MATHIEU, les prochains Error devraient être l'occasion, pour les lecteurs japonais, de découvrir des pages de Nicolas De CRÉCY, David B., Pierre DUBA et, j'espère, quelques jeunes auteurs parmi ceux qui m'ont envoyé des planches...