Articles | mangaLe 01/10/2001 par Stephane FERRANDVampire Hunter : bon sang ne saurait mentir !
Sorti chez Kaze en 1996 le premier film de Vampire Hunter D n'avait pas manqué de séduire nombre de fans éclairés. Illustrations D'AMANO en tête, l'œuvre reprenait avec intelligence le mythe du Vampire, tout en en bouleversant les codes. Cinq années plus tard, le second film de VHD2 sort aux Etats-Unis. Forcément, on l'attendait au tournant.
Éternel Vagabond, D, chasseur de vampire, se voit confier une périlleuse mission. Mandaté par un riche propriétaire, il doit en retrouver la fille, enlevée par un puissant vampire. Un autre groupe de cinq mercenaires est également sur l'affaire et part en chasse. Un problème va néanmoins se poser, la victime s'avérant amoureuse de son " bourreau ", lequel, amoureux lui aussi, refuse de la condamner à l'enfer de la vie de Vampire.
Scénaristiquement parlant, l'affaire est bien menée. D est fidèle à lui-même, dans sa morne impassibilité, et doit faire face à des adversaires de taille, mais surtout au dilemme de savoir s'il lui faut ou non tuer le vilain kidnappeur, et aller de fait à l'encontre de la volonté de la victime même. Tout tient dans la question " faut-il vouloir le bonheur des gens malgré eux ? " ou encore " Quelle est la limite de nos actes ? ". SAUSSURRE l'a dit, c'est le point de vue qui crée l'objet. De ce fait, cela repose la question de ce qui est Bien et de ce qui est Mal. Le Vampire est-il le Mal, selon que l'on est vampire ou humain ? Une question à laquelle nul autre que D ne pouvait répondre.
L'ambiguité scénaristique est aussi travaillée autour d'une galerie de personnages, et principalement le groupe de mercenaires. Classique, on retrouve un groupe de 5 persos, tous définis autour de particularités propres et complémentaires, dont on ne sait s'il faut les classer du côté des bons, ou du côté des méchants. Tous sont sympathiques et croient en leur actions. Mais in fine ils n'auront récolté que le Mal, pour l'avoir semé autour d'eux. Lors ne resteront que des cadavres et des regrets.
Visuellement, le film en scotchera plus d'un. L'image de la Croix est travaillée comme une redondance, un rappel infini, placé à tout moment du DA. L'ambiance bénéficie du travail effectué sur les ombres, les volumes, les jeux de profondeur de champs, et certains moments sont à ce titre inoubliables. Une traversée d'un banc de Raie des Sables géantes ou l'arrivée au château du Vampire suffisent à s'en convaincre. Ici, l'image de synthèse est particulièrement bien utilisée pour donner l'effet le plus impressionnant possible. Le chara-design réaliste, soigné et pointilleux, n'est pas sans rappeler les drapés et effets de chevelure d'un NOBUTERU Yuki, et les fans d'une animation de la qualité d'un JUBEININPUCHO ne seront pas déçus. On nage en définitive dans un mélange steampunk, entre technologie et aspect rétro, avec une pointe de Western et un fond de romantisme gothique.
C'est bien sûr la marque d'un grand créateur que l'on retrouve ici. Encore une fois, le mérite en revient au maître KAWAJIRI Yoshiaki. Car même si le film, contre toute attente, fut produit et réalisé sous la houlette des Américains, c'est bien KAWAJIRI qui le mena à bien. Screanplay, storyboard, réalisation, l'homme est partout... sauf à la musique peut-être, qui n'est pas ce qu'il y a de plus réussi dans le film, signée Marco d'AMBROSIO. Côté doublage, c'est correct, même si l'effet est ébouriffant de voir un DA style japonais, doublé en anglais, et sous-titré en japonais. Les voix sont travaillées sans briller par leur originalité. Petite surprise néanmoins, un personnage (à vous de retrouver lequel) est doublé par l'inattendu Dwight SCHULTZ, qui n'est autre que le Looping de
L'Agence tous risques. (si).
Au final on ne sort donc pas déçu de la vision de ce film. Les fans de la première heure en ont pour leur argent, et les découvreurs ont matière à satisfaction. Sans engranger des rebonds scénaristiques ébouriffants, on se laisse facilement prendre, ne serait-ce que par l'énorme travail d'animation et de design.
VHD2 tient donc bien ses promesses, et nul doute que le public français y sera sensible. On jugera à ce titre sur pièce, le film devant être projeté lors du festival Cartoonist de Paris (Novembre prochain)... de même que le très controversé
Blood the last Vampire. Buffy doit se faire un sang d'encre...