Articles | diversLe 01/02/2003 par Nice senseiThe Artificial Angel
The Artificial Angel est le second recueil de nouvelles scénarisées et dessinées par KISAKI Takashi. L'ouvrage contient Tokeijikake no tenshi (The Artificial Angel), prépublié dans le Weekly Shonen Jump Summer Special de 1995, et 2 histoires intitulées Ganbarô, qui ont encré les pages du Summer Special de 92 et du Winter Special de 93. Les récits appartiennent à la collection Jump Comics des éditions Shueisha.
Dans un futur proche, l'inspecteur Kaira est sur les talons de dangereux terroristes qui visent de hauts fonctionnaires de l'Etat. Un soir, il est fauché par leur véhicule et reste sur le carreau. Une mystérieuse jeune fille, aux pupilles dorées, lui sauve la vie en relançant son coeur. Malgré une balle reçue en plein front, le conducteur meurtrier est introuvable. Après 2 mois, Kaira revient sur les lieux de l'accident, le quartier des affaires, croise une fillette entourée de chats. Il la retrouve lors d'une ronde nocturne, sanglotant contre un immeuble. Mû par son instinct, il plonge dans les affaires non résolues et découvre qu'il y a 10 ans, sur l'emplacement de l'actuel building, était implanté un laboratoire spécialisé dans la robotique. Le bloc de béton a été désintégré en une nuit. Jadis, le manque de coopération de la société, propriétaire de l'édifice, a fait capoter l'enquête.
De fil en aiguille, Kaira remonte jusqu'à l'ancien directeur du département Robotech, un certain Matsuda, qui refuse de parler. Pourtant, il lâche un nom : Suidôbashi Wataru. Cet imminent scientifique fut l'unique victime de l'explosion. Fait intriguant, le décès de sa fille Emi, lors d'un accident de la circulation juste avant son entrée à Robotech. La découverte d'Emi par Kaira sonne le début des contrariétés : Matsuda est assassiné, l'affaire des terroristes lui est retirée et Emi est aux abonnés absents ! Les intérêts politico-économiques éclaboussent la police mais Kaira persiste dans son enquête. Le récent incident avec Emi au parc de loisirs, dû à une attraction diffusant de fortes ondes électromagnétiques, et le fait qu' Emi attire les chats, mettent la puce à l'oreille du vieux briscard. Kaira la localise sur l'ancien site de Robotech. La police est corrompue et la maison mère, ex-propriétaire de Robotech couvre les terroristes !
Parallèlement, ceux-ci capturent Emi, la malmènent physiquement et moralement : le Pr. Suidôbashi aurait perdu la raison suite à la disparation de sa fille. Culpabilisant il entreprit de la ressusciter sous les traits d'un robot doté de l'intelligence artificielle. Alors qu'il rechignait à travailler pour une firme produisant des armes, il se mit soudainement à utiliser les fonds de la société afin d'assouvir son dessein. Déçu par sa création, qu'il considérait comme le succédané de son enfant, il se suicida. emportant les résultats de ses recherches dans la tombe. L'entreprise mis encore 10 ans avant de fabriquer des robots. D'ailleurs, l'un des terroristes est une machine. Quand il veut tuer Kaira, Emi change brusquement de personnalité, ses pupilles deviennent dorées...
Kaira est l'archétype du policier ayant pas mal d'heures de vol à son actif. Expérimenté, tenace et juste, il ne vit que pour son travail. Ce qui n'omet pas une certaine lassitude vis-à-vis des méthodes " politiquement correct " de ses supérieurs. Depuis l'accident, il croit percevoir des choses qui passent habituellement inaperçues. Pourtant, il n'est point " héros " de manga ou de comic, il n'a aucun pouvoir surnaturel ! Peut-être est-ce simplement dû au fait qu'il ait côtoyé la mort, cela lui a ouvert l'esprit et le coeur. Emi dénote chez lui des points communs avec son père, le Pr. Suidôbashi: le regard de Kaira est aussi triste que celui du scientifique. Le policier ne dément pas, il n'a en effet que le travail en tête et ne peut goûter aux plaisirs d'avoir une famille. Le robot Emi a l'apparence d'une fillette de 10-12 ans, elle a seulement vécu 1 mois avec son père mais lui reste très attachée. La disparition prématurée de son créateur a suscité une pertinente question existentielle : Pourquoi vit-elle ? Toutes les nuits, elle va pleurer sur la " tombe " de son père, le building érigé en lieu et place du laboratoire. Face à l'agression des terroristes qui la dénigrent, Emi en quête de Savoir argumente en lançant la phrase shakespearienne : Je pense donc je suis. Néanmoins, la véracité ambiguë de cette pensée la laisse sur sa faim. Le terroriste humain affirme qu'elle est un vulgaire automate pourvu d'un programme, une poupée inhumaine sans âme. Pourtant, le programme de sécurité (jeune fille aux pupilles dorées), sommeillant dans le corps d' Emi, fait office de Conscience. Il la protège et combat les abus nés des recherches du Pr. Suidôbashi. Ce dernier avait retrouvé ses esprits avant de trépasser et su développer l'intelligence artificielle avec les propres Conscience et Ame de son enfant. Certes, le robot Emi est une victime comme l'était la jeune humaine renversée par un chauffard. : Sa double personnalité et les résultats des recherches sur les molécules ont été dissimulés en elle, à son insu.
KISAKI-sensei avoue que
The Artificial Angel a vu le jour grâce au dieu du Manga qu'est TEZUKA Osamu. En effet, lors d'un événement promotionnel se déroulant dans un grand magasin, KISAKI-sensei, alors collégien, reçu les compliments du Maître sur un de ses misérables griffonnages. Il n'y a aucun mot pour expliquer ce que le garçon ressentit à ce moment là. Pendant 8 ans, KISAKI-sensei a tenu la rampe et s'est fait un nom dans la Manga grâce à cette protection divine. Le mangaka dédie
The Artificial Angel à TEZUKA Osamu. A sa manière, il mit du coeur à l'ouvrage en y imprégnant reconnaissance et respect pour le Maître. Des similitudes existent entre ce titre et l'oeuvre de TEZUKA : Primo, la nature même d'Emi, un robot créé par un professeur à l'image de sa défunte fille qui rappelle
Astro ou
Métropolis ; D'autre part, Kaira traite Emi comme une personne à part entière, l'acceptation des différences, quelles qu'elles soient, est un message récurrent dans les manga du Maître ; Troisièmement, le fanatisme des hommes, l'endoctrinement, le détournement de la technologie à des fins militaires et l'encouragement à la guerre sont autant de thèmes combattus par l'humaniste TEZUKA tout au long de sa vie. KISAKI-sensei expose l'attitude équivoque du Japon, un pays pacifique qui dépense des sommes astronomiques dans l'élaboration d'armement ! Sous couvert d'oeuvrer pour la défense, l'argent injecté émane d'autres pays. Les terroristes font leur marché au Japon puis envoient les robots effectuer la sale besogne.
Le terroriste humain de
The Artificial Angel est prêt au sacrifice de sa vie car, en agissant de la sorte, il ne se considère pas comme un traître mais un héros (discours insensé, malheureusement d'actualité). Son but : que son pays pauvre conquiert le monde et devienne une grande puissance militaire. L'ombre du manga L'histoire des 3 Adolfs planent au-dessus de cette histoire. A l'heure où l'on nous rabâche les oreilles avec une imminente guerre prônée par des irresponsables, un terrorisme aveugle, un possible manque d'eau, un changement climatique fatal et l'arrivée prochaine d'une météorite qui nous balaiera tous, l'avenir s'annonce quelque peu compromis ! Seule lueur d'espoir : Que la météorite s'écrase vite !
Dans l'esprit des occidentaux, le Japon est un copieur de technologies qu'il perfectionne et utilise plus savamment que leurs créateurs. Jusqu'aux années 70, l'Histoire ne dément pas. Avant la fermeture du pays sous les Tokugawa, et à partir de la Restauration de Meiji (1868-1912), le pays profite de ses contacts avec l'étranger et des mouvements d'immigration pour acquérir un Savoir technologique, voire artistique. Les japonais ont cette étonnante faculté à développer, maîtriser et utiliser à l'échelle nationale et internationale (le marché intérieur étant rapidement conquis) un produit amélioré, poussant la farce jusqu'à le réexporter vers son pays natal ! Pendant l'entre-deux-guerres, l'impérialisme japonais conduit ses partenaires commerciaux à ne plus céder la moindre technologie. Le Japon se creuse donc les méninges, invente mais a la mauvaise idée de se focaliser sur le matériel militaire. Après 45, le pays est en charpie, les vainqueurs profitent de l'aubaine, transfèrent leurs techniques et le façonnent en allié politique. Durant les sixties, la donne change : industriellement parlant, le Japon a le vent en poupe et devient un rival pour ses riches partenaires, qui lui claquent la porte (l'apport ?) technologique. Dès lors, les entreprises japonaises se lancent à corps perdu dans le R&D (Recherche et Développement), sous la baguette du MITI (Ministry of International Trade and Industry. Tsûshôsangyôshô alias tsûsanshô), et fondent d'importants laboratoires, notamment dans le secteur de la microélectronique. Les plus grandes enseignes s'y collent : NEC, Mitsubishi Toshiba. Le futur est en marche !
Chaque société se spécialise, certaines sont en position de monopole et les bénéfices engrangés sont réinjectés dans le R&D. Le MITI se charge du long terme et réunit plusieurs entreprises qui travaillent de concert tout en conservant la primauté sur leurs inventions : ce sont les programmes de recherche stratégique. Au Japon, l'environnement est hostile et les ressources naturelles font défaut. Par conséquent, la matière grise des ingénieurs est d'utilité publique ! A l'inverse des français, les japonais accueillent volontiers l'innovation et s'adaptent aisément aux changements apportés dans leur quotidien.
Né en 1965 dans le département de Hyôgo, KISAKI-sensei est sélectionné en 1987 avec son titre FF au prix Shônen Jump Hopstep. Par la suite, il enchaîne les nouvelles et mini-séries comme :
Kazz,
Hard luck,
Teenage bomb,
Tobbikiri (4 vols),
Hayate,
Ganbarô,
Tachyon fink (
Blood chip,
Jailbirds et
Gray goo),
Kaze to odore !,
The Artificial Angel,
Kôtsûjikokanteijin Kanri Ichirô (1996-2001, 18 volumes),
Eunos (1999-2000, Super Jump),
Chihei wa sora he ochiteiru,
Eunos et
R2-Traffic Accidents File (en cours). Mangaka prolifique, KISAKI-sensei a côtoyé de grands noms du Manga comme HAGIWARA Kazushi, auteur génial de
Bastard !! (lâchement abandonné par Glénat). Aimant les voitures, la mécanique et les raisonnements, son oeuvre témoigne de ses passions. Son trait légèrement arrondi n'est pas dénué d'agressivité car souligné par de nombreux coups de plumes qui font ressortir, à juste titre, les ombres du visages, la violence émotionnelle, la gravité d'une atmosphère et la vitesse d'exécution. Les héroïnes sont mignonnes et les gars sont banals. Les personnages prennent une autre dimension quand le mangaka les badigeonne de sa plume nerveuse, ils sont méconnaissables et appréciés. Les décors sont davantage travaillés et détaillés dans
The Artificial Angel. Bref, le recueil montre un design hésitant qu'il faut cependant replacer dans le contexte de l'époque, tout comme les choix scénaristiques. Depuis, KISAKI-sensei a progressé sur divers plans.
Sans être extraordinaire, le recueil
The Artificial Angel fait passer un bon moment, ni plus, ni moins. A découvrir afin de comparer avec les titres actuels de l'artiste.