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Le 01/11/2001 par Nice sensei

Parrot

PARROT est un recueil de 5 nouvelles scénarisées et dessinées par HOJÔ TSUKASA. Le travail digital est le fruit de NAGATA FUTOSHI. Suite à une première parution chez BART 3230 et MEN'S NO-NON, ces nouvelles ont été remaniées pour la publication de cet ouvrage aux éditions SHÛEISHA, en Mars 2000.

PARROT, le bon samaritain



NISHIYAMA MAYUKO est journaliste dans un magazine mais n'a jamais éprouvé de véritable passion pour son travail. Elle pensait avoir enfin trouvé sa place lorsque son SEMPAI lui propose le mariage. Malheureusement il meurt dans un accident. Sans trop savoir pourquoi, MAYUKO cherche à revoir un type nommé PARROT, sorte de marginal qui imite tout ce qu'il entend. PARROT aborde le domaine de la musique et dépeint l'hypocrisie, reine au pays des images. Le marché musical japonais est le second au Monde, en terme de productions nationales. L'industrie musicale dispatche des produits de consommation au gré du calendrier et d'une mode artificielle. Les Maisons de disques copient l'étranger et se copient mutuellement pour imposer leur label, et accessoirement le talent de leurs protégés. Les idoles sont en première ligne, telles des éphémères que l'on exploite, recycle à tout va, le temps d'un instant. Certains artistes confirmés sont, eux aussi, obligés de se plier à la loi " rentabilité ".. Merchandising oblige, une chanson qui marche est une chanson qui s'entend dans les publicités ou génériques TV. On en bouffe par obligation, on la digère, on finit par apprécier et on achète l'album. Cette technique s'apparente à la méthode Coué que les producteurs appliquent sur le commun des mortels.



Dans PARROT, HOJÔ-sensei met en avant un guerrier de l'ombre qui interprète les mélodies à la place des célébrités. Le jargon du milieu les appelle : Parrot (perroquet). La nouvelle esquisse les rêves et désillusions d'hommes et de femmes. Un producteur souhaite rentabiliser un comédien. Jusqu'ici, ce dernier a accepté que l'on utilise sa belle gueule uniquement pour réaliser un album. Cependant, son rêve se brise devant le business et le talent de PARROT. TATSUYA, le barman, est un ex-guitariste.Sa passion se figea à la mort de son rival. PARROT lui fera ressentir le plaisir d'être, de nouveau, en communion avec son instrument. La sous-chef de MAYUKO, et ex-compagne de TATSUYA, travaille énergiquement à la rédaction. La trahison de TATSUYA, qui lui avait promis son coeur et sa musique, a engendré chez elle un ressentiment envers les musiciens. Derrière une attitude sévère, se cache une personne sensible, n'ayant rien oublié de ses joies passées. PARROT fera tomber ce masque et jouera le médiateur effacé. MAYUKO est comme incertaine dans le présent et anxieuse quant au futur. Son attitude expliquerait sa difficulté à trouver sa place, et son attirance envers PARROT. Celui-ci se retranche derrière ses imitations, passe trop facilement d'une situation à une autre et donne l'impression de ne jamais se tourmenter. Pourtant, il observe un mutisme total sur sa vie, ses sentiments. PARROT a une oreille exceptionnelle, toutefois son nom est méconnu du grand public.Estime-t-il ne pas avoir de message particulier à transmettre ?Tout porte à croire qu'il a une immense envie d'aller vers le bien des autres. Le contenu d'un appareil photo mettra à nu son coeur. Les clichés révèlent les expressions intimes de MAYUKO, une autre facette dont elle ignorait, elle-même, l'existence. Un homme vient de poser un regard amoureux sur une MAYUKO naturelle.



Les yeux d'un assassin



Un comédien déchu assiste a l'exécution d'un contrat.Il veut voir le regard de la tueuse lorsqu'elle abat froidement sa victime. Plus tard, un film basé sur ce thème fait un tabac au box office. C'est lui qui tient le rôle. La tueuse, elle, en visionnant le film, comprend ce qu'elle est vraiment. Cette nouvelle est basée essentiellement sur les jeux de regards. La règle inflexible du métier dicte de faire disparaître les témoins mais pour la première fois, la femme est ébranlée par les yeux d'un comédien au bout du rouleau. Lorsqu'elle voit la retranscription exacte de son regard au grand écran, l'électrochoc provoque la dissolution de sa condition de tueuse puis la reconstruction d'une identité et d'une sensibilité, jadis refoulées. Ne dit-on pas " les yeux sont les fenêtres du coeur " ? HOJÔ-sensei souligne ici que trop souvent les gens se laissent submerger par des habitudes et réactions apprises, éliminant toute notion d'humanité. La femme constate que la première victime de sa condition de tueuse, c'était elle. En épargnant le comédien, elle ignorait qu'il allait abattre froidement le démon qui la dominait.



Airman



Une jeune femme est suspendue à une branche. Un drôle de gars vient à elle en flottant dans les airs ! C'est KAMIYA AKIRA, un célèbre doubleur ! Un an plus tôt, las de la vie, il a tenté de se suicider. Sur le point de mourir, ce fabuleux pouvoir s'est réveillé. Assailli par la solitude, il surveille ce lieu pour trouver une personne comme lui. Comme la jeune femme ne flotte pas, il n'est guère disposé à l'aider ! AIRMAN est une critique contre une société qui engendre des déséquilibres. Le fait que KAMIYA flotte dans les airs, s'apparente à un " coeur léger " sans tracas. Mais ce genre de faculté est inutile dans une société moderne. Par ce biais, HOJÔ-sensei ne voudrait-il pas insinuer que nous sommes trop préoccupés au point d'occulter notre humanité ? Dans une vie oppressante, les gens au " coeur léger " sont indésirables. Sentir chaque manifestation de son corps est primordial et se sentir soi-même est vital. Il ne s'agit pas de se maîtriser mais d'être conscients des automatismes qui nous épuisent.



Cat's eyes



RUI et TOSHIO marchent sur la plage. En observant leurs empreintes sur le sable, RUI aborde la question des faux-semblants, des conclusions trop hâtives. L'homme peut dater, définir la nature ou le sexe en se basant sur des fossiles. Pourtant les empreintes, les actions ou les apparences, ont une multitude de sens. L'amour d'HITOMI et de TOSHIO est basé sur un subtil jeu de faux-semblants qui le fragilise. Telles les vagues qui effacent les traces dans le sable, les Cat's eyes se doivent de faire disparaître les indices de leur passage.



Portrait d'un père



Un père marie sa fille avec l'un de ses anciens élèves. C'est l'occasion pour lui de se rappeler son premier échec en tant qu'instituteur. En effet, à ses débuts, il avait demandé aux élèves de dessiner le portrait de leur père. Le jeune garçon n'avait jamais connu le sien et le maître se proposa comme modèle. HOJÔ-sensei expose la différence entre désir et réalité à travers les yeux d'un enfant. L'apparence revêt encore une grande importance dans cette nouvelle. En effet, pendant qu'il dessinait, l'élève considérait vraiment l'homme comme son père, mais lorsqu'il fallut terminer le dessin, l'image du professeur réapparut, sabrant net le bonheur de l'enfant.



Récapitulons les faits



La recherche d'identité, les faux-semblants, l'apparence sont les thèmes principaux se dégageant du recueil. La société actuelle muselle la personnalité individuelle, néanmoins il n'est nullement question de condamner celle-ci, qui est dotée d'un riche potentiel. HOJÔ-sensei conseille juste de ne pas s'y brûler les doigts. L'homme a soif d'être lui-même, un point c'est tout !
Opération marketing, quand tu nous tiens ! Chaque nouvelle a fait l'objet d'une attention particulière, telle une petite production live : comédienne, photographes, stylistes, coiffeurs, marques de vêtements ou magasins vestimentaires, coopération informatique. A noter que NISHIYAMA MAYUKO et KAMIYA AKIRA (seul le kanji du prénom diffère) existent réellement. Le coup de crayon et la narration sont caractéristiques à HOJÔ-sensei, du grand Art ! Ses personnages ne laissent jamais indifférent. En noir et blanc ou en couleur, au crayon ou à l'ordinateur, les sentiments passent si vite des planches au lecteur, que cela en est parfois déroutant. Livre ou réalité, HOJÔ-sensei garde son secret. Sous les doigts de fée de NAGATA-sensei, les couleurs sont savamment choisies en fonction de l'ambiance et du caractère des protagonistes. Les retouches sur des décors réels sont présentes et discrètes. Le plaisantin joue même avec les reflets, laissant apparaître Les véritables acteurs. A la vue de ce recueil, on se demande pourquoi les producteurs du film Final Fantasy ont cherché midi à quatorze heures pour un résultat émotionnel zéro ?
 
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