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Le 01/08/2002 par Kara

Mahoromatic : Maid in the shell

Après avoir révolutionné le dessin animé de robot (Evangelion), de rétro fiction (Les Ailes d'Honneamise, Nadia), et de comédie (Fuli Culi, Kare Kano), Gainax "s'attaque" au genre animé le plus en vogue dans la populace Otaku japonaise : The Maid animation (maid signifiant ici soubrette ou gouvernante).

Démarrons notre service par le début. Le concept de base de ce type de récit est fortement inspiré par Ah, My Godess de FUJISHIMA Kosuke, à savoir : un garçon timide mais brave se retrouvant avec une flopée de jeunes filles squattant son domicile ou son proche voisinage. Celles-ci ont des caractéristiques bien définies : timide, délurée, romantique, mystérieuse, etc... Si FUJISHIMA Kosuke n'apas réellement inventé le genre, il l'a néanmoins développé et popularisé dans les années 80, donnant naissance par la suite à nombre de resucées vaudevillesques ou fantastiques plus ou moins réussies. Citons pêle mêle : Love Hina, Tenchi Muyoh, Sakura Wars, Hanaukyo Maid Tai, Hand maid mai, etc... ( sans compter nombre d'oeuvres érotiques animées et virtuelles). La soubrette est ainsi le dernier fantasme de celluloïd des maisons de productions nippones. Pétri de clichés codifiés, ce genre n'en reste pas moins agréable à regarder pour son humour omniprésent, ses romances, et sa galerie de personnages pittoresques, parfait échantillonnage caricatural de la société nippone. Difficile donc de sortir des sentiers battus d'un genre commercial où les sous-vêtements tiennent parfois lieu de Saint Graal (ce qui ne le rend pas indigne pour autant, humour "second degré" oblige). C'est là qu'interviennent nos bricoleurs de Gainax qui ont bien besoin d'une pinte de rire après la grosse déprime télévisuelle de Neon Genesis Evangelion !



Leur spécialité est de prendre un concept usé jusqu'à la corde et de le renouveler sous un angle original. Ainsi si la forme reste résolument classique (personnages kawaï, etc...), le fond peut s'en trouver particulièrement bouleversé. L'exemple le plus probant en matière d'apparences trompeuses est Evangelion. Son univers de base est d'un classicisme éculé, à savoir des robots géants, de belles héroïnes, de méchants extra-terrestres, etc... Mais à cela, Gainax y amène un traitement scénaristique novateur en y incluant de la philosophie, une psychologie complexe et une mise en scène qui inspira plus d'un réalisateur ! Alors oui, il est possible de joindre le trip d'auteur au divertissement pur sans que cela ne nuise à l'ensemble d'une oeuvre mais qui au contraire l'enrichisse tout en prenant par surprise le spectateur.
Dans cette optique, Gainax s'atellle à l'adaptation d'un manga de NAKAYAMA Bunjuro et DITAMA Bow : Mahoromatic. Celui-ci reprend lui-même certains éléments d'Evangelion sous forme de clins d'oeils parfois parodiques ! La série qui en découle est ainsi un peu moins polissonne que son homologue de papier et débute... dans les années 80.



Une organisation nommée la Vesper combat une invasion extra-terrestre, elle-même chapeautée par une mystérieuse organisation adverse nommée Saint. L'arme ultime de la Vesper est un androïde sur-armé à l'apparence d'une jeune fille de 19 ans nommée Mahoro. Au début du 21ème Siècle, la guerre est finie (vraiment ?) et Mahoro à sauvé la Terre. Mais elle n'a plus hélas que quelques semaines d'autonomie. Se sachant condamnée, Mahoro accepte cependant d'être partiellement désarmée et voit ainsi son espérance de vie se prolonger sur plus d'un an ! Désormais libre, une nouvelle "vie" s'offre à notre héroïne... Elle deviendra ainsi la soubrette d'un jeune étudiant de 14 ans, Misato Suguru, vivant seul depuis la mort de ses parents ! Mahoro ne tarde pas alors à faire connaissance avec l'entourage scolaire de son maître. De la jeune fille timide au garçon manqué, en passant par la gourmande du groupe et ses camarades masculins, il y a de quoi alimenter nombres de mésaventures hilarantes (jusque là, le "cahier des charges" du dessin animé de Maid est bien remplie) ! Même les militaires de la Vesper sont montrés sous un jour caustique tel les généraux commandant Mahoro qui sont des fans de vieux nanars cinématographiques dignes d'Ed Wood ! La cerise sur le gâteau revient à Mlle Shikijoh, une plantureuse et perverse professeur d'école amoureuse de Suguru (ce qui est moralement très douteux, nous en convenons, mais n'oublions pas qu'il s'agit ici d'une comédie). Mahoro est peut-être une combattante hors pair dont les capacité extraordinaires contrastent avec son apparence gracile, mais elle n'en reste pas moins un modèle de vertu qui veut protéger son maître. Hélas, celle-ci est désavantagée de par sa poitrine menue qui ne fait pas le poids face aux protubérances mammaires honteusement commerciales de notre enseignante railleuse ! Une nouvelle guerre commence donc pour Mahoro !



A la lecture de ce résumé, il serait facile de croire que Mahoromatic est une comédie classique au concept sympathique (l'être le plus puissant du monde accepte de servir docilement un simple enfant) et ponctuée de morceaux de bravoures hilarants. Ainsi, dans l'épisode 4, l'armée décide de reprogrammer un "crabe d'attaque" extra-terrestre pour leurs besoins militaires. Hélas, le bestiau s'échappe et vient dévaster une plage ou nos héros font innocemment bronzette ! Devenu fou, le crabe adopte un comportement "Hetchi" (vicieux) et se met à arracher tous les maillots de bains des baigneuses alentours ! Impardonnable pour notre droite Mahoro qui ne manquera pas de rudoyer sévèrement le métallique malotru !
S'il est bon de rire, faire une série purement commerciale est mal connaître Gainax. En effet, Mahoromatic ne tarde pas à montrer certains de ses aspects les plus sombres dès le troisième épisode. Ainsi Suguru et Mahoro n'ont connu que la solitude jusqu'à leur récente rencontre (les amis ne remplacent pas une famille). Mahoro est peut-être un androïde mais n'en demeure pas moins une jeune fille sans mémoire car née adulte, et qui a rêvé un jour de découvrir le monde. Hélas pour elle, seul les champs de batailles ont constitués son horizon. De son côté Suguru voit parfois en Mahoro la mère qui lui fit cruellement défaut dans son enfance. Mais connaîtra t'il un jour le terrible secret de Mahoro et du pourquoi de son dévouement à son égard (n'y at'il qu'une seule raison d'ailleurs) ? Saura t'il que pour sauver l'humanité, elle n'hésita pas à tuer de sang froid son père, pris alors en otage par un ennemi qui s'en servit comme bouclier humain ? Mahoro sait qu'elle est une machine et que par conséquent, ses décisions sont toujours les bonnes d'un point de vue logique, mais qu'en est-il de son coeur rongé par le doute ? Du rire aux larmes, il n'y à qu'un pas...



Ainsi dans les derniers épisodes de cette premières saison qui en compte douze, Mahoro devra affronter Ryuuga, un autre androïde de combat sous les ordres de Saint ! Ryuuga est en quelque sortes le combattant froid et implacable qu'aurait pu devenir notre héroïne. Il n'est pas à proprement parler le méchant de service. Il veut juste comprendre les motivations de Mahoro et par là-même cherche sa raison de vivre sur une Terre ou plus aucun champ de bataille ne l'attend (pour une fois que ce n'est pas le héros qui est en quête d'identité !). Troublé, Ryuuga l'est souvent comme cette fois ou au hasard d'une banale conversation, Suguru lui parle du jour ou il reçut les restes de son père mort (quelques os calcinés dans une boîte)... Quel sera alors la prix à payer pour la rédemption de nos deux machines de guerre ?
Marier humour polisson, action cartoonesque, et quête de soi métaphysique, il n'y avait que Gainax pour oser cela !



Si le fond est innovant, Gainax n'en oublie pas pour autant la forme, et innove là encore en produisant ainsi sa première série TV à s'étaler sur plusieurs saisons*, et le tout... en format 16/9ème ! Force est de constater que ces bandes noires proches d'un cinémascope 1/1.85 donnent un certain cachet à Mahoromatic. Cadres larges et panoramiques très cinéma, grande profondeur de champ, etc... En ce sens, le réalisateur YAMAGA Hiroyuki connaît son affaire ! Celui-ci possède une réputation légendaire qui débuta au début des années 80, où il dirigea des courts métrages d'animation tel le fabuleux Daicon 4 (film d'ouverture d'une convention). Ce petit clip est depuis devenu un classique de par ses performances techniques rarement égalées de nos jours (Le clip On Your Mark de MIYAZAKI est très statique à côté) ! Il continua de plus belle en signant le scénario d'une des meilleures série de Gundam : Gundam 0080. Il réalisa enfin le chef d'oeuvre de l'animation SF des années 80 ; Les Ailes d'Honneamise. Hélas, il semblerait que son cuisant échec financier (qui faillit ruiner Gainax) eut raison de ce génie qui disparut de la scène de l'animation japonaise... jusqu'à aujourd'hui ! Mêlant tout son savoir faire épique à un sens comique qu'on ne lui soupçonnait pas, YAMAGA Hiroyuki mixe un style cartoon (SD, cadrages extrêmes à la Fuli Culi, rythme halluciné) à un style BD filmée (incrustation d'onomatopées et de cases dans l'image), tout en ménageant ses effets dramatiques dans une mise en image parfois intimiste proche des scènes d'introspections d'Evangelion.



Et pourtant cela ne fut pas facile de convaincre un staff prestigieux mais réticent de travailler sur une énième production sur les Maids ! Tous ont cependant revu leurs appréhensions à la vue du scénario final. Ainsi SATÔ Masahiro (Dirty Pair, L'Autre Monde, Suzy aux Fleurs Magiques ) et OSABE Naoto (NieA_7) nous gratifient de décors aux tons pastels et délicats. Le character designer et directeur d'animation TAKAMURA Kazuhiro (Kare Kano) redessine les personnages en respectant le style original du manga (certaines scènes semblent avoir étés "décalquées" de la BD). Ainsi l'animation de Mahoromatic est avant tout basée sur la dynamique des cadrages et des poses des personnages, accentuant ainsi son côté BD filmée dans ses hilarantes scènes de comédie. Mais que les amoureux de belle ouvrage se rassurent, les animateurs n'ont pas hésitéà se lâcher sur les nombreuses scènes d'action de cette série (l'introduction du premier épisode est digne d'une super-production) !
Mahoromatic est donc une savoureuse série ou le réalisateur semble s'être fait plaisir en signant une série B sympathique et tragi-comique. Celle-ci réussi à toucher aussi bien notre coeur qu'à désarticuler nos zygomatiques sans que cela ne nuise jamais à son homogénéité, et prouve que c'est parfois dans les vieux pots que l'on fait parfois les meilleures recettes de demain.
Vous pouvez servir, Mahoro...



Remerciements à Alexandre RECHER, Olivier FALLAIX, et au site Iscariote.
 
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