Recherche

OKRecherche avancée »

dans les kiosques

Dans les kiosquesFEUILLETER LE MAG

Partenaires

Articles | divers
Le 01/10/2001 par Nice sensei

Love Hina : l'amour à tous les étages

Love Hina est un manga de AKAMATSU Ken. Sa publication débute en octobre 1998, dès le numéro 47 de la revue SHÔNEN MAGAZINE. Sa publication est toujours en cours. Les 12 volumes reliés, plus le numéro 0, que compte actuellement la série, sont sortis chez KÔDANSHA dans la collection SHÔNEN MAGAZINE COMICS.

Hanté par une promesse, contractée 15 ans plus tôt, URASHIMA Keitarô souhaite entrer à Tôdai. Problème : il a oublié le nom de la jeune fille qu'il doit rejoindre dans l'antre sacré des études. Mis à la porte du domicile familial, il échoue dans une pension de filles dont il deviendra le gérant. Il croisera NARUSEGAWA Naru et OTOHIME Mutsumi, qui partagent la même ambition que lui. Il s'apercevra que le trio s'est déjà rencontré, il y a fort longtemps...



LOVE HINA est une sorte d'otogi-zôshi (genre de roman populaire basé sur des contes et légendes) moderne. AKAMATSU-sensei s'est appuyé sur l'un des contes traditionnels préférés des japonais : Urashima Tarô. Pour comprendre tous les implants distillés dans l'oeuvre, une brève connaissance de ce dernier s'impose : " Urashima Tarô est un modeste pêcheur qui sauve la vie d'une tortue qui se fait rosser par des gamins sur la plage. Plus tard, le roi Dragon, maître des eaux, envoie sa fille, Oto-hime, pour le remercier de son geste et autorise le mariage entre les deux jeunes gens. Désormais, Tarô vit avec sa femme sur l'île merveilleuse de l'été sans fin, et ce, durant trois ans. Un jour, l'envie le prend de retourner dans son village et revoir sa famille. Sa femme lui confie un petit coffret qu'il ne doit surtout pas ouvrir. De retour sur ses terres, le pêcheur s'aperçoit que depuis son départ, 300 ans se sont écoulés. Il trouve les tombes de ses parents et la sienne. Il décide d'ouvrir le coffret qui lui révèlera sans doute le pourquoi du comment. Par ce geste il laisse s'enfuir ses années et meurt aussitôt de vieillesse ".
Dans le shônen, beaucoup de manga se basent sur un conte ou une légende (Dragon ball, Saiyuki, 3x3 eyes, Ayashi no Ceres), puis l'agrémentent de petites touches personnelles pour les rendre plus attractifs, tout en conservant l'image du Japon traditionnel. Malgré une société complexe, le Japon reste intimement lié à ses valeurs. L'esprit japonais cultive les paradoxes, quelque soit le point de vue, les analyses ne peuvent se cantonner à une vérité individuelle. Chaque pièce du puzzle s'emboîte, se sépare, leur nombre n'étant pas défini comme la multitude de réalités qu'elles soulignent. N'est pas Japonais qui veut ! Love Hina relie un conte fantastique à la réalité contemporaine. Pour ce faire, AKAMATSU-sensei crée un monde dans lequel il implante des éléments récurrents, tels que l'eau et la tortue, omniprésents, et qui font directement référence au conte original, ainsi que les études et les promesses, qui tracentla voie propre des protagonistes. Pour l'oeil initié, Love Hina est une vitrine des us et coutumes du Pays du Soleil Levant, tandis que le néophyte retiendra la fantaisie qui se dégage du manga. Le mangaka calque un monde imaginaire sur la réalité estudiantine. Le décor est planté, immergeons-nous dans l'oeuvre.



Hinata Sô est une ancienne ryôkan reconvertie en pension pour filles, car elle ne soutient plus la concurrence avec les autres formes de logements. Ici, l'auteur suit la tendance actuelle et s'inspire de la situation difficile de ces petites auberges de styles japonais, dont le nombre diminue d'année en année. Hinata Sô est un endroit charnière qui symbolise l'île de l'été sans fin. D'ailleurs, le nom de la pension pourrait se traduire par " demeure ensoleillée ". Comme le fantasme de tout homme, normalement constitué, est d'être entouré d'une pléiade de jolies filles, Keitarô est parachuté dans un harem où chaque membre possède une personnalité bien campée. En apparence, cela annonce une vie paradisiaque mais le jeune homme s'apercevra vite que les caractères et réactions des demoiselles le sont beaucoup moins !
La source chaude incarne l'élément liquide, et bon nombre de scènes s'y déroulent. L'adage japonais affirmant " la nudité n'est pas honteuse, si on la voit on ne la regarde pas " ne se vérifie plus chez nos héroïnes qui infligent à Keitarô, coups de poing (Naru) et techniques meurtrières (Motoko). Pays volcanique par excellence, le Japon abrite de nombreuses sources d'eau chaude (environ 3900). Excepté leurs propriétés curatives, les Japonais les considèrent aujourd'hui comme un loisir. Quant à la tortue, elle est représentée par Tama, une tortue volante très intelligente, offerte par l'ingénue Mutsumi, et par la mystérieuse " Civilisation des tortues " que tente de percer Seta en sillonnant le Monde.



Outre sa relation avec le conte original, la tortue, synonyme de longévité, revêt une autre signification : l'immortalité. L'immortalité des souvenirs, des promesses ou d'un amour qui se relaient au cours des chapitres. En bon shônen, Love Hina inclut l'action et l'aventure. Les attaques sont principalement tournées contre les hommes, Keutarô et Seta ! D'hésitations en méprises, Keitarô se mange à longueur de chapitre des mandales de la part de Naru, des poteries et des armes de pointes, via Sû et Sarah, ou encore de terribles techniques ancestrales déclenchées par Motoko. Cette dernière incarne l'enseignement secret Shinmeiryû, célèbre école où se perpétue une tradition guerrière et ésotérique. L'auteur met encore le doigt sur une des caractéristiques du vieux Japon. En effet, ces Ryû ont joué un grand rôle dans l'histoire du pays, éparpillées aux fins fonds des montagnes, repliées sur elles-mêmes, et entourées de mystères, c'est pourtant autour des Ryû que s'organisait la vie d'un village. Même si l'histoire principale ne tourne pas autour de Motoko, l'auteur s'aménage des aires de combats-entraînements qui raviront les amateurs du genre. Pendant que la guerrière Motoko annihile les hommes et autres démons, Sû déploie son talent et conçoit d'étonnantes machines qui feraient pâlir les meilleures entreprises excellant dans la haute technologie ! L'anachronisme flagrant, avec lequel jongle AKAMATSU-sensei, amuse, surprend, détonne ou attendrit. Le récit n'est pas figé, à la fois pragmatique et irrationnel, il peut, d'un instant à l'autre, partir dans tous les sens !



Le shônen pur et dur n'est pas réputé pour la complexité des ses personnages et a longtemps vécu avec cette tare. Au premier coup d'oeil, Love Hina ne semble pas déroger à l'usage établi : les personnages masculins sont maladroits et faibles donc sympathiques et proches du lectorat intègres et passionnés, mais n'ont de cesse de perdre la face à longueur de planches ; la gente féminine se compose de créatures de rêve aux réflexes détonants ! Néanmoins, en grattant légèrement, apparaît un trait de caractère commun à chaque personnage : la timidité.



Sous ce terme générique se cachent divers comportements.. Ayant été exclu de toute relation amicale ou amoureuse durant son cursus scolaire, Keitarô a développé une sorte de maladie fonctionnelle se manifestant par une inadaptation passagère dans ses rapports avec les autres. Il réagit souvent maladroitement, son entourage le perçoit comme un gaffeur invétéré. Des situations embarrassantes, comme le passage d'un examen ou une conversation avec Naru après une brouille, accentuent cette impression. Ses échecs scolaires répétés engendrent un manque total de confiance en lui. Sa devise pourrait être " courage, fuyons ". Sa rencontre avec les filles d'Hinata Sô, et surtout avec Naru, élargira sa lucidité d'observation. Pour Motoko, sa condition de bushi lui impose une parfaite maîtrise de soi, pourtant elle trahit cette règle en présence de Keitarô. Elle est en pleine adolescence et développe une timidité, naturelle à cet âge, envers les garçons. De plus, elle ressent une profonde aversion pour le sexe opposé, depuis qu'elle a surpris sa soeur embrasser son fiancé. Catastrophe, car elle mettait son aînée sur un piédestal. Dès le début, Motoko prend en grippe Keitarô, et se déchaîne contre le malheureux. Son agressivité est renforcée par une timidité localisée. Elle focalise sur sa grande taille, ainsi, sa timidité de base est accentuée par ce " défaut " corporel. En présence de Keitarô, Naru cache sa gêne derrière une impulsivité qui se caractérise par une réaction souvent brutale. La riposte est trop immédiate et toujours disproportionnée : soit elle réagit par une fuite partielle (écourte une discussion, évite Keitarô) ou bien est prise de stupeur, d'inertie, notamment lorsque Keitarô avouera ses sentiments. Haruka et Kitsune seront qualifiées de timides masquées, elles feignent la désinvolture ou l'indifférence et manifestent rarement leurs sentiments. Contrairement aux apparences, Shinobu est sans doute celle qui s'en sort le mieux. Le salut viendra de Keitarô, qui lui prêtera une oreille attentive et lui témoignera de gentilles attentions. Quant à Mutsumi, sa (fausse) naïveté contrecarre toute timidité. Kanako se réfugie dans ses déguisements et son don de ventriloquie. L'ami Seta n'est pas clean non plus ! Sû et Sarah sont hors compétition pour l'instant.



Beaucoup pensent, à tort, qu'il n'y a pas de volonté sans effort, or la volonté est une perfection et une puissance. Seule Mutsumi en est investie, elle n'a pas d'efforts particuliers à fournir (outre celui d'arriver entière en salle d'examens). Keitarô et Naru témoignent d'un manque d'intérêt pour Tôdai, et leur obstination trahit l'impuissance et la faiblesse. Par contre, lorsque KEITARÔ se découvrira une passion pour l'archéologie, il réussira un sévère examen de sélection, et accompagnera Seta à l'étranger. Cela démontre que la volonté a besoin de conditions parfaites et d'une stabilité de l'être pour se manifester. Signalons aussi que Seta avait promis de choisir, à 30 ans, sa femme entre Haruka et la mère de Sarah. Cette dernière étant morte, Haruka se questionnera sur les réels sentiments de Seta à son égard. Kanako caresse le voeu de tenir un ryôkan avec son " frère ". Dans Love Hina, les souvenirs agissent sur les personnages à leur insu et remontent à la surface par l'intermédiaire de rêves nocturnes (Keitarô) ou de chocs émotionnels (Naru, lorsqu'elle assiste au faux mariage de Mutsumi et de Keitarô). Le voile se lèvera doucement mais des rebondissements surviendront.



Le manga prend des allures de sitcom où le comique de situation prédomine, chose classique dans le shônen. S'il n'y a rien de révolutionnaire dans le découpage, l'auteur aurait pu accorder une pause au couple principal, dérangé à tout bout de champ. Ça agace ! Le trait est net, les courbes brisées et le travail des trames, modeste. Le graphisme varie peu depuis le début du manga. Les héros deviennent souvent des persos caoutchouc et sont quasi immortels dans les phases actions ! Notons une différence de design entre le manga et la série TV. Sur papier, les silhouettes sont élancées, les traits du visage en accord parfait avec le reste du corps.A l'écran, les personnages ont pris du poids, les visages semblent " joufflus " etle corps a reçu sa dose d'anabolisants ! Les personnages sont nettement plus agréables sous le crayon de AKAMATSU-sensei. Les demoiselles en kimono sont craquantes à souhait (mention spéciale pour Shinobu) ! Peu innovant mais présents, les décors sont bien réalisés et inspirés de lieux existant.



Pour un passionné de culture japonaise, chaque détail à son importance et suscite une analyse. Il y a encore beaucoup à découvrir sur AKAMATSU-sensei, son inspiration et ses personnages. Cela sera pour une prochaine fois ! Comme le réseau de passages secrets traversant Hinata Sô, Love Hina est une oeuvre à tiroirs. Rassurez-vous, un bain prolongé de Love Hina n'est pas nocif pour la santé, tout au plus, il vous fera tourner la tête...
 
0commentaires

    Les commentaires sont fermés

    TOUS LES ARTICLES
    Afficher :
    Classer :