Recherche

OKRecherche avancée »

dans les kiosques

Dans les kiosquesFEUILLETER LE MAG

Partenaires

Articles | cinéma
Le 01/05/2002 par Nicolas PENEDO

Love on Delivery

A l’instar d’un film comme Mister Mumble ou City Hunter de Jackie CHAN, Love on delivery est une adaptation détournée du manga Noritaka. Produit à Hong Kong en 1994, le film est destiné au marché local mais constitue pour le fan du manga une excellente surprise. Pourtant, réussir à adapter un manga aussi caricatural et délirant que celui de MURATA et de HAMORI n’était pas gagné. Encore une leçon de maître de l’ex-colonie.

Le manga de Noritaka raconte les aventures délirantes d'un lycéen looser, rejeté par celle qu'il aime à cause de sa lâcheté. Pour devenir plus fort, il apprend les arts martiaux en compagnie d'un vieux maître fantasque et affrontera des ennemis de plus en plus puissants, finissant par devenir un vrai maître dans l'art du combat. La série en 18 tomes est disponible chez Glénat.



L'histoire du film est quant à elle un peu différente. Dans Love on delivery, on fait la connaissance de Ho Kam An, un Delivery Boy qui travaille dans un restaurant constitué d'une équipe de cuistots et de serveurs plutôt frappés. Il est constamment humilié par son patron et chargé de livrer des sandwichs et autres plats. Un jour, il se rend au lycée de sa ville et fait la connaissance de Lily, une très jolie jeune fille qui pratique le Judo. Elle embrasse An pour mettre en colère son senseï Blackbear, qui veut abuser d'elle. Lily trouve en fait An charmant et ce dernier, ému par son baiser, lui propose de sortir avec elle. Elle accepte volontiers mais leur premier rendez-vous est interrompu par Blackbear qui attaque An. Ce dernier esquive son coup et c'est Lily qui est frappée à sa place. Dégouttée par lâcheté de An, elle le quitte. Conscient de sa faiblesse, An broie du noir et fait par hasard la connaissance d'un vieux épicier ambulant qui serait un maître en Kung Fu. Ce dernier lui propose de l'entraîner.



Comme vous le voyez, l'histoire du film rappelle celle du manga mais avec plusieurs différences notables. Ainsi, outre le changement de noms des personnages, on constate que leurs caractères sont bien différents et que le film se contente de reprendre quelques passages clés du manga pour le réadapter complètement à l'humour et au style cantonais. Les raisons d'un tel choix sont évidentes quand on connaît les films HK (de Hong Kong). A l'époque, le cinéma était avant tout un produit de consommation bricolé avec un budget ridicule et tourné très rapidement. Pour peu que Noritaka soit connu à Hong Kong, il aura suffi de s'emparer du travail déjà écrit, de changer complètement le titre et les noms des personnages (histoire de n'avoir pas de droits à payer) et de modifier l'histoire pour qu'elle convienne à la personnalité et au style de son acteur vedette, Stephen CHOW. On retrouve ainsi plusieurs passages de la série comme les frousses de An/Noritaka, le moment où il parle, accroché à son lampadaire, à Lily/Nakayama (la ressemblance entre l'actrice Christy CHUNG et son homologue papier est d'ailleurs frappante) ou encore le sauvetage de Lily/Nakayama quant elle est ennuyée par Blackbear/Nakaya. Par contre, toutes ces scènes sont entièrement réécrites et les personnages n'ont presque plus rien à voir avec leur modèle de papier. Malgré tout, le film réussit bien à retranscrire l'ambiance délirante et trash du manga et ce grâce au formidable travail comique de son acteur vedette Stephen CHOW.



Stephen CHOW a été et reste le comique numéro un dans le coeur des hongkongais malgré quelques échecs au box office. Il a récemment signé Shaolin Soccer qui a battu tous les records d'entrée, ce qui, en ses temps difficiles pour le cinéma de Hong Kong, constitue une cinglante réussite. Physiquement, CHOW n'a rien à voir avec le personnage de Noritaka : plutôt grand, avec un visage séduisant et un air fragile et attendrissant, il est loin de l'adolescent rachitique et complexé du manga. Malgré tout, il a n'a jamais hésité au cours de sa carrière à jouer des rôles de véritables crapules (comme dans le génial God of Cockery) ou à se laisser humilier pour faire rire le public. Du coup, bien qu'il ne soit guère crédible à la base pour le rôle, il joue très bien ici l'adolescent un peu attardé, lâche mais amoureux et bien décidé à donner le maximum de lui-même pour reconquérir le coeur de Lily. CHOW joue surtout sur le côté naïf et gentil du héros qui ne se rend pas compte qu'il se fait exploiter. A ses côtés, dans le rôle de son maître, Devil's killer, on retrouve son complice de toujours, Ng MAN TAT (Shaolin Soccer) qui est comme à son habitude très bon avec son air fatigué et son ventre rebondi. Le rôle de Lily est assuré par Christy CHUNG, une actrice talentueuse et d'une grande beauté qui se contente ici de jouer une adolescente romantique sympathique mais un peu fade. On sait aussi que CHOW aime bien se livrer à des parodies de films connus et on trouvera ici des clins d'oeil plus ou moins discrets à Terminator II, Le Syndicat du crime III et à Karaté Kid. Grâce à son talent et son innocence parfaite, il donne un nouveau visage au Noritaka que l'on connaît et qui aurait été de toute façon, difficilement crédible à l'image. N'oublions pas, en effet, que ce qui fonctionne sur papier ne fonctionne pas pour autant sur grand écran.



Qu'en est-il alors de l'humour si délirant, vulgaire et déjanté du manga ? Eh bien, de ce point de vue, c'est plutôt réussi. Bien que quasiment aucun gag du manga n'ait été utilisé, CHOW a mis au point une succession de scènes désopilantes et burlesques. On peut ainsi compter le moment où il serre, d'une main couverte d'excréments, celle de Blackbear, la file d'attente pour se procurer des places pour un concert sur laquelle les policiers tirent à la mitraillette, le déguisement de Garfield qu'il utilise quand il se bat contre blackbear ou encore le combat final qui voit voler pierres, couteaux et marteaux ! De l'humour scabreux et vulgaire de Noritaka, le comique chinois en aura surtout gardé l'esprit, recyclant les effets typiquement japonais pour en faire quelque chose de typiquement cantonais. On retrouve, malgré tout, une scène classique du manga, dans laquelle il se fait démembrer par son rival et qui évoque directement les moments d'angoisses du héros avant ses combats. Par contre, absolument aucun gag à caractère cru : les amateurs de filles à fortes poitrines, autre gimmick du manga, vont devoir repasser. Le film est visiblement destiné à la famille ce qui limite quelque peu les débordements auxquels CHOW aurait pu avoir recours. La relation amoureuse reste d'ailleurs assez chaste entre An et Lily et on reconnaît les méchants au fait qu'ils veulent directement la mettre dans leur lit.



On constatera que l'humour du film n'est pas si éloigné de ce qu'on peut trouver dans un manga, surtout en ce qui concerne toute la partie finale. Apparaît alors le maître Tuen Shui Lau, sosie de TEZUKA mais qui transpire la suffisance et l'orgueil. Ce méchant caricatural est directement inspiré par ceux du manga et c'est à partir de ce moment que le film colle le plus à l'esprit de Noritaka. Quand on compare les deux oeuvres, on s'aperçoit qu'elles sont assez proches : il s'agit pour le héros de se dépasser à travers une série d'épreuves initiatiques. L'humour n'a pas, toutefois, le même rôle : dans le manga, il est lié au personnage car Noritaka est un héros mal fichu, vulgaire et obsédé. Dans le film, par contre, l'humour est intrinsèque au genre de la comédie de kung Fu (genre qui trouva en Jackie CHAN et Sammo HUNG ses meilleurs représentants). Le personnage de Devil's killer en est un bon exemple : dans Noritaka, il est l'entraîneur, le coach qui va révéler le potentiel du héros. Dans le film, il est d'abord un traître, un incapable qui trompe An avant de se révéler, au contact de son élève, être un authentique maître. Cette remise en question du modèle de l'enseignant serait impossible dans un manga où le héros a besoin d'un modèle pour évoluer, alors que dans un film de HK, il s'agit avant tout de se moquer des valeurs confucéennes et de tourner en dérision les règles hiérarchiques.



Mais qu'on ne s'y trompe pas ! Love on delivery reste avant tout un pur délire visuel et scénaristique dont le seul but est de vous faire rire. Il nécessite une certaine ouverture d'esprit et devrait ravir les amateurs de délires à la Monthy Python ou de films comme Y-a t'il un pilote dans l'avion ? Vous pourrez trouver le film en écumant les boutiques du quartier chinois. Une édition en VCD et DVD toutes zones, sous titrée anglais, y est disponible pour une somme modique.



© Tous droits réservés
 
0commentaires

    Les commentaires sont fermés

    TOUS LES ARTICLES
    Afficher :
    Classer :