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Articles | anime ff580b
Le 01/06/2002 par Kara

Revue de presse Métropolis

Quand la crème des architectes du Panthéon de l'animation nippone met en chantier un projet commun, cela donne le monumental Métropolis ! Petit tour des réactions des médias gaulois par votre agent immobilier animelandien...

Le chaos de Métropolis serait-il contagieux dans le monde réel ? Film à polémique, celui-ci divise ou rassemble selon les goûts. Le site Internet DVD-Rama résume à lui seul le problème : ce film est trop parfait ! Explications :
Métropolis est la synthèse des fantasmes de grands créateurs nippons et possède des qualités qui peuvent devenir ses défauts et inversement (trop léché, trop écrit, trop tout en somme). Le film parfait est celui pour lequel le spectateur, inconsciemment, désire voir telle ou telle scène, quitte à plonger dans les clichés convenus... mais indispensables à son plaisir (Mad Movies : « Un conte sans surprises et superbe à la fois »). Tout un paradoxe. Quand un journaliste dit que tel aspect du film est parfait, un collègue le contredit et prend une autre composante qu'il juge plus abouti... pour être à son tour débouté par un autre, et ainsi de suite ! Ainsi, Animeland.com vous propose une visite guidée de la cité imaginaire des journalistes : Médiapolis !



ZONE 1 : Le quartier des Pakontendutou.



Commençons par Ciné DVD qui conseille carrément à ses lecteurs de retourner voir Ghost in the Shell ou Akira, plus aboutis que le film de RINTARO ! « Métropolis n'a aucune unité artistique et son univers perd, en conséquence, toute crédibilité (...) votre serviteur n'a jamais vu de dessin plus laid ». Ciné-DVD n'est pas le seul à critiquer la combinaison de la 2D et la 3D. Mis en chantier il y a 5 ans, Métropolis devait révolutionner cet état de fait. Mais aujourd'hui, le film peut effectivement accuser un retard tangible (notamment face au Deep Canvas de Disney). De toutes façons, tous les spécialistes en effets spéciaux le disent : quand un film sort, il a automatiquement 2 ans de retard par rapport au niveau technologique réel de la 3D. Mais le plus décevant pour la revue reste une intrigue creuse handicapée par de multiples raccourcis scénaristiques (des personnages "meurent" dans une scène pour revenir guéri dans une autre). Y-a-t-il eu un problème de lecture ? Oui et non car Japan Mania et Mad Movies font la même remarque mais en moins acerbe. RINTARO est un cinéaste qui filme large et nombre de détails importants sont disséminés dans les recoins du cadre qui peuvent échapper à notre attention (par exemple, un personnage n'est pas mort mais blessé dans un coin sombre que l'on entrevoit à peine). Néanmoins Ciné-DVD conclut que c'est une question de goût finalement.
Pour Télérama, pourtant converti à la cause "japanime", Métropolis laisse une impression de « déjà vu » et son esthétique irréprochable mais écrasante tourne à vide... Même son de cloche pour Positif qui trouve que le film en fait trop. Pour Le sarcastique Canard Enchaîné, Métropolis plairait à notre Premier ministre , avec les riches en haut et les pauvres en bas. Se voulant une remise en cause sociale, les effets visuels du film font finalement plus d'étincelles... La cerise sur le gâteau provient cependant de Libération. Celui-ci accuse le film de RINTARO de spolier la mémoire de l'oeuvre de Fritz LANG, car étant à destination d'un public jeune dont la culture cinématographique ne va pas au-delà des années 80, et par conséquent, n'a soi disant jamais entendu parler du film original. On croit rêver ! Le plus pathétique est que le rédacteur croit bon de faire un bref résumé du film de LANG en y parlant... de clones ! Messieurs, les "djeunz" d'Animeland se feront un plaisir de vous prêter la K7 vidéo du Métropolis des années 20 en version restaurée certifiée ARTE pour rafraîchir... VOTRE mémoire ! Loin de ces inepties méprisantes, le rédacteur de l'article constate judicieusement que chaque fois qu'un nouveau film ou média veut révolutionner le genre, il puise dans les bases même du cinéma du début du siècle. A part cela, il trouve le film très joli...



ZONE 2 : L'avenue de la Fracture Médiatique.



Tout le monde reconnaît de nombreuses qualités à Métropolis, mais parfois jugées insuffisantes au regard de l'ensemble, d'où des avis mitigés. Repérages juge le film trop mégalo et naïf tout en admirant son esthétique, mais reconnaît néanmoins la sincérité du propos. Elegy regrette pour sa part un film en dent de scie. Si l'esthétique est parfaite (« Métropolis contient un imaginaire impensable »), le scénario est ennuyeux par moment pour devenir enfin magnifique quand la révolution des laissés-pour-compte éclate ! Elegy revient ensuite sur le fait que les enfants d'hier avaient raison d'aimer ce que les adultes d'aujourd'hui clament être une culture à part entière.



ZONE 3 : La résidence Tousourrir.



Deux blocs s'affrontent dans ce quartier. Les "486DX" et les "G4", pour reprendre une terminologie informatique. Les premiers affichent leur satisfaction en se contentant d'un rédactionnel minimum mais efficace : résumé du film, présentation des créateurs, une juste analyse et le tour est joué. C'est ainsi que remplissent leur office Studio, Média 75, L'officiel des Spectacles, Le Cinéma SFX, La Voix du Nord, Spirit, etc... Les "G4" font parfois de même mais développent leurs propos sous un point de vue parfois original.
Commençons par les magazines spécialisés. Pour Première, les réflexions de TEZUKA Osamu ont posé les bases de la cyberfiction contemporaine, et ce dès les années 40 ! Métropolis tient tête donc à AI : « ...les questions que se pose le robot de Métropolis sur son identité sont plus simples et plus pertinentes que chez SPIELBERG». RINTARO y dévoile ainsi sa passion du cinéma de Fritz LANG : « Son travail sur la lumière et l'ombre a défini les bases qui sont au cinéma ce que la grammaire est à la langue ». Toujours concernant AI, Fantastique rappelle que TEZUKA Osamu avait travaillé sur le film avec Stanley KUBRICK lors du 1er projet datant des années 60 ! Ciné-Live résume : « Dantesque, visionnaire, époustouflant... ». Il n'en oublie pas que derrière la démesure du film se cache un scénario profondément humain : « La première qualité de ce film est de n'avoir à aucun moment sacrifié les grands thèmes de l'histoire et d'avoir su (...) les réactualiser en regard de notre siècle naissant ». Idem du côté des Cahiers du Cinéma : « Le coeur de son intrigue est une intrigue de coeur ». Le Cinéma SFX consacre pour sa part une interview de RINTARO qui explique que la 3D a atteint pour lui ses limites. Seule solution, avoir une bonne histoire et les moyens financiers et artistiques de ses ambitions. Dans L'Ecran Fantastique, les réactions au sein de la rédaction varient du médiocre au très bon. L'article qui suit, concis mais élogieux, est accompagné d'une interview intimiste du réalisateur ! Enfin chez Mad Movies, certains rédacteurs ne cachent pas leurs joies : «Dieu+Dieu+Dieu = LE film de l'année. (...) Dieu RINTARO a d'ailleurs accepté de descendre de son Olympe pour parler à son fidèle », autrement dit, au journaliste en charge d'écrire les louanges... euh l'article ! Celui-ci fit, à en croire son rédacteur en chef, une séance de claquettes au sortir de la projection de presse ! L'article qui en découle raconte la genèse des deux films, live et animé, en les replaçant dans le contexte économique et politique de leurs époques respectives. « Métropolis tire paradoxalement sa cohérence de son hétérogénéité », ainsi chaque objet (animé ?) possède sa propre beauté et accentue donc encore le discours de tolérance du réalisateur. Jolie parabole.
Concernant la presse grand public, le magazine Elle déclare que A.I. semble définitivement dépassé par le film de RINTARO. Technikart est sous acide : « Ces fous de japonais ne cessent de repousser les limites du décollement de rétines (...) jamais film live n'atteindra pareille fantaisie visuelle ».



Du côté des magazines spécialisés en animation, c'est là que nous trouvons les articles les plus intéressants. Anima fait un parallèle entre la structure sociale de Métropolis et certaines de nos banlieues, pour ensuite s'orienter sur le décorticage et l'analyse des grandes révolutions de ces derniers siècles et leurs conséquences parfois fâcheuses sur le peuple ! L'article se termine sur un plaidoyer à la tolérance où la race humaine n'est "séparée" que par des barrières culturelles et où l"'identité" déclarée (à savoir le statut de robot de Tima) n'a aucune importance tant que l'on est aimé par l'Autre. Pour Japan Mania, il faut replacer la création du manga d'origine dans le contexte de l'époque d'après guerre pour en comprendre la justification humaniste ou alarmiste suite au trauma d'Hiroshima. Si le magazine apprécie le film, il ne le trouva pas moins un tantinet pompeux. Coyote pour sa part est le seul à proposer un résumé... du manga d'origine ! Il s'agit en fait du point de départ d'un comparatif succinct entre le manga, le dessin animé et le film de LANG, images à l'appui.
Concernant les quotidiens, Le Monde
consacre une pleine page au film avec même une (petite) photo en couverture ! Décrivant Métropolis comme une anthologie de la SF du 20e siècle, l'article décrit la naissance d'une véritable star en la personne de Tima, alter ego ici de l'actrice Jean HARLOW (une vamp hollywoodienne qui vécut de 1911 à 1937). Métropolis est considéré alors comme le premier dessin animé hyper réaliste dans le traitement des lumières et des cadrages que l'on croyait alors réservé au cinéma live, et où les personnages ont une véritable densité physique, jusqu'à retenir son souffle dans les cascades ! Le Parisien aussi a bien aimé le film mais croit dur comme fer que MOEBIUS a participé au scénario ! Messieurs, ce n'est pas parce qu'un auteur est interviewé dans un dossier de presse qu'il a forcément participé à l'oeuvre. Enfin Le Petit Bulletin voit au-delà du chaos : « Les robots exploités prennent la main des survivants. (...) Une fois leur nihilisme dépassé, RINTARO et OTOMO nous chuchotent donc qu'il y a de l'humanité partout, dans un tas de ferraille (...) dans un coeur artificiel, dans une radio qui diffuse un vieux standard jazzy. Il n'y a qu'à écouter».



Au final, si Métropolis n'a pas bénéficié d'une vague médiatique équivalente à Chihiro, celui-ci s'en tire avec les honneurs. On regrettera cependant que les photos émaillant la plupart des articles, tous avis confondus, soient en nombre restreint et montrant pour la plupart des gros plans de l'héroïne.
Un paradoxe quand ces mêmes articles parlent du gigantisme architectural du film ! Pour finir en beauté, à lire toutes ces chroniques, nous pourrions croire que tous nos résidents se sont lancés dans le concours du meilleur mot de la fin. Sélection.
Première : « Ce mélange inattendu ne fait que témoigner de l'exceptionnelle ouverture d'esprit de la science fiction japonaise qui se nourrit de toutes les influences pour tendre à l'universel. » Technikart : « Métropolis n'est pas loin de l'éjac' mentale. »
L'Ecran Fantastique : « (...) lorsque RINTARO clame que le coeur est la seule mécanique qui ne rouille pas, on le croit. »
Le Monde : « Métropolis révolutionne l'art du DA japonais affirme James CAMERON. Il a raison mais le réalisateur de Titanic pêche par timidité. Cette révolution dépasse, et de loin, le simple cadre du dessin animé japonais. »
 
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