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Le 01/10/2001 par Florian RUBIS
Le Vieil Homme et la Mer d'Alexander Petrov, un temps visible à la Géode à Paris, est désormais accessible à un plus large public en France (sortie le 17 octobre 2001). Avec, au même programme, un portrait d'Ernest HEMINGWAY, inspirateur du film et La vache (1989), le premier court-métrage de Petrov, talentueux réalisateur russe qui peint ses films d'animation avec ses doigts sur des vitres rétro-éclairées.
Le Vieil Homme qui sombrait dans l'amer
Né en 1957, Alexander Petrov s'essaie à diverses techniques comme les marionnettes, le sable ou le dessin animé. Sa méthode actuelle, privilégie la peinture. Il réalise successivement
La vache (1989) d'après Andreï Platonov,
Le rêve d'un homme ridicule (1992), d'après Fédor Dostoïevski ou
La sirène (1996). De 1996 à 1999, il travaille sur
Le Vieil Homme et la Mer, une production qui réunit Canadiens, Japonais et Russes. Ce classique d'Ernest HEMINGWAY a compté dans l'attribution à ce dernier du prix Nobel de littérature 1954. L'adaptation qu'en fait Alexandre PETROV vaut au cinéaste russe l'Oscar® du meilleur court-métrage d'animation 2000 et des récompenses dans plusieurs festivals, dont celui d'Annecy. Globe-trotter, journaliste et écrivain américain, Ernest HEMINGWAY (1899-1961) fait partie de ces auteurs qui ont besoin de se confronter à la réalité pour la décrire ensuite dans leurs livres. Amoureux de la vie et de ses plaisirs, il se jauge lui-même en s'exposant à la mort. Passionné de tauromachie, de chasse et de pêche, les fauves d'Afrique, les marlins de Cuba et des Keys de Floride ou tous les animaux de la lagune de Venise lui paient un lourd tribut. Comme Santiago, le pêcheur cubain malchanceux du Vieil Homme et la Mer, il devra faire face à son tour au défi que lui lance la vieillesse et le destin. Mais il ne saura pas le relever en définitive. Empêtré dans ses contradictions et malade, il se suicide dans sa dernière demeure de Ketchum (Idaho).
Peint avec les doigts
Le Vieil Homme et la Mer se compose de 29 000 tableaux. Tableaux car Alexander PETROV a pour ambition de concilier peinture et cinéma. Le générique de fin du film donne un aperçu de sa technique particulière. Elle consiste à peindre avec les doigts, et au pinceau juste pour les finitions, sur des vitres rétro-éclairées. Il utilise à cet effet des couleurs à l'huile à séchage plus lent et plusieurs niveaux superposés de vitres où personnages et paysages sont séparés. Le résultat filmé donne l'impression d'une succession de tableaux en mouvement. Ainsi,
La vache, dont l'esthétique rappelle VAN GOGH, donne vie au moyen de matières assez denses aux couleurs fauves à une histoire simple mais émouvante. De son côté,
Le Vieil Homme et la Mer séduit par ses prouesses graphiques, marquées par plus de fluidité. Celle des transitions entre l'action principale et les épisodes de la jeunesse de Santiago ou du plongeon du spectateur avec un oiseau pêcheur dans la mer bleue. Celle de la ligne qui se tend, du combat contre l'espadon qui s'ensuit ou de l'affrontement non moins épique contre les requins charognards. Alexandre PETROV s'est rendu à Cuba, sur les lieux qui ont inspiré Ernest HEMINGWAY. Il a accompagné en mer Grigorio, un pêcheur de ses amis âgé alors de 99 ans. Et il parvient par moments dans son film de 22 minutes à faire ressentir ce qu'est l'expérience, mémorable pour ceux qui l'on faite, d'une pêche au long cours sur un bateau isolé loin au large sur la mer des Caraïbes. Un résultat plutôt remarquable.
© Productions Pascal Bley inc.