Articles | animeLe 01/12/2001 par Bertrand ROUGIERTROUSDALE et WISE, Empereurs de l'Atlantide
G.TROUSDALE et K.WISE ont engendré la nouvelle génération de dessins animés produits par les studios Disney. Considérés comme des spécialistes des comédies musicales ils ont décidé de tenter montrer avec Atlantide, l’Empire Perdu, que le cinéma d’animation yankee peut encore augmenter le niveau de ses ambitions. Essai presque transformé...
AL : Gary TROUSDALE, Don HAHN et vous-même formez un sacré trio depuis plusieurs années. Pouvez-vous nous parler de l'évolution en parallèle de vos carrières ?
Kirk WISE : J'ai rencontré Gary à CalArts (l'université californienne sponsorisée par Disney et utilisée par la firme comme vivier de nouveaux talents) en 1981, lorsque j'étais en première année. Je ne l'ai alors côtoyé qu'un an, car il était déjà en fin de cycle. Cependant, son style graphique et son assurance pour dessiner des story-boards m'impressionna. A l'époque je n'aurais jamais pensé que nous serions associés sur La Belle et la Bête. Après CalArts j'ai logiquement intégré les studios Disney, le département "histoires et développement". Gary y travaillait déjà. Très heureux de nous retrouver, nous avons donc entamé la phase professionnelle de notre collaboration. Notre premier fait d'arme fut un court-métrage avorté de Roger Rabbit qui ne fut malheureusement jamais achevé pour raison budgétaire et à cause du cynisme de certaines idées que nous avions développées. Toutefois, nous avons tous les deux beaucoup apprécié cette expérience. Quelques années plus tard nous fûmes de nouveau associés sur un court-métrage pour EPCOT (le parc d'attraction des nouvelles technologies jouxtant DisneyWorld en Floride). Il s'agissait de l'histoire d'un commandant bourru, genre Patton, qui devait avec sa drôle d'armée combattre le stress dans la vie d'un adolescent de 13 ans, notamment à l'école, avec les filles, au centre commercial et au fast-food. La production du film dura 90 jours. Ensuite, nous devions réintégrer le département "histoires et développement". Mais, un coup de téléphone nous avertit à notre grande stupeur que nous étions choisis pour diriger
La Belle et la Bête. Disney souhaitait alors changer l'orientation narrative du long-métrage en faisant du film une alternative située à mi-chemin entre le conte et la comédie musicale. Ce fut l'occasion de notre première collaboration avec Don HAHN. Il pesa de tout son poids pour nous permettre de concrétiser nos visions. Il a agi comme le général-bon-génie de notre métrage précédent. Il a réussi à nous mettre en confiance, car au début de la production nous étions paralysés par les enjeux financiers et l'épée de Damocles se balançant au-dessus de nos têtes. Comme l'équipe nous ayant précédé, nous étions conscients que nos postes de réalisateurs étaient suspendus à une simple décision des studios. Mais, comme Don est un stratège brillant, il est parvenu à tirer le meilleur parti des suggestions que nous lui fîmes. Après le succès remporté par
La Belle et la Bête, vous imaginez notre soulagement lorsqu'il fut question de retrouver Don sur
Le Bossu de Notre-Dame et
Atlantide l'Empire Perdu.
AL : Comment avez-vous été impliqué dans la genèse d'
Atlantide, l'Empire Perdu ?
Gary TROUSDALE : C'était il y a quatre ans et demi, juste après la fin de la production du
Bossu de Notre-Dame. Avec Kirk nous souhaitions prendre de longues vacances, car nous avions déjà enchaîné
Le Bossu dans la foulée de
La Belle et la Bête. Cependant, les exécutifs des studios ne l'ont pas entendu de cette oreille. Ils nous expliquèrent que les différents staffs devaient se relayer et que, comme ils étaient très satisfaits de notre travail, ils attendaient que nous leur soumettions un autre projet. Si nous refusions, il n'était pas certain qu'à notre retour de vacances il y ait toujours de la place dans le team Disney, en tous cas pas avant plusieurs années, car les films du studio sont "greenlightés" une demi décennie à l'avance. Nous devions donc trouver un sujet pour le nouveau millénaire ?
AL : Pourquoi avez-vous choisi
l'Atlantide comme sujet ?
Gary TROUSDALE : Nous avions envie de renouer avec la tradition des films d'aventures traditionnels produits chez Disney dans les années 50, comme
20.000 Lieux sous les Mers,
Les Robinsons des Mers du Sud ou
Les Enfants du Capitaine Grant. De plus, j'avais ouï dire qu'un vieux projet traînait dans les cartons, ce qui signifiait que le sujet avait déjà potentiellement intéressé les exécutifs. En fait, c'est au cours d'un dîner avec Kirk que l'idée a germé. Nous voulions exhaler ce souffle particulier qui respire le mystère, la bravoure et l'amour. Nous souhaitions transporter les spectateurs dans un lieu embrasant l'imagination, réaliser un grand film épique d'animation... Nous avons alors évoqué nos longs-métrages favoris. Très rapidement, nous nous sommes rendus compte que nous avions une préférence pour les expéditions se déroulant sous la surface de la Terre ou montrant des civilisations perdues. Evidemment, dans ce domaine, la référence est le long-métrage de Henry LEVIN,
Voyage au Centre de la Terre. Le film est exemplaire. Cependant, lorsque je l'ai revu, j'ai trouvé l'introduction un peu longue. Le film ne devient vraiment passionnant qu'avec le début des péripéties du voyage. C'est à partir de ce moment là que nous avons décidé de faire un film où un groupe de personnages retrouverait l'Atlantide. Nous voulions adopter le même rythme que dans
Voyage au Centre de la Terre, mais en rentrant de manière plus rapide et plus concrète dans l'action.
AL : La première version d'
Atlantide fut donc développée en même temps que le scénario du
Roi Lion ? Pouvez-vous nous en parler ?
Kirk WISE : Oui, c'était à la même époque. Mais ce projet fut rapidement abandonné. Je n'en ai même pas lu le script. Par contre, je sais qu'il s'inspirait du film
L'Homme qui voulait être Roi avec Sean CONNERY.
AL : Comme pour
Le Roi Lion (film qui recopiait carrément certains plans du
Roi Léo de TEZUKA Osamu ), il y a un nombre de scénaristes anormalement élevé crédité au générique d'
Atlantide ?
Gary TROUSDALE : En fait, seul Tab MURPHY, Kirk WISE et moi-même avons vraiment travaillé sur le scénario. Les autres personnes citées avaient commencé à oeuvrer sur le projet initial il y a environ dix ans, au début des années 90.
Leur traitement était enfoui au fond d'un carton, la période de développement s'étant interrompu brusquement (elle ne dura pas plus d'une ou deux semaines). Lorsque nous nous sommes engagés dans l'aventure d'
Atlantide tout restait donc à faire. La plupart des concepts devaient être définis. Joss WHEDON, Bryce et Jackie ZABEL n'auraient donc pas dû être nommés scénaristes. Cependant, les avocats de Disney ont jugé qu'il ne fallait pas courir le risque d'un procès. Même si nous étions certains de le gagner, car cela aurait pu retarder la date sortie du film. Nous avons donc décidé de laisser apparaître les noms de Joss WHEDON, Bryce et Jackie ZABEL de manière à éviter tous problèmes, même s'ils ne le méritent pas vraiment.
AL : Savez-vous si un traitement graphique avait déjà été envisagé pour le premier projet ?
Kirk WISE : C'est fort probable. Je n'ai personnellement vu aucun croquis, mais il y a nécessairement eu des concepts graphiques développés. Mais je n'en sais pas plus.
AL : C'est étonnant, mais certaines scènes sous-marines, ainsi que les idées de base du film, le design de Milo, de Helga, de Kida et de sa pierre bleue ressemblent beaucoup à ceux de la série Nadia ou le Secret de l'Eau Bleue ?
Kirk WISE : La première fois que j'ai entendu cette polémique la production d'
Atlantide était déjà achevée. Je peux vous assurer que ni moi, ni Gary n'avons vu la série japonaise que vous mentionnez. C'est Michael J. FOX qui nous a inspiré pour Milo, tandis que pour Helga c'est Greta GARBO, les membres de l'équipage étant une parodie des baroudeurs que l'on aperçoit parfois dans les films d'Howard HAWKS. Renseignements pris, il semble que nous nous soyons intéressés aux mêmes idées et donc que nous ayons puisé notre inspiration aux mêmes sources que les créateurs de
Nadia. Mais, à mon avis, les similitudes s'arrêtent là.
AL : Peut-on cependant imaginer que certaines personnes ayant participé au développement du film, je pense notamment à Kevin HARKEY (superviseur de l'histoire des personnages) et Don HAHN, eux aussi crédités sur le générique du
Roi Lion aux postes respectifs de scénariste et de producteur aient intégré à votre insu dans
Atlantide des éléments inspirés de
Nadia ?
Kirk WISE : Honnêtement, je ne crois pas. Pour avoir une certitude il faudrait leur poser la question. Cependant, il est vrai que la création d'un tel film résulte d'un bouillon de culture. Chaque intervenant apporte une partie de sa sensibilité et de son expérience. Il est donc impossible de tout contrôler.
AL : Vous avez employé une méthode atypique pour convaincre Michael EISNER de la validité de votre projet ?
Gary TROUSDALE : Comment savez-vous ça ? En effet, avec Kirk nous avons utilisé une analogie douteuse avec DisneyLand. Nous avons dit à Michael que nos deux précédents films faisaient de formidables attractions à Fantasy Land. Nous lui avons donc expliqué qu'il était nécessaire de rétablir un équilibre. Pour cela, il fallait absolument que nous mettions en scène une bande située à Adventure Land. Cette analogie fit sourire Michael, qui a simplement répondu : vous semblez avoir bien réfléchi à tous les aspects du problème. Faisons-le, transportant les spectateurs au coeur de l'Atlantide.
AL : Michael EISNER a donc facilement validé votre projet. Pourtant, certaines de vos idées étaient risquées, comme celle d'employer un format cinémascope ?
Gary TROUSDALE : A l'époque, nous n'avions pas encore tout dit à Michael (rires). Le cinémascope s'est imposé à nous très rapidement. Tous les films d'aventures produits dans les années 50 et auxquels nous voulions rendre hommage furent tournés en cinémascope. Certes, ce format est rarement utilisé en animation (ndlr : il est employé dans
La Belle au Bois Dormant ou plus récemment dans
1001 Pattes). Néanmoins, il est le seul à pouvoir rendre compte correctement de l'ampleur des décors et de l'action. Ce format large à un impact extraordinaire. Il nécessite une approche particulièrement soignée de la composition scénique de manière à mettre à contribution toute la surface de l'écran. Bien sûr, la première réflexion que nous firent Don HAHN et Michael EISNER fut : "Le cinémascope va nous contraindre à gérer une surface utile d'images supérieure de 30 %, cela signifie-t-il qu'il faudra augmenter le coût et la durée de la production d'un ratio équivalent ?" La réponse à cette question était, "hmmm, pas vraiment". Bien sûr, il a fallu que les infographistes et les dessinateurs peignent des toiles plus grandes. Mais, en terme de quantité de plans, cela ne changeait rien, le nombre demeurait identique. En fait, nous avons juste modifié la taille de la fenêtre à travers laquelle le spectateur regarde défiler la bande. De toute manière, il aurait été stupide de ne pas user du cinémascope, car
Atlantide, l'Empire Perdu se prête particulièrement bien à son emploi puisqu'il s'agit d'une histoire dont l'objectif est de mettre l'action en valeur. La vision périphérique étant plus grande, la force des images est décuplée, car le spectateur est projeté au coeur du film. Le cinémascope nous a offerts plus de place pour les mouvements des personnages, ce qui nous permit de filmer des scènes plus longues. Le seul inconvénient auquel nous avons dû palier fut la gestion des mouvements des personnages et des objets dans un même plan. En effet, un cadre aussi grand ne doit pas contenir un tableau statique, sinon il lasse le public.
AL : Pour palier aux 30% supplémentaires de surface à "dessiner", le cinémascope vous a permis de rallonger la durée des scènes et donc de réduire le nombre d'angle de prise de vues. Les standards américains d'animation plébiscitent des plans-séquences dont la durée est d'environ 4 secondes. Dans
Atlantide, certains atteignent 40 secondes. Pourquoi avoir fait ce choix, quelque part pas très éloigné des partis pris esthétiques usités pour les séries animés japonaises ?
Gary TROUSDALE : Nous nous sommes aperçus que le cinémascope permettait de verrouiller plus longuement la caméra sur un plan. En fait, le mouvement de la caméra est remplacé par celui de l'oeil du spectateur, qui navigue dans le cadre. Le travail du metteur en scène est alors de le guider, de la même manière qu'une caméra justement. En faisant survenir des événements à des endroits opportuns du cadre on obtient un rythme atypique et intéressant en terme de narration visuelle. Bien sûr, il faut que les personnages bougent beaucoup à l'intérieur d'un plan, mais cela évite d'être "cut cut cut". Dans ce genre de mise en scène, les paysages et les décors ont un rôle prépondérant à jouer. De même pour les personnages. Il faut décupler l'attention qu'on leur porte car, par rapport au même film alternant les "champs contrechamps", leur langage gestuel gagne en puissance. Enfin, grâce au cinémascope, les scènes d'actions sont embellies, car ce ne sont pas les mouvements d'appareils qui impriment un rythme, mais bel est bien la réalité de la situation à l'écran, qui est embrassée dans sa quasi-globalité, non pas par fragments épileptiques.
AL : La manière dont vous avez travaillé les images d'Atlantide conçues par ordinateur est-elle aussi relativement proche des conceptions graphiques nippones ?
Kirk WISE : Je ne sais pas comment travaillent les Japonais. Mais, si c'est ce que vous voulez dire, nous avons en effet soigné les plans en CG du film. Auparavant, la mode était de les utiliser sans retouche. Or, cela les rendait particulièrement voyants. C'était à la mode mais pas vraiment esthétique. Pour
Atlantide nous avons choisi d'employer des filtres de couleurs, de modifier la lumière voire même de faire redessiner certaines scènes "infographiques", de manière à ce que l'univers numérique et le monde analogique s'épousent parfaitement. Nous voulions absolument conserver la patine du travail fait à la main.
AL : Autre parti prit risqué, il n'y a aucune chanson, ni petits animaux rigolos dans
Atlantide, l'Empire Perdu.
Gary TROUSDALE : Nous ne souhaitions pas que le film soit dénué d'humour. Cependant, nous avons refusé de mettre en scène le stéréotype Disneyen du petit monstre en peluche. Les gars du marketing doivent nous haïr pour ça. Mais, on ne peut pas ouvrir un film sur une citation de PLATON et traiter du sujet comme un simple conte de fée. En ce qui concerne la musique,
Atlantide n'est pas le premier film des studios Disney ne comportant pas de chansons interprétées pas les héros (ndlr : voir
1001 pattes et
Dinosaure). Néanmoins, depuis
Steamboat Willy, il est vrai que la musique tient un rôle prépondérant dans l'univers Disney.
Evidemment, il n'y avait aucune raison d'entendre un personnage chanter dans
Atlantide.
Kirk Wise : Le compositeur, James NEWTON HOWARD s'est avéré être un fabuleux partenaire. Il nous a beaucoup aidé à définir les grandes lignes narratives du film. La plupart des thèmes musicaux furent enregistrés après que toutes les scènes du film aient été dessinées. Cependant, James avait composé une version zéro de certaines mélodies pour illustrer les premiers rushs. Cette couleur musicale nous a beaucoup inspirés. Nous souhaitions que la musique d'
Atlantide soit exotique sans être identifiable. Pour exaucer notre souhait James a utilisé des instruments du monde entier lors de son enregistrement. Certains n'avaient d'ailleurs jamais été associés auparavant sur une même partition. Même s'il n'y a pas de chansons, nous souhaitions que la musique ait un impact dramatique dans notre film, en tout cas au moins autant que dans les autres productions estampillées Disney.
AL : Vous vous démarquez également de la franchise Disney en filmant des scènes violentes, des cadavres et même un personnage qui fume comme un pompier. D'ailleurs, le film est classé "Parental Guidance" aux USA ?
Gary TROUSDALE : Je suis personnellement contre le fait que les gens considèrent Disney comme le dernier havre de paix contre la violence. Déjà, dans de nombreux films produits par le studio il y a des scènes d'action et parfois de nombreux morts. Certes, les films en question appartiennent le plus souvent au registre "live", comme 20.000 Lieux sous les Mers, justement. Ensuite, il ne faut pas oublier que les dessins animés sont une caricature. La violence y étant graphique elle est presque instantanément désamorcée. Personne ne taxe de cruauté les Tex AVERY. Pourtant, le coyote s'y fait tuer plusieurs fois en quelques minutes seulement. Je crois que la psychose concernant la violence sur grand et petit écran est un problème relatif à notre société. Les critères étaient beaucoup moins stricts il y a trente ans. Mais, sans entrer dans ce débat épineux, il est vrai que la classification "PG" a posé un problème. Nous en avons donc longuement discuté avec les exécutifs du studio pour finalement prendre le risque de sortir le film sans retouches. Il faut bien comprendre que les films d'animations sont des oeuvres aussi nobles et aussi diversifiées que leurs homologues tournés en prise de vues directes. Lorsque le sujet l'impose, il ne faut pas hésiter à filmer de la violence, à condition bien sûr de ne pas franchir les limites de la décence et du respect que nous devons à notre public. Il n'est pas ici question de filmer des décapitations en gros plan. Comme pour l'emploi du cinémascope, les problèmes de la violence et de l'usage de la cigarette ont été beaucoup discutés en amont de la production. Pour la cigarette, nous avons pensé que sa présence à l'écran était essentielle pour affirmer notre positionnement par rapport au cinéma hollywoodien d'aventure des années 50. Et puis, je ne devrais pas le dire (rires) mais j'avoue qu'à cause du stress la plupart de nos directeurs de l'animation fument. Plus sérieusement, dans le Hollywood d'après-guerre, l'emploi de la cigarette était un gimmick. Conscients de nos responsabilités, nous ne souhaitions pas en faire un usage aussi glamour, ni aussi sophistiqué. Il est évident que Mme Placard est un personnage acariâtre et en mauvaise santé, pas le genre d'héroïne auquel le public souhaite s'identifier. Je peux vous rassurer,
Atlantide, l'Empire perdu n'est pas sponsorisé par l'industrie du tabac.
AL : A l'aune de tout ce que vous m'avez déjà raconté, et en prenant en compte le fait qu'il n'y ait que des personnages adultes dans le film, on pourrait considérer qu'
Atlantide, l'Empire perdu, inaugure pour Disney une nouvelle génération de long-métrage d'animation ?
Gary TROUSDALE : Oui et non. Il est vrai que depuis
Le Roi Lion, suite au succès duquel toutes les majors ont voulu créer un département animation, notre média a beaucoup progressé. Sans ces évolutions,
Atlantide, l'Empire perdu n'aurait jamais trouvé de financement. Pour répondre à un cliché, il est vrai que de nombreux réalisateurs souhaitent produire des films animés plus adultes. Cependant, il faut tenir compte du marché. Beaucoup de studios ont fermé leurs portes. Changer les habitudes du public n'est pas évident. C'est une démarche lente. Rien ne prouve encore qu'il existe un potentiel pour l'animation adulte. Toutefois, les bons résultats d'
Atlantide, l'Empire perdu sont encourageants.
AL : Quand vous parlez de clôture de studio, vous faites référence à la Fox, dont le département animation fut dissout suite à l'échec de
Titan A.E., un projet finalement relativement similaire au vôtre ?
Gary TROUSDALE : C'était également un film de science-fiction dénué de chansons. Mais, à mon avis, les comparaisons s'arrêtent là. Bien sûr, lorsqu'un grand film d'animation s'avère un échec, je suis sincèrement navré. Le projet de Don BLUTHétait ambitieux. Malheureusement, il a rencontré une multitude de problèmes financiers et techniques. Puis, à mon avis, une mauvaise politique a été mise en place. Contrairement à
Atlantide, l'Empire perdu, qui reste un film destiné à un large public en raison de ses ramifications multiples et de son nombre élevé de personnages variés,
Titan A.E. était trop restreint en terme d'audience. Le film s'adressait presque exclusivement aux jeunes adolescents de sexe masculin, qui représentent paradoxalement l'un des publics les plus réfractaires à l'animation. L'idée était belle. Mais il ne faut pas oublier que les films à gros budget doivent nécessairement s'adresser à un large public pour être rentables, sinon on court à la catastrophe. Des millions de dollars sont en jeu.
Les meilleures volontés du monde n'y changeront rien.
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