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Le 01/04/2001 par Julien BASTIDE

Un petit poids dans la tête

Bon pied bon œil, "Trésor National Vivant" au Japon, l'artiste-plasticienne KUSAMA Yayoi, âgée de 72 ans, présente à la Maison du Japon à Paris une série d'environnements fascinants.

Artiste culte en France et aux États-Unis, KUSAMA, internée volontaire en établissement psychiatrique depuis 1973, est une figure mythique de l'avant-garde artistique américaine (où elle vécut de 1958 à 1973) et reste adulée au Japon (elle a travaillé avec le photographe ARAKI Noboyushi, et a tourné dans le film Tokyo décadence, réalisé par le romancier MURAKAMI Ryû). L'exposition rassemble une série d'installations grisantes, qui jouent avec bonheur sur la perception du spectateur/acteur, autour de ses thèmes favoris : l'infini et... le pois !



Hallucinations
Cette dernière obsession provient, d'après l'artiste, de ses "hallucinations", les premières étant survenues pendant son enfance. Depuis, le pois resurgit en permanence dans ses installations, ses toiles ou ses happenings. En effet, alors qu'elle vivait aux États-Unis, KUSAMA s'était fait une spécialité de ces performances publiques provocatrices : avec une troupe de jeunes gens nus, peints de gros pois de couleurs, elle envahissait des lieux publics, et ce jusqu'à l'arrivée de la police. En 1969, elle réalise le film KUSAMA's Self-Obliteration, constitué d'images de ses naked happenings. Une salle, en fin d'exposition, nous permet de revoir ces images, ainsi que des expériences vidéo plus récentes. Autre provocation : en 1966 elle participe "sauvagement" à la Biennale d'Art Contemporain de Venise, déversant 1500 boules miroitantes dans les canaux de la cité. Elle y retournera en 1993, cette fois officiellement invitée par les organisateurs...



Le miroir et l'infini
Ces boules ouvrent d'ailleurs l'exposition parisienne, en un jardin Zen lumineux qui se reflète sur les vitres du deuxième étage de la Maison du Japon, et au delà, sur la Seine et les toits de Paris. La suite est un parcours troublant et jubilatoire, qui plonge le spectateur au coeur d'environnements, et le place comme acteur des oeuvres. Invisible Life nous immerge dans un parcours labyrinthique tapissé de miroirs circulaires ; I'm here but nothing est une pièce d'appartement reconstituée (on remarquera les oeuvres complètes de TEZUKA, dans la bibliothèque), entièrement recouverte de pois de couleur réagissant à la lumière noire. Ladder to Heaven est une échelle en fibre optique lumineuse, reliée à deux miroirs (l'un au sol, l'autre au plafond), qui donne l'impression de s'enfoncer à l'infini dans le ciel et dans le sol... Mais les deux expériences les plus troublantes sont Love Forever et Fireflies on the Water. Dans la première, on glisse la tête à l'intérieur d'une petite salle uniquement constituée de miroirs et l'on observe des motifs lumineux changeants qui se réfléchissent à l'infini, la propre tête du spectateur faisant partie de l'ensemble ! Fireflies on the Water (Lucioles sur l'eau), nous fait pénétrer dans une salle obscure sur un ponton, au milieu d'un bassin rempli d'eau. Les murs et le plafond sont tapissés là encore de miroirs, et des diodes lumineuses pendent du plafond. Le résultat est éblouissant et l'on ressort de la salle émerveillé, grisé, comme ivre de lumière...



Loin d'un art contemporain qui travaille uniquement sur le concept, les oeuvres de KUSAMA Yayoi, immédiatement accessibles, jouent sur la perception et l'imaginaire du spectateur. Une exposition réjouissante et ludique, chaudement recommandée.



©Tous droits réservés



KUSAMA Yayoi, "Installations"
Du 13 février au 19 mai
à la Maison de la Culture du Japon à Paris,
101bis quai Branly, 75015 Paris.
Métro : Bir-Hakeim
Tel : 01 44 37 95 01
Du mardi au samedi de 12h à 19h.
Nocturne le jeudi jusqu'à 20h.
Prix d'entrée : 30 F / Tarif réduit : 20 F
 
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