Articles | internationalLe 01/04/2001 par Stephane FERRANDJapon : féminisation
Japonaises, la révolution douce, par Anne GARRIGUE est un ouvrage incontournable pour qui veut percer à jour certains aspects de la mentalité japonaise. L'ouvrage s'intéresse en fait à l'évolution de la place de la femme dans la société japonaise, mais c'est aussi tout un mode de pensée en difficile mutation qui se dévoile à nous.
Anne GARRIGUE fait ainsi le point sur une population féminine dont la présence à tous les niveaux de l'économie s'avère nécessaire mais non encore voulue. S'il est dur d'être une femme dans l'univers professionnel mondial, cela est encore plus vrai dans un Japon formaliste et traditionnellement machiste. Mais au delà de la quête de féminisation, c'est aussi une quête d'individualisme que les japonaises mènent pour le peuple entier. Les jeunes sont les plus convaincues, les plus motivées vers le changement, dans leurs relations avec leurs parents ou leur petit ami. Mais les femmes divorcées, ou celles dont l'enfant s'assume seul, reviennent également volontiers à une vie plus active. Et en période de crise, cela passe en premier lieu par un travail, ce qui n'est pas sans poser moult problèmes.
"Les grosses entreprises sont les plus archaïques", bien sûr, et on apprend que seulement 6 % des femmes sont des cadres. L'impossibilité de lier vie de famille et travail intéressant reste toujours d'actualité, même si " les femmes quittent de moins en moins l'entreprise quand elles se marient ". L'auteur rappelle également la lenteur de l'évolution des esprits, "la loi sur l'égalité des chances devant l'emploi datant (tout de même) de 1986". Les jeunes se bercent de leurs illusions, fuyant le réflexe du plan de carrière grâce aux petits jobs (arubeito) qui leur sont destinés. Reste que l'émancipation progressive de la femme japonaise amène d'autres problèmes dans la vie privée. Encore plus soumise aux pressions du travail, la working girl version asiatique affronte aussi la rivalité professionnelle au sein de son couple.
La femme japonaise mène ainsi plusieurs quêtes de front. Individualisme, reconnaissance, égalité, mais aussi hédonisme, écologisme, indépendance financière sont leurs buts. En un mot : une vie meilleure avec pour crédo "tout concilier, ne rien sacrifier".
Anne GARRIGUE se fait ainsi l'écho de ces attentes, dans cet ouvrage très accessible, rempli de témoignages et remarquablement précis dans les chiffres et dont cet article ne saurait résumer la vastitude du propos. Japonaises, la révolution douce est à lire pour son édification personnelle autant que pour mieux saisir l'image de la femme dans les manga, depuis l'icône de la femme à la maison jusqu'à l'émergence des héroines au caractère prédominant.
©Tous droits réservés
Anne GARRIGUE
Japonaises, la révolution douce
Octobre 2000
Picquier Poche
340 p.
55F