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Le 01/06/2002 par Nathalie B.

La saga RING

Sortis sur nos écrans en 2001 et 2002, les films Ring et Ring 2 ne sont qu’une partie de ce qui constitue la saga Ring. Imaginé par l’écrivain SUZUKI Kôji, ce récit de terreur a engendré adaptations filmées, suites et prologue, créant un phénomène au Japon. Depuis, les lycéens se font peur pendant la récréation et les films de terreur se multiplient. Grosse opération commerciale ou mode séduisante ?

Ring est le coup de téléphone qui vous prévient gentiment que vous allez mourir dans une semaine... uniquement si vous avez regardé une cassette maléfique dont nul ne sait ni ce qu'elle contient, ni où la trouver. La parution en cours aux éditions Pocket de la trilogie Ring est l'occasion de découvrir le récit originel de l'écrivain Kôji SUZUKI, dont on a pu voir en France les deux premières adaptations pour le cinéma, Ring et Ring 2. En écrivant le premier roman, en 1991, SUZUKI enclenchait une implacable mécanique médiatique qui allait effrayer le Japon pendant la décennie 90. En effet, tout a été orchestré de façon à maximiser l'impact de l'histoire de fantômes imaginée par l'écrivain.



Né en 1957, SUZUKI Kôji est récompensé par le Grand prix de l'Imaginaire japonais avec Le Paradis (Rakuen) en 1990. Ring paraît l'année suivante chez Kadokawa Shoten et se vend à 500 000 exemplaires en quelques mois. En 1995, un téléfilm, réalisé par TAKIGAWA Chisui pour Fuji TV, est diffusé avec succès, au moment même où la suite de Ring, Rasen, sort en librairie. Kodansha édite un manga en 1996, et la vidéo du téléfilm est mise en vente en juillet de cette même année, commémorant ainsi le cinquième anniversaire de la publication du roman Ring et le premier de Rasen. Le succès ne se démentant pas, est mis en chantier sous l'égide de la Kadokawa la production d'un film de cinéma, ou plutôt deux films... En effet, la production veut sortir le même jour les adaptations de Ring et Rasen. NAKATA Hideo réalise Ring, tandis que IIDA Jôji, qui avait participé à l'écriture du scénario du téléfilm, met en scène Rasen rebaptisé Spiral. Les deux films sortent le 31 janvier 1998 et sont des très gros succès. Le film de NAKATA a été distribué en France en 2001, auréolé de prix remportés dans les festivals et d'une réputation élogieuse. Selon la loi du genre, il y a ceux qui marchent et ceux qui ne marchent pas. Ring est un film de terreur pure, à l'image de son histoire, dont les personnages centraux sont un fantôme... et une cassette vidéo. La vidéo en question provoquerait la mort de ceux qui l'auraient vue, ce qui ne l'empêche pas de circuler sous le manteau parmi des lycéennes en quête de sensations fortes. D'autres personnes s'y intéressent, comme la journaliste Asakawa Reiko, qui interviewe des jeunes filles sur les rumeurs qui courent à son sujet. Reiko, établissant vite le lien entre la vidéo et les morts inexpliquées de lycéens, va demander de l'aide à son ex-mari, le professeur Takayama Ryuji (interprété par SANADA Hiroyuki, le héros de Uchu kara no messeji : Ginga Taisen, série TV de 1979 connue en France sous le titre de San Ku Kaï !). Tous deux vont découvrir l'histoire d'une jeune femme aux pouvoirs surnaturels disparue depuis des années, prénommée Sadako.



NAKATA Hideo (Joyurei, Chaos) a opté pour une réalisation elliptique faisant appel à notre imagination et à nos fantasmes. Il filme souvent ses acteurs soit en gros plan, soit en plan large, ce qui fait que soit ce que voit le personnage est hors-champ, soit l'on s'attend sans cesse à voir surgir quelqu'un dans son dos. Par cette mise en scène fuyante, il aboutit à une réalisation contrastée. Sur la fin, au contraire, NAKATA nous oblige à regarder l'insoutenable... De plus, il prend son temps pour installer l'histoire et les personnages, les rendant crédibles et attachants (à l'image de la jolie scène muette où Takayama Ryuchi et son jeune fils Yoichi se croisent sous la pluie). Quant aux séquences de la vidéo maudite, NAKATA reconnaît avoir demandé des conseils à KUROSAWA Kiyoshi (Cure, Charisma, Kairo), pressenti pour réaliser Ring mais n'ayant pu accepter. KUROSAWA a suggéré notamment de filmer des personnes à l'apparence ordinaire mais à la gestuelle anormale. Aussi NAKATA a-t-il utilisé le principe du rétro-mouvement, les acteurs faisant les mouvements à l'envers, puis le réalisateur inversant le sens de la pellicule lors du montage.



Cette habile mise en scène est servie par une bande son très travaillée, où là encore alternent le silence le plus total et les hurlements. Ainsi, n'étant pas utilisés de façon systématique, les bruitages, assez appuyés, passent bien, tout comme la bande originale, sobre et dépouillée telle de la musique concrète, signée KAWAI Kenji (Ghost in the Shell, Avalon). Tous ces éléments font du film une réussite. Le public nippon lui a fait un triomphe, et divers festivals occidentaux lui ont réservé un très bon accueil critique (il a été récompensé par le Grand prix du Festival International du Film Fantastique de Bruxelles).



NAKATA et le scénariste TAKAHASHI Hiroshi ne s'arrêtent pas là. Malgré Spiral, suite « officielle » de Ring, ils livrent leur propre version de Rasen, Ring 2, sensiblement éloignée de Spiral. Existent donc deux suites distinctes de Ring, toutes deux datant de 1998. Ring 2 nous est parvenu le 20 mars 2002, beaucoup plus confidentiellement et précédé d'une réputation moins élogieuse que le premier volet. Hormis les mêmes personnes aux commandes et une parfaite continuité au niveau du récit (le film commence une heure après la fin de Ring), Ring 2 est beaucoup moins réussi, ce qui faisait le suspense et le charme de la découverte étant ici complètement dévoilé. La protagoniste est cette fois Tanako Mai, assistante de Takayama, qui se rend à la morgue pour voir le cadavre retrouvé de la maléfique Sadako. Dotée de pouvoirs psychiques, Mai s'intéresse de près au passé de Sadako et au fils de Ryuchi et Reiko, Yoichi, lui aussi gratifié de dons particuliers. Malgré une panoplie de bruits humains ou non humains estampillés inquiétants (une vraie compilation de chuchotements, cris, hurlements, crissements, grincements, suintements, etc), le mystère et la peur se sont envolés. La terreur fait place à des démonstrations de pouvoirs paranormaux donnant lieu à des scènes parfois ridicules (la palme revenant à celle où le Docteur Kawajiri, au bord d'une piscine, fait des expériences sur Yoichi et Mai... alors que la réflexion qu'elle comporte sur l'eau, comme médium entre morts et vivants, pourtant intéressante, est assez confuse). D'où une atmosphère de surnaturel fantastique bien loin de la terreur du premier film. L'élément le plus intéressant de Ring 2 est sans doute le message sous-jacent concernant notre peur, et sa création par notre esprit. La peur, qui peut prendre la forme d'une Sadako comme dans l'univers de Ring, n'est-elle pas celle de notre propre côté malsain ? Par conséquent, au regard de la vidéo maléfique, n'est-ce pas nous qui pervertissons les images, et non pas les images qui sont au départ perverties ?



Conscients, eux, du pouvoir des images, les producteurs ont continué à exploiter l'enthousiasme provoqué par Ring. Une autre adaptation a été faite en série TV. SUZUKI, devenu le Stephen KING japonais, a achevé sa trilogie avec The Loop, puis, comme une trilogie ne contient par définition que trois volumes, a écrit Birthday, nouvelle qui sert de prologue à l'ensemble. Le film Ring 0 : Birthday a été réalisé par TSURUTA Norio en 2000, avec toujours TAKAHASHI au scénario. Le succès du film semble montrer que le filon n'est pas encore épuisé. Les plus touchés par cet engouement sont les 15-35 ans, qui ont fait du fantôme de Ring, Sadako Yamamura, une star. Pourtant, la jeune femme n'a rien d'une idole classique... Pas très attirante, car mal fagotée (une robe blanche qui ressemble à un sac à patates), et bizarrement coiffée, puisqu'elle a toujours les cheveux dans la figure, ce qui finalement n'est pas si mal quand on a vu son visage (mais ça, on se le dit seulement après coup, et en général, c'est trop tard pour se faire ce type de réflexion), elle est surtout très mal attentionnée. Mais, victime autant que bourreau, elle s'attire la sympathie des jeunes japonais. Tout a commencé quand en 1995, la diffusion du téléfilm coïncidant avec l'explosion de la téléphonie mobile au Japon, une rumeur court autour de la cassette maudite et de la sonnerie fatale du téléphone. Les adolescents se bombardent de messages terrifiants ! Puis, début 1996, circule une légende selon laquelle Sadako errerait dans les couloirs des écoles durant les pauses entre les cours... Des mesures sont même prises pour interdire de coiffer ses cheveux longs dans la figure pour aller en classe ! Fanzines, émissions radio se multiplient pour parler de Sadako, tandis que les kowai manga (manga romantico-gores pour jeunes filles) en font un personnage récurrent de leurs récits. D'autres manga y font parfois référence (par exemple GTO, volume 13, de FUJIZAWA Toru).



Dorénavant, les jeunes japonais ont l'embarras du choix concernant les films d'horreur, Ring ayant relancé la production cinématographique d'un genre pourtant tombé en désuétude. Existe en effet une tradition asiatique de films d'horreur dédiés aux fantômes. Inspirés des histoires de fantômes chinois, les films de revenants nippons mettent souvent en scène un fantôme de femme, à la longue chevelure noire, vêtue d'une robe blanche, et qui flotte dans les airs, paumes en dedans (pour présenter le dos de la main, qui représente l'énergie négative). Des parfaites cousines de Yamamura Sadako... Les pièces de théâtres Nô et Kabuki, remplies de personnages de revenants, ont aussi beaucoup été adaptées au cinéma. Ces films de fantômes, baptisés yurei eiga ou bake monoeiga, connaissent leur âge d'or dans les années 50-60 ; des sous-genres voient le jour comme les kaibyo eiga ou films de chat fantôme (la femme fantôme se transformant en chat) et certaines oeuvres deviennent des classiques. NAKATA Hideo cite parmi les films qui l'ont inspiré Tokaido Yotsuya Kwaidan (1959) de NAKAKAWA Nobuo. C'est notamment par l'utilisation du medium moderne qu'est la vidéo que le cycle Ring renouvelle le genre. Depuis, les films d'horreur fleurissent. Outre les ersatz de l'oeuvre de SUZUKI et les réadaptations de classiques, des réalisateurs plus inventifs utilisent des faits divers récents ou des objets actuels tout comme pour Ring avec l'image et la vidéo. KUROSAWA Kiyoshi, qui a tourné un court-métrage inspiré de l'oeuvre de SUZUKI, a lui aussi apporté un renouveau en centrant l'histoire de fantôme de Kairo (2001) autour de l'ordinateur. Malgré son aspect marketing, Ring a sauvé et enrichi un genre quasiment disparu.



Savamment entretenu par les différents medias (TV, cinéma, manga etc), le phénomène Ring est certes le résultat d'une stratégie médiatico-commerciale multimedia, mais pas seulement. C'est aussi un univers intéressant, véritablement original (de moins en moins puisqu'avidement copié...), qui nous a livré avec le premier film du bon cinéma de terreur comme on en voit rarement aujourd'hui. Face aux très gros succès des films au Japon et à leur audience internationale, il ne manquait plus que Hollywood pour accommoder Ring à sa sauce. C'est chose faite. Les droits des premiers films ayant été rachetés par les studios américains, un premier Ring US vient d'être tourné, avec Naomi WATTS, abonnée (hormis sa magnifique prestation dans Mulholland Drive de David LYNCH) aux films de série Z. Une curiosité qui risque de ne rien apporter d'original au monde déjà bien rempli de Ring.
 
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