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Le 01/11/2001 par Julien BASTIDE

2è entretien avec Frédéric Boilet

Cet entretien fait référence à l’événement Nouvelle Manga, manifestation organisée par Frédéric BOILET du 29 septembre au 14 octobre dernier, à Tôkyô. Le programme complet de l’événement est disponible sur :

AnimeLand: Cet événement a été organisé dans le cadre du festival art-Link 2001, qui investit les vieux quartiers de Yanaka et d'Ueno à Tôkyô. Comment es-tu entré en contact avec les organisateurs ? De quel budget disposais-tu ? Est-ce qu'ils t'ont laissé carte blanche ?

Frédéric BOILET:
Tout s'est décidé très rapidement au cours d'un repas avec deux amis membres de l'association art-Link, un soir de novembre 2000... Au départ, je cherchais une simple salle d'exposition pour présenter les planches d'un livre que YAMADA Naito et moi avions projeté de réaliser ensemble un an plus tôt et dont la date du publication devait correspondre à la période du festival, mais l'idée de la Nouvelle Manga qui sous-tendait l'ouvrage les a séduits et c'est l'organisation de tout un événement qu'ils m'ont proposé !
Nous avions 10 mois pour réaliser l'ensemble du projet, l'imaginer, le budgétiser, trouver les sponsors, les lieux d'expo, former une équipe de bénévoles...
L'association art-Link prenait en charge toute l'organisation : en décembre 2000, elle démarrait à zéro, sans un yen, avec une équipe technique constituée de deux personnes, MIKI Issei, responsable financier, et FUJITA Toshimasa. Ils étaient bientôt rejoints par KONNO Mariko, responsable logistique, par ailleurs étudiante aux Beaux-Arts mais aussi modèle de plusieurs personnages de mes BD, dont Yukiko... De notre côté, YAMADA Naito et moi avions carte blanche pour définir le contenu de l'événement.



AL: C'est donc YAMADA Naito et toi qui avez dirigé les quatre expositions et la performance, qui avez choisi et contacté les auteurs que vous vouliez y voir figurer ?

F.B.:
L'idée d'une exposition principale présentant les planches originales d'auteurs français et japonais s'est imposée d'elle-même, et si mes souvenirs sont bons c'est YAMADA Naito qui a lancé celle de l'atelier commun portes ouvertes. J'ai pour ma part proposé d'y inviter David B., Fabrice NEAUD et Loïc NEHOU. Je souhaitais bien sûr y convier des auteurs japonais, tout comme je pensais tout naturellement que YAMADA Naito se joindrait à nous, mais les choses n'ont pas évolué en ce sens.
Après quelques semaines, YAMADA Naito prenait ses distances avec l'événement, proposant toujours d'y participer mais, disons, en tant qu'invitée, et nous laissant à mes partenaires japonais et moi-même la charge de l'organisation. Dans la foulée, elle a également abandonné notre projet de livre commun, qui était pourtant à l'origine de l'événement... Au printemps 2001, nous avons dû nous adapter : la Nouvelle Manga n'était plus le projet créatif, éditorial et événementiel commun de YAMADA Naito et moi-même, mais celui d'art-Link et le mien.
Entre temps, MIKI Issei et KONNO Mariko n'avaient pas chômé : le budget fixé, ils avaient décroché un premier sponsor puis trouvé un premier lieu, la galerie Kingyô qui acceptait d'accueillir la performance-exposition de l'atelier commun, la future Maison de la Nouvelle Manga.
En juin, les Beaux-Arts proposaient leur superbe salle MASAKI Kinenkan pour l'exposition principale, tandis qu'après Ego comme X en France, les éditions Ohta décidaient de publier L'Épinard de Yukiko au Japon sous le label Nouvelle Manga.
Début juillet, une quarantaine de bénévoles, dont une dixaine de traductrices, avaient rejoint l'équipe du projet Nouvelle Manga, principalement des jeunes filles âgées de 19 à 27 ans, aussitôt baptisées "Nouvelle Mangirls" par Mariko ! Parmi elles, l'architecte d'intérieur KOJIMA Satoko, qui a accepté de se charger des scénographies de l'exposition Fabrice NEAUD et de la Maison de la Nouvelle Manga... Un garçon enfin, et pas des moindres, s'est joint à nous et mettait définitivement notre projet sur les bons rails, l'architecte NATSUME Tomomichi à qui j'ai pu confier la scénographie de l'exposition principale aux Beaux-Arts...



AL: Une exposition dans un décor typiquement japonais (cloisons et tatamis, lumière naturelle, visiteurs déchaussés, petites tables où étaient présentées les planches originales). L'atmosphère devait être propice à la contemplation ! Ce type d'installation n'est-il d'ailleurs pas plus adapté à la présentation de planches de bandes dessinées, comparée aux expositions traditionnelles (accrochage au mur, spectateur debout) ?

F.B.:
La nature même de la salle, une grande pièce d'architecture japonaise autrefois destinée aux expositions d'emakimono, les dessins sur rouleaux, suggérait une présentation à l'horizontale... Comme les visiteurs d'autrefois, ceux de l'exposition Nouvelle Manga étaient ainsi invités à s'asseoir en tailleur pour regarder les originaux, planches finalisées ou esquisses simplement posées sur un fond de velours, parfois aux côtés d'ouvrages ouverts ou fermés...
Au contraire des expositions verticales traditionnelles, où l'on regarde les planches au lieu de les lire, en passant et comme un tableau, cette présentation à l'horizontale m'a effectivement semblé tout à fait adaptée à la nature de la bande dessinée. Les cahiers originaux de Frédéric POINCELET avaient eux aussi particulièrement fière allure dans leur socle horizontal...



AL: Comment s'est passé la performance-exposition ? Là encore, c'est un concept original qui se prête parfaitement à la découverte de la bande dessinée ?
Tu étais sur place tous les jours, dans ton propre atelier, que tu avais déplacé pour l'occasion, pour commenter les planches exposées ou présenter l'auteur invité du jour. Quels auteurs se sont prêtés au jeu ? Quelles ont été les réactions des visiteurs, plongés dans le quotidien d'un auteur de BD ?

F.B.:
Quand YAMADA Naito avait lancé cette idée d'un atelier portes ouvertes, il s'agissait sans doute pour elle de coller à l'esprit particulier du festival art-Link, celui d'une intégration des artistes et de leurs oeuvres dans les quartiers populaires de Tôkyô, dans une volonté d'échange, de communication avec ses habitants...
Personnellement, j'y voyais en plus la chance d'un échange en profondeur entre auteurs français et japonais, l'occasion unique de leur faire partager la convivialité et la créativité, extrêmement rares au Japon, de l'atelier commun à la française, à l'image de l'Atelier des Vosges où j'ai travaillé deux années aux côtés de David B., Joann SFAR, Christophe BLAIN, Émile BRAVO et quelques autres...
Malheureusement, si, côté français, les auteurs invités se sont tous prêtés au jeu avec générosité pendant les 10 jours de la performance, aucun artiste japonais n'était finalement sur les lieux, à part Yuka bien sûr, l'épouse et partenaire coloriste de Walter.
Le désistement de YAMADA Naito annoncé quelques semaines avant le début de la performance ne nous a pas aidés. Mais peut-être ne s'est-elle pas désistée, je veux dire, peut-être n'avait-elle effectivement tout simplement jamais dit clairement qu'elle comptait participer ?
Franchement, je ne sais pas... En tous cas, YAMADA Naito évaporée, je n'ai pas pu, seul et dans les semaines qui restaient, trouver l'auteur miracle supposé la remplacer au pied levé et en même temps m'aider à en contacter d'autres.
La performance de la Maison de la Nouvelle Manga n'en fut pas moins une belle expérience de rencontre entre les auteurs français et les visiteurs. Du simple curieux passé en voisin au professionnel venu en reportage, chacun était accueilli en invité chez un auteur de BD, pouvant librement fouiner dans sa bibliothèque, l'observer pendant son travail ou l'en distraire, boire avec lui une bière ou un thé sur la terrasse... Un moment unique qu'on ne renouvellera pas de sitôt.



AL: À l'étage, une exposition présentait les travaux des coloristes WALTER & YUKA. Pourquoi cette exposition ? Pour marquer la spécificité de la BD franco-belge, quant à l'utilisation des couleurs ?

FB:
Pas particulièrement. Au contraire, la couleur de la BD franco-belge me semble être une carte à manipuler avec beaucoup de prudence au Japon : avec une exposition sur ce thème, le risque était grand de conforter les visiteurs dans leurs préjugés: "la BD, c'est des beaux livres d'images...".
Pour cette petite salle au premier étage, j'avais d'ailleurs dans un premier temps songé à présenter la fameuse exposition itinérante de Comix 2000, toute de planches noir et blanc...
Mais Walter & Yuka sont venus s'installer à Tôkyô en juin. Je les ai rencontrés et me suis aperçu que nous avions les mêmes amis : la plupart des auteurs avec lesquels ils collaboraient étaient ceux que je souhaitais faire découvrir au public japonais, qui me semblaient avoir ici une chance, d'Emmanuel GUIBERT dont je prévoyais de présenter la Guerre d'Alan à l'exposition Nouvelle Manga, à Joann SFAR pour lequel mon épouse et moi venions de traduire un épisode de Grand Vampire dans le magazine Error.
Au fond, en demandant à Walter & Yuka d'exposer leurs travaux, c'est plus leur remarquable sens de la BD (ils ont su collaborer avec les meilleurs auteurs de la génération des années 90) et un parfum d'Atelier des Vosges que j'ai souhaité présenter, que directement leur talent de coloristes, aussi formidable soit-il.



AL: Fabrice NEAUD était le seul auteur français invité qui a fait l'objet d'une exposition spécifique. L'exposition était axée sur sa relation au quotidien dans son Journal (présentation d'objets que l'auteur a utilisés, dont il s'est inspiré). Qu'en a-t-il retiré ? A-t-il pris contact avec des éditeurs en vue d'une publication du Journal au Japon ?

FB:
Il s'agissait d'une installation dans un petit appartement du quartier de Yanaka.
Son concept m'avait été suggéré par Loïc NEHOU et Fabrice NEAUD...
Pour ce dernier comme pour David B., des contacts ont effectivement été pris avec quelques éditeurs japonais, mais il m'est impossible d'en dire plus dans l'immédiat.



AL: Quel était l'objet de la conférence organisée à l'Institut franco-japonais de Tôkyô, le jeudi 4 octobre ? Quels auteurs ont participé ? Les échanges ont-ils été fructueux ?


FB:
Un objet de la conférence était de présenter les auteurs français invités, leur travail, ainsi que les éditions qu'ils représentaient, Ego comme X et l'Association. Un autre était de parler Nouvelle Manga, initiative, échange entre auteurs français et japonais.
La conférence fut à mes yeux un échec. L'auditoire, environ 80 personnes, n'était apparemment pas très intéressé par la présentation des auteurs et éditeurs français, jugée trop longue, il s'est réveillé avec les interventions de YAMADA Naito qui a parlé de diverses choses, mais pas franchement d'échange...
J'étais le médiateur de cette conférence et je ne suis de toute évidence pas fait pour ça. Fort de cette expérience, je m'arrangerai une prochaine fois pour que quelqu'un d'autre, journaliste ou professionnel de la communication, dirige les débats.



AL: Et en ce qui te concerne, quel bilan global dresses-tu de l'événement Nouvelle Manga ? Je crois que tu es un peu déçu de la participation des auteurs japonais. Pourquoi cela ?
F.B.:
Dès lors que j'ai su que nous avions les moyens de convier les trois auteurs français pendant dix jours, ce qui représente une initiative sans précédent au Japon, le bilan était pour moi déjà positif !
Les accords de la superbe salle des Beaux-Arts et de la belle galerie Kingyo, les collaborations des architectes NATSUME Tomomichi et KOJIMA Satoko comme les soutiens des entreprises Fuji Xerox (qui ont imprimé gracieusement toutes nos affiches et nos catalogues), Time Style (qui nous ont prêtés tout l'ameublement de la Maison de la Nouvelle Manga), MaxRay (les éclairages de l'expo aux Beaux-Arts) ou Asahi Beer (boissons gratuites !) ont ensuite garanti la réussite du projet.
Là-dessus l'événement Nouvelle Manga, qui était pourtant une première, a reçu un accueil médiatique invraisemblable. Pour en saisir l'ampleur, il faudrait imaginer son équivalent en France : ce serait un festival de BD et manga organisé pour la première fois à Paris -disons dans le 18e arrondissement et aux Beaux-Arts- par une association culturelle de quartier et un auteur japonais. Ouvrant ses portes quelques jours seulement après les attentats de New York, à une période sensible où les médias avaient d'autres priorités, il aurait pourtant bénéficié d'un article d'une demi-page à une pleine page dans chacun des grands quotidiens nationaux, Libé, le Monde et France Soir, une pleine page dans le Nouvel Observateur, un dossier de 4 pages dans le mensuel Lire, de très beaux articles aux rubriques Art des magazines de mode Elle, Vogue, Marie-Claire et sur le site internet de Biba, plusieurs articles dans la presse culturelle ou artistique dont un dossier de 6 pages dans Technikart et pour couronner le tout un reportage télévisé en direct de 4mn aux infos de 20h00 sur France 2!



C'est ainsi que l'événement Nouvelle Manga a obtenu, dans des proportions et un ordre équivalents, des articles dans les quotidiens Asahi Shimbun, Yomiuri Shimbun, Mainichi Shimbun, l'hebdomadaire Aera, les mensuels littéraires et de mode Da Vinci, Pen, Figaro Japon, le site internet de Spur, le trimestriel d'art NTT Intercommunication. Quant au reportage télévisé, il était sur la NHK! À ceci il faut ajouter deux entretiens avec Fabrice NEAUD et David B. à paraître dans les prochains numéros du trimestriel de référence Comickers, ainsi que les nombreux articles ou annonces parus sur le festival art-Link en général, dans Studio Voice, Travel, Rurubu Japan, Vacation, Spring, Ikebana Ryusei, Tôkyô Walker, et ceux plus particuliers sur L'Épinard de Yukiko ou moi-même dans The Japan Times, Yomiuri Shimbun, Mainichi Gakusei Shimbun, Bijutsu Techô, Mr High Fashion...
Je parlais d'accueil médiatique "invraisemblable", l'adjectif était-il exagéré?
Une déception, en revanche, concerne effectivement la participation des auteurs japonais. À part les visites de TANIGUCHI Jirô, YAMADA Naito, KOIZUMI Yoshihiro et quelques autres, les mangaka ne sont pas venus. Trois auteurs et éditeurs français parmi les meilleurs ont traversé le monde notamment dans le but d'une rencontre, d'un échange avec des auteurs japonais, et c'est comme s'ils avaient trouvé porte close.
En fait, le problème n'a pas été seulement celui des auteurs japonais, mais plutôt celui de l'ensemble de la profession de la manga : peu d'éditeurs spécialisés ont fait le déplacement, à part mes propres éditeurs Ohta Shuppan et Bijutsu Shuppan-sha, ou les éditions alternatives Seirinkogei-sha (magazine Axe) et Seirindô (magazine Garo)...
Je viens d'évoquer l'avalanche d'articles et leur importance dans la presse, mais tu as sans doute remarqué que je n'ai cité aucun journaux de manga, à part le trimestriel Comickers (le mensuel Axe également, a tout de même consacré une annonce à l'événement). Il s'est passé au Japon l'inverse de ce nous aurions eu en France : ce festival hypothétique que j'évoquais dans le 18e aurait peut-être eu quelques lignes dans BoDoï, Pavillon rouge ou Animeland, mais certainement pas dans Lire, Le Monde ou Beaux-Arts; de son côté l'événement Nouvelle Manga a suscité l'intérêt de la grande presse japonaise, quotidiens d'information, journaux de mode et magazines culturels, mais une quasi indifférence de la presse manga...



AL: L'événement fêtait aussi la parution simultanée de L'Épinard de Yukiko en France et au Japon. Quelles sont les premières réactions ? As-tu les premiers chiffres des ventes ?
F.B.:
Je ne connais pas encore les chiffres exacts de vente, mais mon éditeur n'a pas l'air mécontent. Pour ce que je peux en constater, L'Épinard de Yukiko est en excellente place dans les principales librairies de Tôkyô, comme le Kinokuniya de Shinjuku Sud ou les Book 1st et Parco Book Center de Shibuya, parfois même toujours au précieux rayon "nouveautés" bien que quatre mois se soient écoulés depuis sa parution (la librairie du Tsutaya de Shibuya). Je constate même ici ou là du réassort d'Une belle manga d'amour, mon précédent album paru en 1999 chez Bijutsu Shuppan-sha...
Mais les ventes d'un ouvrage sont une indication tout à fait secondaire pour moi, et qui ne donnent strictement aucune information sur sa véritable qualité, son honnêteté ou ses enjeux. Elles sont au contraire presque toujours signe d'une certaine "roublardise", d'un alignement habile sur les formes consacrées, d'une soumission aux modes et aux courants. Mes collègues et amis plus "vendeurs" que moi me reprochent parfois mon extrémisme sur ce point, alors que j'ai seulement le sentiment d'être lucide et honnête. Les best sellers des rayons BD, littéraires ou vidéos sont presque toujours à pleurer, tandis que les vrais bijoux restent, sauf miracle, boudés du grand public : je respecte particulièrement mes deux éditeurs actuels, Ego comme X et Ohta Shuppan, et ne peux que souhaiter qu'ils ne perdent pas d'argent avec L'Épinard de Yukiko, mais d'une manière plus générale, en tant qu'auteur, un succès de vente de l'un de mes albums aurait plutôt le don de m'inquiéter !



AL: Globalement, penses-tu que cet événement aura contribué de manière significative à promouvoir la bande dessinée française d'auteur et ta démarche par rapport à la Nouvelle Manga ? De ton côté as-tu pu établir de nouveaux contacts avec des éditeurs, des auteurs ?
F.B.:
L'événement Nouvelle Manga était une première pierre, il en faudrait évidemment encore beaucoup comme celles-là...
Les vrais projets de traduction et plus largement de création d'ailleurs, les projets de qualité et qui sortent des sentiers battus viennent le plus souvent de rencontres humaines : c'est pour susciter ces rencontres que j'ai fait l'événement Nouvelle Manga. De nouveaux contacts y ont effectivement été noués et quelques précieux projets éditoriaux amorcés en France et au Japon. Ces projets concernent des manga et des BD de tout premier ordre, et qui n'auraient sans doute jamais vu le jour autrement, mais les discussions sont précisément en cours et il m'est difficile d'en dire plus...



AL: Penses-tu rééditer ce type d'expérience au Japon ? Et en France ? La prochaine étape de ton projet serait-elle de faire découvrir, par le biais d'une manifestation comparable, des auteurs japonais issus de la mouvance alternative ?
F.B.:
Je ne crois pas qu'une manifestation de la même importance soit possible en France, pas pour une première en tous cas. Mais dans un premier temps, pourquoi pas un événement plus modeste ? Une exposition, par exemple... Le critique NATSUME Fusanosuke avait déjà levé un coin du voile avec sa belle exposition "Une plongée dans un choix d'histoires courtes" à la Maison de la culture du Japon à Paris en 1999, une exposition Nouvelle Manga en France pourrait peut-être essayer, avec d'autres moyens, de la prolonger ?
Je l'ai dit, la Nouvelle Manga est avant tout une initiative d'auteur, une volonté d'échange, un esprit. Une prochaine étape de cette Nouvelle Manga sera peut-être éditoriale, j'y travaille en tous cas, et si dans le même temps un événement, une exposition, devait se dérouler en France, ce serait évidemment idéal... Mais cette dernière initiative ne viendra pas de moi, entre autres parce que je me vois mal organiser seul quelque chose en France depuis le Japon.



AL: N'as tu pas le sentiment de t'être lancé dans quelquechose d'énorme, qui va t'accaparer pendant les prochaines années ? N'as tu pas peur que ta production personnelle en souffre, passe au second plan ?

F.B.:
Nous verrons ! L'événement Nouvelle Manga de Tôkyô m'a effectivement occupé toute l'année 2001, dont six bons mois pendant lesquels je n'ai pas pu poser le moindre coup de crayon. Mais je compte bien relancer mon travail de création : en janvier prochain, je commence les repérages pour une nouvelle histoire longue en noir et blanc, dont le titre de travail est Mademoiselle Yoshida. Comme pour L'Épinard de Yukiko, l'histoire sera très proche du quotidien, sans doute quasi documentaire, et j'espère destinée à une parution simultanée en France et au Japon : je ne quitte donc pas l'esprit Nouvelle Manga.
 
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